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Un vieux foulard dardé de clefs

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Les porteuses d’eau affectionnent de me voir ramassé comme un vieux foulard dardé de clefs musicales dithyrambiques. J’hoche le chef couvert d’un agrégat de scarabées violets qui tombe, un à un à chaque secousse avant de se précipiter dans une ornière profonde et de finir écrasés par les pneus des camions qui défilent sans arrêt en ces temps de guerre prolongés par de nouveaux achats d’armes rudimentaires et efficaces. Il me faut avancer sans savoir raison, juste pour éviter les particules de poussières qui me font tousser et emplissent mes pages d’écritures. J’organise mon retour vers des immensités plus propices à mon âme gonflée à l’hélium, en des plaines immenses comme seule la Mongolie sait en disproportionner.


Je marche pensivement le long des échancrures dépolies. De l'autre côté du ravin, je vois briller le reflet des toits de bronze de l'usine de chemins de fer de Skarler Liot. Je n'aurais pas cru que nous en étions si près... Un oriflamme rouge et or flotte au-dessus des toits et des ondes ondulantes de musique sérielle sortent des fenêtres entrouvertes. Il faut absolument que j'arrive à me concentrer sur les cercles parallèles de l'hypogée où reposent côte à côte la règle des trois unités et la quadrature de l'octogone. Pour accroître ma présence d'esprit, je déclenche l'ouverture des deux paires d'yeux annexes que je porte à l'arrière de la tête. Les uns sont bleus, les autres d'un vert jaunâtre comme le destin. Grâce à eux je vois se dessiner la voie royale que je vais suivre.


Au bout de l’allée couronnée, jetant par-dessus mon épaule un regard perdu dans le lointain, je franchis le seuil de la prestigieuse sensation de ne faire qu’un avec le monde. À coups de pieds nus ventrus, je suis reçu et balancé là d’où je viens. Alors je cherche en moi les juments vertes, les oranges bleues, les mots colorés, les mitaines lumineuses, les fontaines musicales, les pollinisations fertiles, les portes dorées et les sycomores parfumés. Je te vois dictant à trois scribes des molécules de romans glacés aux personnages préoccupés par de glissantes fêlures. Aucun n’ose ouvrir la parole.


Alors je prends la bouche et me réfugie près des toits pour ressentir ce vertige incontrôlable. Je plonge sans artifice et mon esprit tire le signal d’alarme. Prostré par d’inconnus grabataires juxtaposés les uns sur les autres, je cours ailleurs, toujours ailleurs afin d’échapper à moi-même et j’atterris sur un disque bleuté qui tourne et me détourne de mes ambiguïtés. Une autoroute en plastique me paye un voyage gratuit et je fuse comme balle provisoire destinée à rebondir à chaque mauvais coup. Sans savoir pour toi, je te suppose hors du Grand Tiroir, entourée de phrases agréables, légères et parfumées t’assurant un style épanoui. Pendant ce temps je me résume à un looping transcendantal.


De mémoire, l’outre tombe à poings fermés. Je la secoue comme la Terre les océans, jusqu’à ce qu’en sorte une paillasse dorée immatriculée dans le dos. Je ferme les yeux et l’attrape du bout des doigts avant de la balancer sur l’autre rive du Pacifique et je l’entends, malgré la distance, entamer une chanson de paille qui s’enflamme avant de devenir un soubresaut de nuages acclamant les louanges bigarrées, frauduleuses et versatiles éclatant sous l’impulsion des forclusions intestinales. Apeuré, je me cloître dans un subterfuge inefficace qui m’oblige à tracer des opportunités illimitées sur des montagnes verticales qui s’aperçoivent enfin que les perchoirs sont en bois de merisier et que je ne peux les supporter, alors j’ouvre une nouvelle fenêtre et je sursaute d’inattention, transpercé par une eau surgelée.


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auteurs : Fuligineuse, Desman

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