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Un soleil gris aspiré à l'envers
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Prose devait avoir la peau de son visage écrasée contre un univers parallèle, loin de ce soleil qui ne jouait pas son rôle. Quel univers ? J’en ai parcouru des centaines avant de me rendre compte que Prose est volatile et précise. Je ne pouvais la retrouver seul. L’annuaire des mondes parallèles m’aida dans me recherches. Le seul possible se trouvait à l’angle d’un monde où l’on boit de la précision et d’un autre où l’on respire le changement. Avec patience, j’ai créé un moteur de pages d’univers qui classe les résultats des plus récents ajouts aux plus anciens, ou inversement. Il m’a suffi d’entrer le mot "Prose" et de cliquer sur "J’ai de la chance" pour être projeté dans un océan d’innovations littéraires sans règle. J’y failli m’y noyer, incapable que j’étais de reprendre mon souffle. Un mot en entraînait un autre. Je rebondissais en essayant d’en attraper quelques-uns. Mais déjà le suivant m’attirait et m’offrait des sensations encore inexplorées par mon être. En fait je ne me noyais pas, c’est juste que je ne maîtrisais plus rien.
- Comment ai-je pu croire, de bonne foi, que comme l'affirme le moteur de recherche, "J’ai de la chance" ? Il est évident que je n'en ai pas. Je n'en ai jamais eu, pourquoi ça commencerait maintenant ? Si j'arrive jamais un jour à retrouver la trace de Prose (qui est précise et volatile), ce sera au prix d'un travail de fourmi bénédictine, de collecte et de compilation de mille indices aussi minuscules que les neurones d'une mouche naine. Je devrai les étendre, les nettoyer, les repasser, les juxtaposer, les croiser, les permuter. Un jour ou l'autre, plutôt l'autre, une étincelle se produira (peut-être). Je saurai alors que je suis sur la bonne voie. Par contre, ce serait sans doute une bonne idée de trouver quelqu'un pour m'accompagner dans cette mission. Un ami. Je n'ai pas de chance mais j'ai des amis.
Qu’est ce qu’un ami d’ailleurs ? Quelqu’un qui me prête chaque jour son quotidien littéraire ? Quelqu’un capable de médiatiser mes parties d'échec ? Quelqu’un capable de m’emmener en un temps où la musique n’existait pas ? Un individu dualiste ? Quelqu’un capable de comprendre qu’il y a trois couleurs dites primaires parce que l’œil des humains que nous sommes possède trois sortes de capteurs sensibles à la lumière ? Quelqu’un capable d’instantanéité ? Quelqu’un allant plus vite que la lumière pour corriger le désordre des problèmes de communication ? Non, un ami c’est quelqu’un qui creuse les allées de mon jardin potager à la moitié de ma hauteur pour que je n’aie plus à me baisser lorsque je jardine.
- Et heureusement, moi, Eurysthée, j'en ai quelques-uns, des amis de ce genre. Vous ne me croyez pas ? Eh bien d'abord ça m'est bien égal, ensuite je pourrais vous donner des noms. Enfin toujours est-il que je me suis mis en quête de mon pote le plus immédiat, Lacustre, un type formidable. Cela me donnait quelque chose à faire, une direction à prendre, paumé comme j'étais. J'ai commencé à faire le tour des lieux communs où on peut le rencontrer habituellement, et qui, curieusement, coïncident avec les établissements détenant une licence IV. Naturellement il n'était nulle part, ce qui n'était pas pour me surprendre. Je me suis arrêté dans quelques endroits choisis et je me suis envoyé quelques beaux dés. J'ai chanté toutes les fêtes carillonnées. J'ai surmonté les inhibitions les plus évidentes pour démontrer le théorème de Fermat.
- auteurs : Desman, Fuligineuse
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