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Voyage au Kaydrüm d'un être venu de L'Ailleurs

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Je viens de L'Ailleurs. Peu importe l’endroit exact. Cela n’intéresse personne, ici. Ah, comme je l'aime cette contrée du Kaydrüm ! C'est tout mon présent et mon avenir ! Les rares Kaydrümmgar qui ont débarqué là-bas depuis ma plus tendre enfance m’ont donné envie, malgré leur dégoût, de me rendre au Kaydrüm. C’est la meilleure initiative que j’ai prise de toute mon existence. Bien m’en a pris ce jour-là. Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage ! Mon accueil au port de Portok ainsi que celui de ceux qui m’accompagnaient fut la surprise de ma vie. Le Njidar battait son plein lorsque nous sommes arrivés. Chacun d’entre nous fut reçu comme un roi, et chacun dut prendre place sur l’un des chars du carnaval. Nous avons à peine vu les quelques Kaydrümmgar qui, eux, partaient vers L’Ailleurs. Nous, nous étions loin de toute polémique. Nous étions collés à notre petit bonheur que je ressens encore aujourd’hui. Ce jour fut une re-naissance pour moi ainsi que pour mes compagnons de fortune. C’est la façon des Kaydrümmgar d’accueillir chacun de ceux qui ont choisi de devenir l’un des leurs. Les musiciens profitent de ce moment qui est le leur et qui ne dure que ce jour-là. Le lendemain les djala reprennent leurs droits.

Il m’a fallu trois semaines pour reprendre mes esprits et revenir à la réalité. Je suis dans les normes, paraît-il. Il faut dire qu’écouter les djala est un plaisir que je n’avais jamais connu. Il est si intense qu’il vous accapare en entier et que vous n’êtes plus à l’écoute de votre corps. Cette période de décompression est appelée "la poussée". Les Kaydrümmgar savent que nous, qui venons de L’Ailleurs, devons passer par cette phase. Ainsi chacun de nous se voit attribuer un corporel volontaire qui a pour mission de veiller à notre bonne alimentation et à notre sommeil. L’amitié se crée d’elle-même et il nous paraît normal, voire évident, qu’il nous accueille chez lui. Nous, les nouveaux… Il me faut préciser qu’il n’existe pas de terme pour nous définir, nous qui venons de L’Ailleurs. Ce qui est contradictoire dans une contrée aussi riche en auteurs en tous genres. Donc, disais-je, nous qui venons de L’Ailleurs, nous passons de moins en moins de temps à écouter les djala et posons de plus en plus de questions à notre corporel de service et autres Kaydrümmgar. Nous en arrivons à la conclusion que le Kaydrüm est fait pour nous et que nous voulons y vivre. Il nous faut alors subvenir à nos besoins parce que notre amitié pour notre corporel est si forte que nous ne voulons pas lui nuire davantage malgré son volontariat.

Je suis devenu pêcheur. Mais écouter avec bonheur chaque jour les djala me donna l’envie de connaître les autres provinces du Kaydrüm. J’ai quitté Azuréa, mon corporel, avec une profonde tristesse partagée. Par contre j’avais fait le bon choix en ne me mariant pas. À part quelques extras (voir ci-dessous), je n’ai pas eu de relation. Mon départ me titillait depuis longtemps. Un jour je pris cette décision sans savoir comment je gagnerais ma vie. Il me fallait partir. J’ai eu assez de réserve pour un mois puis j’ai dû compter sur l’hospitalité des Kaydrümmgar. Cela ne pouvait plus durer. Ils sont si agréables et généreux qu’ils donnent honte d’être nourri à leur dépens. J’ai alors inventé un métier que j’ai nommé "sancho". Un sancho est une sorte d’écuyer littéraire. Même maintenant, nous ne sommes pas nombreux à être des sanchos. Le plus dur a été de convaincre un dja qu’il avait besoin de mes services alors qu’il s’était toujours débrouillé tout seul. Comment faire en sorte qu’il ait plus d'avantages à être en ma présence qu'en mon absence ? Être dja est un sacerdoce. Avant son premier pas sur les chemins du Kaydrüm, chaque dja sait ce qu’il endurera. Il me restait à être imaginatif.

Mon choix s’arrêta sur Altazaï. Il avait mon âge et habitait dans une ruelle près de chez moi. Sa laideur était un obstacle à ses relations. Je le convainquit que s’il était dja comme il en rêvait, il parviendrait du même coup à mettre son physique au second plan et de plus, en voyageant, il aurait plus de chance de "se faire" un extra. Il faut m’excuser, j’écris comme je parle, sans pudeur, ni pudibonderie. Je devins l’agent principal du talent d’Altazaï qui manquait de confiance en lui. Au début, je lui choisissais des lieux désertés, ou des endroits où les djala oubliaient de venir. Altazaï se prouva qu’il était talentueux. Mon rôle devint moindre sans perdre de son utilité. Altazaï me demanda d’observer et d’analyser les réactions de la foule au moindre mot, à la moindre accentuation. Quel plaisir d’être le sancho d’un dja touchant comme lui ! Pour rien au monde je ne cèderais ma place.

Pendant le sommeil d’Altazaï lors des matinées, calmes et reposantes, j’aime comparer le Kaydrüm au monde imaginaire de la Terre, le plus riche et étonnant de tous ceux que les djala ont inventés et détaillés. J'adore écrire en français, cette langue créée de toute pièce, à la virgule près, par des générations de djala.


Sommaire

Les mœurs

Depuis sa création, l’amour tel qu’il est décrit dans le monde de la Terre représente un idéal qui n’est pas le leur. La description des mœurs des Kaydrümmgar y provoquerait des effusions bruyantes et passionnées.

Au Kaydrüm, les couples se forment très tôt. Vers les seize ou dix-sept ans. Ainsi ils peuvent se marier et enfin vivre ensemble. Les couples sont homosexuels ou hétérosexuels selon leur goût. Sans polémique. Il n’est pas question de tolérance, juste d’indifférence. Une fois le couple formé, le binôme est inséparable jusqu’à la mort. Seul, pour chacun des membres d’un couple, compte le plaisir de chacun d’eux et d’être ensemble, de fonder une famille. C’est ainsi qu’il est possible et même souhaitable d’offrir parfois à son mari ou à sa femme des plaisirs, des petits bonheurs que l’on est incapable de satisfaire.

Ainsi au Kaydrüm, il est de coutume que lorsque l’on croise un homme ou une femme qui nous fait chavirer, un seul regard à son partenaire suffit pour lui expliquer que l’on est attiré par cet homme ou cette femme. Cet extra sexuel est une des plus belles preuves de l’amour que l’on porte à son partenaire. On le laisse de cinq minutes à soixante minutes en compagnie de cette personne croisée. À leur demande, on peut même rester, voire participer, et il en est de même pour le partenaire de cette personne. L’extra sexuel peut donc s’accomplir à deux, trois ou quatre. Il est rare que cela se fasse à plus.

Cet extra, comme chacun l’appelle au Kaydrüm, peut ne pas être sexuel. Lorsque c’est le cas et que cela est découvert, il y a un risque de séparation. En effet l’extra non sexuel a détruit des couples.

On appelle aussi extra la personne avec qui l’on a un extra, sexuel ou non. Toutefois, l’extra non sexuel, qu’il s’agisse de la personne ou de l’instant passé avec cette personne, s’appelle plutôt l’hérence.

Il revient donc à chacun de savoir jongler entre ses envies, ses plaisirs, ceux de son partenaire et ceux des extras de l’un ou de l’autre. Malgré cette difficulté qui semble complexe à accepter et à vivre, rares sont les Kaydrümmgar qui se séparent, et ceux qui en arrivent à cet extrême le font pour d’autres raisons plus profondes, comme la découverte d’une tardive passion à devenir dja.

L’éducation

Au Kaydrüm, il n’y a pas d’école. Les enfants rechignent à apprendre à lire et écrire malgré les honoraires des précepteurs que leur choisissent leurs parents. Une fois ces leçons de deux heures chaque matin passées, les enfants imitent les djala et se prennent pour les personnages de la veille. Ils attendent avec impatience le parerga, moment priviligié du soir où ils pourront écouter de nouveaux djala. Et puis les enfants apprennent beaucoup en posant mille questions aux djala lorsqu’ils les croisent dans la rue.

Les cimetières

Les cimetières sont intégrés aux villes et aux villages. Certains villages en ont plusieurs de tailles différentes. Ils n’ont pas de murs de séparation et font partie intégrante de la vie des Kaydrümmgar. Les rues s’y prolongent sans appréhension.

Les noms des rues

Les noms de rues désignent des lieux. Jamais des noms de personnes ou de personnages. Cela ne serait pas leur rendre un assez grand hommage.

La religion

Les Kaydrümmgar croient en leur chance. Ils vivent dans une contrée accueillante qui leur a transmis cette caractéristique. La mort ne les perturbe pas.

Remarque : Dieu est la plus belle œuvre fantastique des djala. Elle s’intègre à la perfection au monde de la Terre où les théologiens sont les auteurs fantastiques par excellence sans que leurs talents de conteurs soient reconnus.

La natalité

La santé des Kaydrümmgar est si bonne que cela fait des siècles que les couples n’ont qu’un ou deux enfants. Instinctivement ils n’ont jamais voulu subir les dangers liés à une surpopulation de leur contrée. Les gens comme moi qui vienne de L’Ailleurs ne sont pas un problème. Les provinces sont vastes et riches.

L'art majeur : le conte

Les contes ont de nombreuses variantes.
Les djala n’ont pas de famille, non pas suite à un vœu, simplement parce qu’ils sont toujours sur les routes et rares sont ceux qui « s’encombrent » d’une femme, d'enfants et de tout ce que cela implique. Les fdarim, eux, ont un amour du conte inférieur et préfèrent la vie sédentaire et familiale.

Les autres arts

La musique

La musique n’a pas vraiment sa place au Kaydrüm. C’est un art considéré comme mineur malgré l’apprentissage nécessaire. Cette technicité est ici la preuve de son infériorité. Pour que la musique soit reine, il aurait fallu que les Kaydrümmgar soient muets, pour qu’il n’y ait pas de dja, et aveugles, pour que les écrivains ne prennent pas le dessus.

La danse

Jeunes ou vieux, les rares fois où j’ai vu des Kaydrümmgar danser, ils l’ont fait avec chacun une canne en main.




auteur : Desman

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