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Tout a disparu, sans échos et sans traces
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Ce programme appétissant, une fois ingurgité et digéré, nous laisse aux mains d’un marchand d’esclaves. Il nous revend contre des breloques. Nous sortons des rangs de rameurs et devenons des gladiateurs échelonnés. Nous devons notre grâce à ta fougue légendaire. Alors nous poursuivons enfin notre route vers la grotte socratique. Au bas de l’Olympe, six ifs nous bardent de céréales. Point de sésame ! Et la grotte reste impénétrable. Ton ingénieux trombone fait un miracle de plus. Il suffisait d’y aspirer le surplus de pierres. Quelques moutons passant par là suivent le même chemin. Ils n’avaient qu’à bien se tenir ! Alors, nous entrons, et d’une main ferme tu attrapes les fameux bijoux. Tu prends l’air et t’enfuis déjà vers d’autres lieux. Je ressors derrière toi et « Tout ! tout a disparu, sans échos et sans traces ». C’est ainsi que j’entame la lecture des Poèmes barbares.
- Quelques pas plus loin, je m'arrête pour contempler les haillons du temps pendus sans vergogne dans l'embrasure d'une fenêtre napolitaine. Tout a disparu sans échos et sans traces ; puis reprenant progressivement forme, comme un surgissement nocturne de volubilis, tout est revenu à sa place des victoires. Je longe des palais en ruines, des colonnes montantes, des feuilles d'alcantara enroulées autour des éloignements. Des satyres ricanants, craignant l'eau froide, se cachent derrière les échauguettes. Une écharde de langue de bois me perce cruellement la paume, jusqu'à ce que le baiser d'un clone de George Clooney qui passait fort opportunément par là m'en délivre d'urgence. Je peigne longuement les rideaux de paroles de la villégiature. Je sors de mon sac sans fond trois pierres avec lesquelles je vais poser les bases de la prochaine élongation. Dans la forêt prochaine, les loups et les phoques en soupirent de soulagement, penchés à leurs soupiraux soupçonneux.
Un autre monde se met en scène devant moi. La lumière scintille au loin. Plus besoin de garder avec précaution le soufre des allumettes à la tête brûlée. Les eaux sont sans voix, les pierres bougent, le lierre s’agrippe à mon âme et un fort orage couronne le tout. Qu’importe ! Je ne suis pas près de franchir le Rubicon. N’est pas César qui veut. Qu’importe ! Et d’ailleurs je ne veux pas. Mon cœur chantonne. Les temps changent. J’ai dormi comme une masse et me voilà ragaillardi. Les mésanges et les roitelets forcent ma mémoire. Ils y trouvent d’anciens chants. Ah, comme j’aimais ces airs africains perdus au fond de moi. Ils me donnent une tranquillité neuve. Le sourire monte au rythme de cette trygédie bienfaisante. Les tonneaux abreuvent les comédiens qui délirent sur scène en se prenant pour eux-mêmes. Ils chantent en chœur des salades bien salées. Ils débitent des fonds de flûtes avant de se distiller à haute pression sous les cumulus ensoleillés.
- A voix basse, sous les ramures entrelacées comme autant de doigts, les ambassadeurs du silence se demandent si les allumettes souffrent quand on leur brûle la tête. Les rémouleurs leur répondent qu'on ne fait pas d'omelette sans un plus petit que soi. Les choristes planent sur l'élan chantourné de leurs voix mystérieuses, qui atteignent de l'autre côté de la planète des archéologues enfouis dans des tranchées de mille-feuilles dégoulinant de crème pâtissière. Pendant ce temps, nous leur attachons dans les cheveux des rubans multicolores. Ils leur permettront, quand le concert sera terminé, de se transporter instantanément au bassin d'océanographie où les prochaines échographies les attendent. Tu te drapes dans un manteau de roi africain et tu fermes les yeux pour mieux atteindre la quintessence du palimpseste. Quand soudain se déclenche une averse, un million d'arcs-en-ciel font la roue et les paons, de jalousie, virent à la photo en noir et blanc.
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Auteurs : Desman, Fuligineuse
