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Un gros problème

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Fidèle lecteur de votre site depuis ses débuts en tant que grand amateur de beaux textes, je tiens à vous signaler un gros problème. Ce site ne deviendra une institution que lorsqu’il sera une administration, parce que c’est le seul moyen d’imposer à ses contributeurs un service minimum. Rendez-vous compte de la quantité de textes non publiés depuis toutes ces années. Je vois bien qu’il y a du mouvement dans les méandres du moteur de W., mais quand même, un peu de discipline, que diable ! Et je viens quand je veux, selon mes humeurs, et je catégorise, et je wikifie, et j’écris dans les pages utilisateurs, et patati et patata. Et qui offre de nouveaux textes à vos lecteurs en ces jours creux ? Faites les comptes, vous verrez bien que de nombreux jours passent sans une seule ligne.

Cela fait des mois que j’avais envie de vous l’écrire et là je n’en peux plus. Pensez un peu aux personnes âgées comme moi qui ne peuvent toujours pas capter la TNT. Que voulez-vous qu’on fasse ? Ma femme s’est trouvé un club de peinture sur soie, mais moi ? Vous me voyez avec un pinceau à faire du coloriage à mon âge ? Vous vous fichez vraiment du monde. Je trouve cela inadmissible. Pour qui vous prenez vous, bande de cloportes ? Si vous continuez, je vais écrire au Président de la République. Il saura vous faire écrire à la ligne, lui ! Ne riez pas… je suis sérieux !


Ce n’est pas parce qu’on fait du bénévolat, ou qu’on assouvit sa passion qu’il faut faire la prude et tergiverser. Personne n’est d’astreinte ce week-end ? C’est bien gentil de ne pas faire peser sur ces adeptes d’une nouvelle forme d’écriture, le poids d’un contrat qui les obligerait à pointer et innover chaque jour, mais vous pourriez au moins les forcer ces dilettantes, à s’organiser et à venir exercer leurs talents à tour de rôle. Parce que ça aussi c’est un problème pour moi qui ai lu tous les textes de votre site. Et je ne dois pas être le seul dans ce cas ! Oui, parce qu’il y a des jours avec dix nouveautés, et des jours sans une seule, même pas une ligne de changer quelque part. Rien. C’est affligeant ! Ici, sur votre site, personne ne prend soin de redistribuer les beautés que vous avez dans vos neurones. Vous n’allez pas me faire croire que parmi toutes ces têtes bien faites, aucune ne se garde des textes de qualité pour je ne sais quel usage. Une publication prochaine et rémunérée ? Une gloire future ? Une dépréciation de son œuvre ? Purée, il faut osez ! Il faut nous laisser juger par nous-mêmes, à nous lecteurs, de la qualité de ces écrits. Il faut nous laisser à nous lecteurs, le choix de lire ou non vos textes.


Et encore, je ne parle pas de ceux d’entre vos contributeurs qui sont incapables de délaisser leurs amis, leurs familles, leurs autres passions pour se concentrer sur l’offrande qui pourrait être la leur. Une offrande quotidienne. Loin du silence spirituel du fracas des routines.

Oui, je ne parle pas de ces contributeurs-là qui m’énervent, parce que si jamais je parlais de ces contributeurs-là, je crois que je leur dirais… oui… trop tard, je n’en plus, il faut que je leur dise. Il faut que je dise à ces contributeurs-là qui croient être dans leur droit, qu’il ne faut pas qu’ils oublient leurs devoirs. Oui, c’est ça, leurs devoirs ! Ils nous doivent, à nous les fidèles lecteurs depuis les débuts du site, ils nous doivent de nous surprendre, de nous émoustiller, de nous faire rêver, de nous promener avec douceur ou de nous embarquer de force dans des histoires sordides. Oui, ils nous doivent cela, parce qu’il ne faut pas qu’ils oublient que pour eux, écrire est vital, c’est inscrit en eux. Ils ne peuvent ne pas écrire. Ils sont nés avec ce talent qu’ils essaient de contrôler sans succès. C’est leur talent qui dirige, qui se sert d’eux pour s’exprimer, pour jaillir sur le papier, sur leur écran. Cette force, ils en ressentent la nécessité comme une drogue qui s’installe peu à peu dans leur corps. Les sonorités, les pensées, les émotions ressortent, s’invitent, se cognent, se frottent l’une à l’autre, leur montrent comment elles s’intensifient. Au début, ils parviennent à détourner la réalité pour la rendre fidèle à cette imagination, puis celle-ci se diffuse, plus souvent, plus vite, plus loin, et là, il est trop tard. Le quotidien ne peut plus la suivre. Et les gestes du bras, et les besoins de se concentrer, et les idées qui surgissent et nécessitent un rapide griffonnage pour aide-mémoire. Le corps est possédé à tel point qu’il s’oblige à rester en bonne santé pour, tel un orgasme, parfaire ce travail d’écriture. Et lorsque le texte est là, la libération est agréable malgré un vide pesant. La vie extralittéraire reprend. Un temps. Car la passion est en eux ! C’est leur meilleure façon de communiquer et donc d’exister !

Il est impérieux que les contributeurs potentiels à votre site comprennent que nous, les fidèles lecteurs de W., sommes leur complémentarité. Nous leur sommes indispensables, et vice-versa. Qu’ils nous offrent donc leurs œuvres, nous les soulagerons par nos lectures !


Bien à vous,
Émile Ducoin, 78 ans, retraité de la marine marchande






auteur : Desman

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