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Une perfusion de phrases
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Dans une course tridimensionnelle contre lui-même, Stan établit des records de vitesse, des records d’accélération, des records à l’effigie des mots les plus virulents qui s’imprègnent de son histoire personnelle, la refaçonnent, et le contraignent à sauter de chaise en chaise durant trois jours. Il aboutit à l’ascenseur aperçu de loin. Dès qu’il en franchit le seuil, ils descendent plus bas que terre, rebondissent aux moindres propos, se percutent à chaque changement de paragraphe, sortent de leurs gonds à la fin du livre de leur vie et Stan, seul, hors de tout, retrouve l’innocence enfantine. Lorsqu’il croit que tout est rentré dans l’ordre, l’ascenseur le récupère et ils refont cinq tours de vie provisoire sans arrêt. Les souvenirs de Stan se mélangent et lui font mal. Il est incapable de parfumer ses pensées. Saura-t-il décalaminer en solitaire les styles accessibles aux seules grandes civilisations de la littérature active, passionnante et passionnée sous la grande devanture du Groir, le Grand Réservoir de l’Ouvroir Imaginaire Rotatif ?
- Dans les grandes étendues agraires, la révolte gronde. Grimpé sur une grue qui agite ses bras graciles, un ogre grave dégringole de la grange. Il a mis à la portion congrue ses sept filles blondes et gracieuses qui grattent patiemment des parchemins, égratignant la graphie des anciens grammairiens. Une écuelle de gruau, quelques graines, un maigre morceau de gruyère et elles reprennent leurs aigres tâches. Stan s’intéresse à l’une d’elles, qui n’est pas aussi blonde que ses sœurs, et plus fougère. Il commence par lui adresser un sourire agricole. La greluche le regarde de biais en échangeant avec ses compagnes des propos grenus.
Stan ne sait plus quoi dire. La fille l’observe, l’attrape par un acrostiche, le met à nu, lui fait du mot à mot et lui sort les cieux de l’en-tête. Stan recouvre ses esprits et l’invite à se baigner dans un cours d’eau sirupeuse. Elle accorde son corps, plonge pour le rejoindre, nage jusqu’à la rive et recommence en imposant son point de vue égocentrique. Les lecteurs royaux content encore ses nombreux seaux la tête la première. Mais tant va l’autruche à l’eau, qu’à la fin, elle se casse. Dépourvue, dépitée, usée, éreintée, assaillie par l’intolérable versatilité de l’inconscience. Stan se chante ses mots : « Stan se chante ses mots. Trop denses, trop lourds. Ambivalents, sourds. Nacrés bien trop tôt ! » qui s’enfuient déjà à genoux.
- Tout à coup, Stan décide de donner une grande fête. Il va inviter tous ses amis, tous ses cousins, tous ses voisins. Il commence immédiatement à les appeler et les couper en fines tranches. Entre temps, il repense à la fille de l'ogre et ses neurones font des noeuds ronds. Il remplit un grand broc d'eau et grâce à une concentration particulièrement pointue, convertit l'eau en vin rosé du matin. Lorsque les invités arrivent, les canapés sont recouverts d'aubergines instables. Ils se groupent par affinités et commencent à jouer du haut bois et du lourd métal. Stan tourbillonne d'une pièce à l'autre sur ses patins à roulettes désarticulés qui lui font les pieds d'Hermès Trismégiste. Ses cheveux sont tressés de lanières de soie multicolore que les femmes admirent à grands cris.
- auteurs : Desman, Fuligineuse
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