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Wikimaginaire:Extraits
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Voici des extraits de textes de Wikimaginaire :
Dale Vynichl
Coupures d’éternité est un film présomptueux et provocateur comme tous ceux de Dale Vynichl. Le film débute par la projection en direct sur l’écran de l’arrivée des spectateurs dans la salle du cinéma. Puis l’on glisse sans trop s’en rendre vers la fiction. Un à un, le film assassine les bonheurs qui ressemblent tant aux nôtres. Il les enregistre, répertorie, emmagasine, détruit, recycle et aboutit à une œuvre où le spectateur ne sait plus de quel côté de l’écran a mieux résisté la réalité. Coupures d’éternité s’achève par un retour sur cette salle de cinéma encore noire qui s’illumine et projette les spectateurs sur grand écran jusqu’à ce qu’ils quittent la salle dans un dernier coup d'œil en arrière.
Je t'aime trop pour te le dire
Avec Je t’aime trop pour te le dire, Céline Valec nous offre le roman total de l’amour fou, sous toutes ses formes. Son héroïne, Alma DeAmbrosio, a été un garçon dans une vie antérieure, ou peut-être même dans celle-ci, qui sait ? Mais aujourd'hui c’est une femme fascinante qui laisse une trace phosphorescente de mystère dans l’existence de tous les hommes qui tombent amoureux d’elle.
Lettres déconcertées
Si j'avais été Prose, j'aurais su comment réagir alors. Cette révélation nous aurait suffoqués de stupéfaction. Nos cheveux se seraient dressés comme des épines de porc-épic qui s'est mis du gel super-strong. Nous aurions chuchoté des paroles incohérentes. Nous nous serions serrés l'un contre l'autre. J'aurais saisi ta main pour t'entraîner plus loin, pour mettre une distance prudente entre cette apparition et notre réalité virtuelle toujours portée en bandoulière comme un bébé suspendu au cou de sa mère. Un peu plus tard, nous aurions pu enfin réintégrer notre apparence habituelle. Mais comment savoir ce qui s'était passé entre temps ? Il y avait entre ces deux tranches temporelles un gouffre, un ravin, une échancrure du réel où le risque de chute restait permanent.
Renaud Griffin
Renaud Griffin est aujourd’hui un éminent autodidacte reconnu qui a toujours cultivé un regard jubilatoire et décalé. Après une vie passée à vouloir convaincre les éditeurs de son originalité et de l’impact de ses écrits, il sort en mars 2006 de l’océan de l’indifférence grâce à la publication par les Éditions du Libraire Fou d’un premier essai à succès, Concomitances, écrit dès 1960 sur les thèmes de l’impact de l’événementiel, de l'esprit critique biseauté et du manque de réalisme des forces de proposition de la première moitié du XXème siècle.
Plouhat
Puis Plouhat est passé à l'étude d'oeuvres du monde de la Lune, cette planète imaginée de toutes pièces par des générations et des générations de fdarim, qui quelquefois lui inventent de vieux personnages et d’anciens événements, quotidiens ou grandioses, pour le plus grand plaisir des Kaydrümmgar. Avec sa méthode désinvolte, il est passé à l'analyse d'oeuvres réelles comme les Malles de Fleurs, l’Emploi Mode de Vie et le Temps de la Recherche Perdue, toutes d’auteurs de la Lune. Il a aussi dressé une liste des oeuvres qui auraient pu être écrites par des écrivains ayant vécu à une époque postérieure à celle de la création de ces oeuvres elles-mêmes.
Histoire de Marguerite Tiercelan
Devenue une des plus jolies filles du village, brune aux yeux bleus et aux épaules rondes, Marguerite était très recherchée par les garçons. Elle était très liée à celui de ses frères qui était le plus proche d'elle par l'âge, Jonas, qui travaillait comme apprenti meunier chez Marie du Moulin. Jonas était depuis l'enfance l'ami inséparable des cousins Burlin, Pierre et Mathieu. Très vite le trio avait aussi englobé la jeune fille et aux fêtes du village, elle ne dansait qu'avec eux trois, son frère et les deux copains/cousins. Pierre aimait par dessus tout ses cheveux mousseux qui ne tenaient pas attachés par leurs rubans, et Mathieu son rire cristallin comme les clapotis du ruisseau au printemps.
Ouverture officielle du premier bureau d'études littéraires du Kaydrüm
Au Kaydrüm, personne n’apprécie nos travaux. Nous avons tenté à plusieurs reprises quelques unes de nos découvertes, minimes, insignifiantes. Les réactions furent les mêmes, à chaque fois, sans marge de manœuvre, sans compréhension. Nous nous sommes heurtées à des murs d’intolérance. Nous n’avions pas le choix. Il nous a fallu vivre dans le mensonge et le secret, la peur et le silence, sans jamais pouvoir crier nos enthousiasmes, nos difficultés, nos sacrifices. Il y avait quelque chose de pourri au Kaydrüm. Cette pourriture n’était pas nous les exclues, mais cette exclusion sans doute, sans appel, sans merci.
Le dernier filtre à café
Mais maintenant, la chance m'a échappé. Je lui ai couru après, pourtant, quand elle a traversé le pré en gambadant et disparu dans le sous-bois. J'ai pensé à appeler le sous-préfet, mais il était en sous-vacances et ses services en sous-nombre. Que des sous-fifres. Je me suis réfugié dans un sous-sol plein de sous-entendus. Il y avait là un accrochage de photos évidemment sous-exposées. Prose avait pris la clef des champs, bras dessus bras dessous avec la chance. Je me demandais si je la reverrais un jour et à l'idée de l'avoir perdue, mes larmes coulaient à flots. J'ai même dû sortir du sous-sol quand l'eau m'est arrivée aux chevilles. Je me suis assis sur un parapet, la mort dans l'âme.
Kolfplodf
Par contre, le charme des poèteries et des conteries attire de plus en plus de personnes. Les poèteries sont des lieux clos où sont placardés des poèmes imprimés sur de belles et grandes affiches, qui chaque jour, sont remplacées par d’autres. Les pièces des poèteries donnent sur d’autres pièces plus petites et aboutissent à un sombre couloir. Une épaisse porte en bois en forme de lettre permet de sortir en pleine lumière dans un immense jardin coloré qui se trouve au cœur d’une vingtaine ou une trentaine de poèteries. Chacun peut s’y étendre, s’y détendre, s’offrir un bien-être sous l’influence encore présente des poèmes que nous avons lus. Le temps s’y écoule sans heurt.
Auteur, construisez moi de belles ruines !
J’œuvrais. Ce putain de logiciel foirait depuis une semaine. Il était plus lent que moi. J’ouvrais la boîte de Pandore. J’effaçais et réécrivais la même chose. Je dynamitais le barrage de mes émotions. Les vannes explosaient les unes après les autres. Un flux intarissable. Il me fallait revenir en arrière pour corriger mes erreurs orthographiques ou grammaticales, et les fautes de frappes. Des lettres manquaient. Et si j’écrivais dans un trou sans lecteur. Pourtant j’en avais eu des lecteurs. Pas nombreux. Pas assez pour me faire vivre, pas je-ne-sais-quoi. Et une virgule à remplacer par un point. Une majuscule. Cela me faisait perdre mes idées. Oh, des idées simples. Ah, oui, les lecteurs. Parce qu’il m’arrive de me souvenir sans me relire. Quand ça arrive c’est agréable… pour moi. Donc les lecteurs. Plus de lecteurs. Lassés, les lecteurs. Fainéants aussi les lecteurs. Pas envie de risquer de perdre du temps et de l’énergie. C’est la faute à bibi. Trop de textes courts. Et les longs trop construits. Pas assez de sentiments, de ressenti.
Les arènes suspendues
Trois étages plus bas que les arènes suspendues se trouvent des jardins si profondément enfouis qu'on ne peut les traverser sans se retrouver devant sa nature animalière profonde. Pour avancer de manière efficace, il est nécessaire préalablement de méditer afin de s'expurger de sa sensibilité à fleur de peau. Allégé, on pourra alors avancer en se concentrant sur le moyen adéquat qui nous permettra, littéralement, de nous affranchir. Les arènes elles-mêmes sont constituées de matériaux si particuliers, de matières solides et légères donnant à leur sol une transparence étincelante qui me rappelle les vitraux de l'arrière-cuisine de mon grand-père maternel. C'était il y a bien longtemps, quand nous pouvions toucher le sol.
Dialogue vrillé
— Quand tu me contrains à parler, tu m'extirpes de l'éternité pour me précipiter dans le quotidien.
— Je trouve étonnant que tu n'aies rien à m'écrire du moment que je ne t'écris pas.
— Tu ne réponds jamais (rarement) à ce que je t'écris. Je préfère ne pas troubler tes silences, qui confortent les miens.
Manifeste des Forces de Proposition
Nous, les fossoyeurs de normalité, les nomades des langues, les réfugiés des dictionnaires, les ministres des idées, les promoteurs des pensées, les pourvoyeurs de légendes, les montreurs de notes, les assembleurs de modernités, les princes de la propension, les maîtres du savoir-dire, les gestionnaires d’idéaux, les esclaves spirituels des bas-fonds, les aficionados de la réalité, les disciples de l’imaginaire.
Archeos
Ainsi, dès les premiers textes mouvants, les mots changeaient de place, d’autres disparaissaient pendant que de nouveaux se montraient. La vitesse de ces transformations semble aujourd’hui dérisoire, voire nulle. L’ensemble de ces principes liés aux textes mouvants est appelé l'Impermanence. Il s’agit de la révolution majeure de la littérature du premier millénaire après Internet qui s’étendit aussitôt à l’ensemble des domaines de la connaissance. Il va sans dire que les alphabets n’allaient pas survivre longtemps à cette évolution et les idéogrammes qui avaient perdus la première guerre scripturaire vainquirent définitivement toutes les autres formes d’écritures.
Portrait d'Urban Decay
Urban Decay a vingt ans, cinquante ans, trente ans, mille ans. Ses cheveux sont verts, jaunes, bleus, il n’a pas de cheveux. Il a les yeux de toutes les couleurs qui reflètent les images de la ville, les immeubles qui tombent en ruine, les voitures qui passent sous la pluie, les trottoirs défoncés. Il connaît tous ceux que la ville a aspirés dans son grand maëlstrom, il les a rencontrés un jour ou l’autre, il leur a offert un verre, il leur a fauché leur portefeuille. Urban Decay est un poète, il connaît toutes les chansons qui parlent du malheur d’être. Il connaît tous les mots qui parlent du malheur d’aimer.
Lectoris
C'est Jacques Galustre qui officialisa et réglementa la Grande Connivence, en 1258. Cette charte associa intrinsèquement la guilde des Copistes Lumineux à la ville de Lectoris. Ainsi le Haut Maître de la guilde devenait de plein droit le plus haut représentant de la cité. Les nombreuses copies de textes envoyés par les membres de la guilde depuis les quatre coins de l’Europe et parfois même d’Orient vers Lectoris n’eurent plus à être cachées. Jacques Galustre améliora le système des transmissions. Elles furent protégées par un sceau dont chacun respectait la confidentialité. Cependant de nombreux anciens copistes de la guilde gardèrent leur habitude d’une transmission discrète.
Éternelle impermanence
Change en ce qui change,
deviens le changement même
de l'éternelle impermanence.
Première fractale
je trace sur le cristal de fastueuses écorchures
la vision fragile se garnit d’encoches
des nuages affligés se traînent
et au milieu des épines froides
un épervier démesuré gravit
la gestation flottante qui tremble
Vie de Pinclor
Pinclorane, dit aussi Pinclor, était comme Apollonios de Rhodes un élève de Callimaque de Cyrène, le célèbre archiviste de la bibliothèque d'Alexandrie. Il serait un descendant de Nomnisse et de Padanime. Il était né vers 280 av. JC à Athènes, où il fit ses premières études, puis il quitta la Grèce pour l’Egypte. Il travailla ensuite plusieurs années à Alexandrie avec Callimaque qu’il aida à rédiger son fameux catalogue raisonné de la littérature grecque, les Pinakes. On perd ensuite sa trace, mais certaines sources indiquent qu’il revint en Grèce à la fin de sa vie et mourut octogénaire.
Vie de Wojciech Leokadich
Wojciech Leokadich (1859-1921) était le second fils d’un hobereau polonais, Tadeusz Leokadich.
Sans doute en réaction à la personnalité de son père, Wojciech était extrêmement actif, travailleur et habile de ses mains. Etant entendu depuis toujours que son frère aîné, Arsène, devait hériter de l’affaire familiale, Wojciech apprit auprès d’artisans toutes les techniques du bâtiment, la maçonnerie, la menuiserie, la peinture. En 1871, il quitta sa famille suite à une dispute avec son grand-père au sujet de la Commune, le grand-père penchant du côté versaillais. Il se mit à travailler comme ouvrier itinérant, ne restant jamais plus de quelques mois dans la même ville.
Cité
Le soleil n'apparaît que trois fois par an. La main-d'œuvre ne peut pas sortir dans l'obscurité. Ils revoient ainsi leur famille. Certains préfèrent rester à l'extérieur et vivre pauvrement. Ils ne supportent plus d'être isolés de leur cellule familiale. Ceux qui restent logent dans la ville au sein de taudis infâmes. Les habitants les appellent les oubliés. Seule l'apparition du soleil redonne du baume au cœur à ces travailleurs. Ils savent que les portes s'ouvriront trois fois pour leur laisser le passage. L'astre solaire réapparaît enfin. Ce jour-là c'est la liesse générale, les familles se retrouvent après une longue absence.
Strapontin
« Mouvement littéraire rapide et spontané dont le but est d’envoyer les mots dans l’imaginaire, et qui renaît de façon éphémère à chaque lecture de la présente définition. » Il se veut à la pointe du clavier, sur le belvédère de la langue, à l’écoute des oreilles, à l’éveil du sensuel. Le strapiste est un auteur de l’oral ou de l’écrit, convivial, guidé par le plaisir des mots, le contact verbal et l’expression de chacun. Les intellectuels qui préfèrent employer le terme de Strapisme plutôt que de Strapontin, le définissent comme étant une maïeutique esthétique. Certains exégètes ont voulu voir dans son émergence une influence du théâtre de l'absurde et singulièrement de la pièce d'Eugène Ionesco "Les Chaises" (1952). Mais compte tenu du décalage temporel, notamment, on ne voit pas très bien sur quoi cette conviction pourrait être assise.
Paulinius Zénoble Péliguon
L’originalité de Péliguon fut de tenter de comprendre, clarifier, mettre en pratique et d’extrapoler les enseignements tirés des œuvres de Pinclor. C’est pour cette raison qu’il arriva à Lectoris le 11 février 1501. Lorsqu’il vit cette cité abandonnée où vécurent de nombreux savants dont les membres de sa guilde, il fondit en larmes. « Le Grand Œuvre est là ! » aurait-il dit, selon son disciple Lavoulette. Ce dernier décrit aussi sa propre peur devant ces ruines envahies par les buissons, les arbres et toutes sortes de cris d’animaux. Pétrifié d’effroi, Lavoulette laissa Péliguon avancer, accompagné de ses deux seuls ânes qui tiraient ses affaires et refusaient de se frotter aux ronces.
NOUS
Il n'y a pas de raison particulière pour que ce soit moi qui aie commencé à écrire cela. Nous avons commencé à plusieurs, je n'ai pas de légitimité autre que d'avoir écrit le premier, et ceux qui le veulent y contribuent sans arrière-pensée. Je n'écris pas pour l'Histoire, puisque nous n'en voulons plus. J'écris pour l'Écrit, retrouver sa fonction première de communication transversale, sans jugement de ce qu'il est important ou non d'écrire. J'écris ce que je sais ou crois savoir, sans prétention de vérité, et sans autres précautions que celles que je viens d'énoncer.
Nous ne représentons personne, nous n'avons pas d'organisation fixe, ni hiérarchie ni anarchie, peut-être une aléarchie. Nous sommes autant d'entités insécables et inséparables, et pourtant sans liens définitifs. Insaisissable, matériel et immatériel.
Les oriflammes se déroulent comme prévu
Les spectateurs ne se contentent pas de le huer. Est-ce qu'à la dent les strades, ils s'emparent du pauvre type, le piétinent sauvagement, lui arrachent ses vêtements de croqueminable et lui chatouillent la plante des pieds avec des plumes de sergent-major. Il rit à gorge défrayée. Son rire charrie des cailloux, des bijoux, des genoux, des hiboux. Son rire atteint jusqu'à la lune qu'il décroche et balance dans la lagune au milieu des applaudissements, car la foule est verse a-t-il. Tandis que les spectres tâteurs déchaînés se baignent dans la pommade, le claviériste dénudé se hisse sur un pot d'iode et proclame la supériorité des Lettres de Kou Zu, un obscur auteur chinois de l'époque des Ming.
Les filles de l'orge
Dans cette partie très localisée de la forêt du Néolithique, les éleveurs imposèrent leur mode de vie durant un millénaire, puis peu à peu les agriculteurs d’alors s’installèrent, repoussant les éleveurs. Éleveurs qui construisirent un rempart. La petite taille de ces pierres s’imposa à Karen Rolier comme preuve d’une évidence : seules des femmes et des enfants auraient eu la patience d’entasser autant de pierres et auraient choisi ce format. Elle exclut la présence d’hommes en ces lieux de par la taille des armes et l’absence d’objets à usage exclusivement masculin. Cette communauté de femmes et d’enfants avait d’autres talents que militaires et artistiques, ses membres connaissaient les secrets d’une première forme d’écriture. Écriture rudimentaire et symbolique racontant à l'aide de logogrammes de façon primaire et détaillée sa propre histoire ; les talents littéraires de Karen Rolier comblant, d’après elle-même, les lacunes de la seule forme
La concordance d'étang, de Céline Valec
Les personnages de Céline Valec se perdent dans les méandres de sentiments incertains, imprécis comme le brouillard de l’aube sur la prairie, dans un pays lointain qui nous semble pourtant familier.
Le Mythe de Dérésine, d'après l'oeuvre de Pinclor
Loin des dieux de l’Olympe, loin de la vie, une forme passait inaperçue, inerte comme une promesse trahie avant d’être énoncée, et absconse comme une définition de la beauté, jusqu’au jour où au sud de l’île d’Édionasse, Dérésine tomba de son cheval sur une pierre endormie. Le choc la tua et cette parfaite beauté féminine promise à tous fut pleurée par ses innombrables prétendants. Le cheval de Dérésine fut sacrifié lors de son enterrement et les autres chevaux furent abandonnés par les amoureux de la belle. Attirés par la procession interminable qui touchait à chaque passage la pierre meurtrière posée sur la magnifique stèle, quelques dieux y regardèrent de plus près. Mais trop occupés par leurs propres défis, ils avertirent les habitants déjà en peine que ce lieu serait oublié des dieux.
Locomotive aérienne
Comme c’est difficile
S’il suffisait de vouloir
Loi réglant les circonstances
Stances du Cid : Percé jusques au fond du cœur…
Cœur de lion, oreilles de chameau
Mot chuchoté au bord du désert
Zehr schön ! very nice ! très joli !
Au lit c’est selon :
L’on se prend et l’on se laisse
L’espèce humaine est bien étrange
Damien Smenda et la vérité historique
Le livre de Damien Smenda contient d'intéressantes mises à jour sur l'histoire de la Guilde telle qu'elle avait été établie par Pierre-Antoine Leokadich, à partir de découvertes de documents inconnus durant la période où celui-ci avait rédigé son ouvrage. Il se montre également assez critique quant aux distorsions de Leokadich qui mélange à la fois ses connaissances antiques sur l’œuvre et la vie de Pinclor et de Péliguon, l’histoire de la ville, la vie de son père Wojciech ainsi que des éléments venus de sa propre imagination.
Ignore Hans
Je ne sais pas qui vous êtes
Vous ne savez pas qui je suis
Je ne sais pas ce que je fais là
Vous ne savez pas où nous allons
Je ne sais pas ce qui va arriver
Vous en savez pas quoi faire
Et d'ailleurs...
Au coin du clavier
Journal de bord d'un capitaine sans armée,
d'un écrivain à la page blanche
d'un peintre aveuglé par le soleil
d'un ministre sans portefeuille
Extraits de quelques mots
De la matière, les mots sortent avant que d’exploser comme grisés de sens, comme des concentrés de valeurs. Ils tombent dans un chariot qui, dès qu’il déborde, se met en marche vers un lieu imaginaire. Ceux qui gisent sur la roche blanche et qui ont la présence d’esprit de s’écarter des rails, se serrent les lettres. Ceux qui en ont la force, creusent un trou pour s’y réfugier et se reposer. Certains doivent cohabiter et mélanger leurs lettres. Après plusieurs mois, nourris de leurs frères écrasés par les roues des chariots, les survivants, assez nombreux pour former un paragraphe, marchent sans tenir compte de leur genre ou de leur rang. Ils savent qu’ils n’ont pas le choix, comprennent qu’ils devront se battre, encore, que certains seront trop faibles. Parfois, l’un d’entre eux se jette en avant et passe les premières barrières des esprits afin de détourner l’attention. Ses frères gagnent du terrain. Aucun ne se plaint.
Dans les plis de ton sommeil
Attablé sur l’heure
Enchante l’océan
Éprouve tes souvenirs
Offre-leur des sillages
Un dénommé Hafenbuch
Jouer aux ego n’était pas son truc. Lorsque quelqu’un venait le voir, il gardait l’esprit ouvert pour cause de travail intellectuel, pour cause de pensées jamais excessivement fertilisantes, pour causer du dernier rouge à lettre qu’on lui avait confectionné. Son absence simultanée, en lui et hors de lui, lui donnait un regard d’épouvante, les yeux sortaient de leur synonymie, sa bouche s’écartelait, ses lèvres se retournaient sans rien dire, sa glotte gonflait, sa tête partait en arrière, son corps se cambrait, ses pieds nus se crispaient. Ceux qui le connaissaient l’attrapaient avant qu’il ne tombe et l’allongeait sur place dans le sens de la largeur en écartant ses bras qui tentaient de l’étouffer. Ensuite, Hafenbuch sortait de sa gourde une eau parfumée. Ce thé étincelant aurait eu, selon ses dires, la faculté d’inverser les coutumes linguistiques locales. Ensuite il rimait des poèmes en forme de losanges, leur coupait les ongles, leur rongeait les orteils, s’acharnait sur leurs nerfs, dissolvait leur chair, lançait au loin leurs os dans l’océan.
Guilde des Copistes Lumineux
Guilde fondée par un Irlandais nommé Jilleil, à Laon en 1172, suite à la révolte communale de 1112. Elle rassemblait la plupart des copistes et/ou enlumineurs d'Europe qui privilégiaient la copie des ouvrages non exclusivement religieux d'auteurs antiques ou arabes. Ses privilèges s'étendirent jusqu'au sud de l'Italie, dans les pays Scandinaves et jusqu'au Rhin.
Étrangers sur la terre
Nous ne sommes pas d’ici.
Il n’y a aucun doute là-dessus : nous venons d’ailleurs.
On ne nous a pas demandé d’où.
On ne nous a pas demandé pourquoi.
On ne nous a pas demandé si.
Mais nous savons bien que nous sommes différents.
Cela se voit de tant de manières.
Dans le fossé
je suis tombé dans le fossé,
privé de l'esprit,
la multiplication a permuté avec le sang le plus pur,
ignorant la lutte en aquarelles,
du rouge de l'agressivité
à l’insertion d’un flexible interne,
Abstract
- Le bonheur est une tempête d’affects.
- Le bonheur est une fulgurante vague étincelante qui met des années à se retirer imperceptiblement et laisse l’obscurité reprendre le dessus.
- Tu m’as rendu une liberté que j’avais oubliée. Je me prenais pour un auteur alors que je n’étais qu’un réflexe pavlovien en attente d’un bon mot de toi comme récompense.
- Plus de dépôt d’offrandes aux pieds de la grande inspiration.
- Maintenant je suis seul en écriture et je suis mon seul lecteur d’influence. C’est excellent ! Il faut juste que je retrouve mes propres marques.
- Occuper mon esprit ne me suffit plus.
- Je pense sans raison. Pour le plaisir. Le plaisir de l’abstraction.
- Des mots n’existent plus. Inutiles. D’autres sont rouillés. Inutilisables.
- Pas question d’écrire par habitude.
- Ici pas de couple qui ne s'entend pas en fuite pour échapper à un danger qu'il ne comprend pas.
- Je viens enfin de sortir du stade infantile où la fiction règne en maîtresse. Il y a une écriture après la fiction.
- J’aimerais aussi comprendre.
- Mon imperfection personnelle ne se limite pas à la curiosité.
- Comprendre et ressentir.
- Ressentir et exprimer.
- Pas facile d’ouvrir une brèche.
- Il est tentant de vouloir atteindre la vérité sans louvoyer… sans hésiter.
- Pourtant mon but n’est plus celui-ci.
Les droits d'auteur de ces extraits (édités ci-dessus) de textes sont précisés sur la page propre à chacun de ces textes.
