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Un baiser vénéneux

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En faire et dame Nation ! J'ai raté une marche et du coup, une journée entière a disparu dans les oubliettes de l'histoire. Cela m'arrive quelquefois, lorsque les séances de débriefing structurel des voyages chamaniques sont un peu trop épicées. Cette fois, par contre, je ne me souviens plus si la journée perdue a été vécue ou pas ; je risque de graves dépassements sur mon quota virtuel de déraillements muselés. Et malgré ma discipline de manganèse (pourquoi la discipline serait-elle toujours de fer ?), quelques crêtes dentelées d'inquiétude pointent entre les sourcils de Frida Kahlo. Que s'est-il passé pendant cette journée manquante, si elle a eu lieu ? Où suis-je allée ? Ai-je vraiment rencontré, croisé plutôt, l'homme aux semelles de léopard, aux yeux de neige, qui occupe bien souvent un avant-poste de ma mémoire vive ? Je crois pourtant que s'il était survenu entre nous autre chose que, disons, un baiser vénéneux, je devrais m'en souvenir, Syracuse ou pas. Car ce qui découle de la montagne sacrée, c'est bien la quadrature immarcescible d'une mansuétude infinie.

Et moi qui croyais qu’elle se serait jetée sur ma peau de hamster ! Elle préfère me danser la guigne à un temps. Droit devant ! Et honte aux Blouks et à leurs descendants. Pour elle tout va bien puisqu’on est aujourd’hui ! A-t-elle les yeux grands ou verts ? Et pour moi, qu’est-ce que ça change ? Pourquoi attire-t-elle ses proies à tire d’aile à tire larigot ? Pourquoi l’ai-je aidée en sachant qu’elle ne se retournerait pas vers mes exploits mentionnés dans toutes les bonnes pizzerias octogonales ? Elle aurait pu se gagner une peau de hamster - qui vient de partir en vacances avec sa famille - plus facilement que d’écrire un texte sur les escalators magiques et puissants qui font le dos rond et aiment qu’on les gratte avec nos pieds chaussés de guitares électriques déconventionnées depuis que l’appel de la forêt a paru en édition bhoutanaise limitée par les impératifs royaux qui préservent la forêt, la nature, la promiscuité avec le culte des morts et les papillons sonores. Comment vais-je retrouver seul la salle des profondeurs spirituelles ? Et qu’est-il advenu de son sosie ? Une seule certitude : elle ne me confond pas avec son autre alter ego, sinon elle serait déjà en train de me parler.

Aux innocents les mains pleines, aux armes citoyens, eaux et forêts, gaz à tous les étages. Les pélodytes ponctués qui transitent régulièrement par le passage du Grand Cerf savent bien à quoi s'en tenir : la tabatière est fraternelle. Les Blouks tous réunis ne pourront pas m'en empêcher : je vais partir à la recherche du Sage Savetier, celui qui depuis son ailleurs et son autre temps, émet des oscillations parallèles en direction des cahutes dégivrées de notre grande cité lacustre. A certains moments, j'ai l'impression de l'approcher comme à travers l'écran d'un paravent japonais orné de lucioles dopées à la galvanoplastie ; l'instant d'après il a disparu, ne laissant (dans le miroir qu'on vexe) que quelques images fugitives de ses exploits ferrugineux et de son zoo accessoire. Je crains bien que cette quête ne soit longue et escarpée. Les Blouks et bien d'autres risquent de se mettrent ingénument en travers de mon chemin. Mais je suis aussi obstinée que j'ai les yeux grands et verts mousse au chocolat. Pour rassembler mes forces, - j'en aurai besoin - je vais d'abord me préparer une décoction d'écorce de cornouiller aux larges corolles corpusculaires.

Installé sur mon cuilleron je frise à plat ventre les mille et un pieds à la nuit sans lune. Je vais à la rencontre d’un loir pacifique qui boit du Fridho Kola. C’est un Glayou parmi les plus originaux ! Non seulement il parle toutes les langues vernaculaires en verlan teintées de vert et de jaune, mais en plus… Iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii. Mon frein à main est efficace, je tourne à gauche avant d’arrivée sur l’avenue principale d’Anvers et au prix de quelques acrobaties – ma cuillère étant attirée par la moindre goutte de café crème – je me retrouve enfin au Temple jaïn nez à nez avec mon FiFé. Comme convenu, il veut avant toute parlote un pécule de deux cent treize stères de couettes. Ce loir est cher. Plus cher que mon fournisseur officiel de couettes qui m'en réclamait un LEM entier et en état de marche arrière. Si ça continue il faudra que ça cesse. Je commence à douter de la sincérité du Glayou. Alors je me casse ! À pied ! Parce que ma cuillère est déjà au coin de la nuit, une anse de tasse sur les épaules. Elle est partie sans demander son reste. Alors je m’achète un tuba. Essai performant. Il fait des bulles de terre avec un bon souffle ! Et je plonge depuis un navire qui était auparavant japonais, et réquisitionné par mon état belliqueux passager.

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Cette création est mise à disposition sous licence Creative Commons Paternité - Partage des Conditions Initiales à l'Identique 2.5. Auteurs : Desman, Fuligineuse

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