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Un mot d'ironie ferait l'affaire
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Mon froid dans le dos hérisse mes verbes instantanément dans le sens de la latitude. Les gerçures de mes lèvres se creusent et forment un glacier parti pour de nombreux jours de déplacements lents… Je préférerai me réchauffer au climat thermostat 120° et j’en oublierai mes douleurs surabondantes, mais pas moyen de toucher à ce réglage, trop chaud lui aussi. Alors je tente de trouver des mots chaleureux, des mots qui seraient comme ensoleillés. Je n’arrive pas à les prononcer avec assez de ressenti pour les rendre efficaces. Qui pourra me lancer un mot de secours ? Pas un mot magique, juste un mot qui me rendrait maître de mon oralité. Un mot hors de toute allégeance. Un mot d’ironie ferait l’affaire (maudit Ronny !).
- Sur le creux du silence, je joue à l’équilibriste primesautier aux douces joues rosies par la bise nue. Le lance-flamme en coalition déréglé me projette sur un écran total avec effroi. Tu ne peux t’interposer, alors je m’éclate en sanglots longs et je frotte mes langues vernaculaires les unes contre les autres pendant que d’innombrables langues véhiculaires s’agitent au premier carrefour, axe décentralisé d’une obédience caractérisée par la fougue des cheveux oblongs teintés de ramures oisives et argentées. Seules mes génuflexions scandalisent des slogans gantés portant l’insigne des écrivisses rouillées pourfendeuses de hanneton. J’horribilise et j’attends un nouvel élan grammatical capable de m’emmener au-delà des orpailleurs syntaxiques.
Longtemps, j'ai plongé au coeur de la nuit dans des gouffres remplis d'aubépines ensanglantées. Il y avait dans l'air comme une douceur orientale apportée par les vents interminables qui tournoient autour de la place de la discorde. Ils chantaient habituellement les amours perdus et les destins divergents. Nous étions comme des voyageurs debout sur le quai mandé et attendant dans un surlignage frénétique le passage du Transsibérien. Mon samovar gargouillait furieusement et j'ai eu beaucoup de mal à lui imposer le silence. Il me restait encore bien des bagages à faire et entre autres je devais me procurer des carnets cubiques à force d'être épais et des stylos sauvagement étoilés par les chamois des cimes.
- Après avoir jeté l’encre, tes stylos étoilés ne démordent pas d’aligner des politesses le long d’une spirale enchantée. Libres de te désobéir, ils furètent dans des dossiers cachés, oubliés entre des billets périmés recouverts d’une plénitude froissée. Dans un désordre éblouissant, ils acheminent vers toi des pièges à gourous et à marchandes de paragraphes d’occasion, lavés et repassés. Tu les jettes tous dans une friture brûlante puis, pendant que leurs mots formés désertent ton style, tu formes des lettres à l’aide des pages déchirées de tes carnets. Les pages s’échauffent et brûlent d’impatience, alors que ton ami le vent triomphe de leur ardeur et les cloue sur la façade verte d’un immeuble présent par inadvertance. Elles se déchirent et s’engouffrent dans l’ascenseur où elles s’écartent et retrouvent leur as en dents.
Ce qu’il reste des lettres effilochées : des pages déchirées de ton carnet cubique qui se suivent dans une attention décousue, bienheureuses en tête, et forment des caravanes qui traversent les pages blanches les unes après les autres comme un train désaccordé de mille nuits, avançant vers le trépas de velours, comme chanté par un chanteur lyrique à l’ombre éclatante. Elles arrivent au cœur de la cité burlesque où l’appât rôde inachevé, et se réfugient à la machine à cafter, avant d’emprunter le secours de l’escalier horizontal qui les précipite dans l’enfer désordonné des poinçons volants avec de grands cris cadenassés.
- auteurs : Fuligineuse, Desman
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