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Tomber en pamoison
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Ah, la GBU, comme disent les initiés, c'est pourtant le but ultime de notre périple. À la voir ainsi citée, je n'ai pas pu m'empêcher de le révéler. Naturellement, il nous faudra, pour y parvenir, traverser bien des vicissitudes et des échancrures du réel, dans lesquels nous risquons à chaque instant de nous perdre, de tomber en pamoison, de tomber malades, de tomber amoureux, de tomber sur des petits hommes verts qui nous voudront du mal. Nous savons tout cela. Les avoines folles nous froncent les sourcils. Et avec nos chaudrons et nos guenilles, avec nos cymbales et nos crayons, nous sommes en route quand même, parce que nous sommes braves, persévérants et équilatéraux. Pour ne pas gérer les orchidées, nous suivons les flûtes aux doux ombrages. Sur notre chemin, nous sommes traversés par des fulgurances désincarnées, nous sommes décortiqués par des insectes machiavéliques, nous sommes maquillés par des canalisations antérieures.
- Avançant à pas de grumes, à cause de ma sciatique intersidérale, nous loupions almicantarat sur almicantarat. Pas le temps de tergiverser dans les blés. Pas l’envie non plus. Notre tâche importait plus que nos petits bonheurs égoïstes et dentelés. Il fallait continuer à plier bagages à chaque seconde et prendre le TGV interplanétaire. Nous ne pouvions attendre la fin de la grève, alors nous montâmes sur un train épicycloïdal que nous actionnions à l’aide de ton indispensable trombone. Il fallait faire ce sacrifice, quitte à le transformer en un tore. Hé ! Facteur ! Prête-nous ton vélo-botomique. Nous devions tout oublier sauf notre quête. « Tu collationneras tes pensées et sensations dans une autre vie… » L’anarchiviste de la GBU nous attendait d’une main ferme et nous ne savions pas encore où la situer. Était-elle souterraine, ou placée au cœur d’une étoile ? Peut-être était-elle au creux de ta main, minuscule comme une cendre d’un feu de village africain ? Ou bien invisible aux yeux impurs d’où coulaient la convoitise et la soif de connaissance à des fins perverses ? Nous devions prouver que nous étions capables d’atteindre un pur destin mirifique sans arrière-train, ni arrière-pensée, ni arrière-cour, ni arrière-fond. Notre dignité virtuelle en dépendait.
Rester éveillés à la moindre entourloupe. Se méfier des entonnoirs à thons rouges dans ton vert luisant comme une queue de pie. Disperser les oiseaux vertigineux et les mandibules versatiles. Voilà à quoi étaient occupés nos esprits. C’est ainsi que nous loupâmes les inscriptions précolombophiles. Elles se décollèrent derrière nous et nous les entendîmes trop tard. Avec elles s’envolait notre premier indice. Tu avais bien ta harpe à flocons d’avoine… Twing… Elle m’explosa entre les mains. Cette envolée lyrique me rendit sourd pour plusieurs jours. Mes blessures cicatrisaient rapidement. Pendant ce temps je te sermonnais sur la dangerosité des ustensiles de musique. Mais tu ne m’écroûtais pas. Tu préférais t’engouffrer au fond d’un fjord et avaler de l’hélium. C’est depuis ce fameux jour que mon ouvroir boite. Heureusement que tu m’avais préparé une tarte à la rhubarbe et un nuage à la tomate.
- Ah, les nuages à la tomate, ce sont les meilleurs... ceux que l'on déguste lové voluptueusement dans un canapé de maïs à bretelles, en contemplant les images du cricket élargi sur la commode. J'ai passé tant de journées délicieuses à me livrer à cette activité. J'ai toujours préféré les nuages à la tomate à ceux à la pistache et même à la barbapapa. A cette époque je ne pensais pas aux estrapades et mes godillots étaient couverts de confiture. Il y avait dans la chambre de ma tante Ernestine un miroir de ceux qu'on appelle psyché, un miroir de l'âme en somme, un sommier sommaire, un sommet végétal qui s'ouvrait comme un soufflé trop cuit. Ce n'est pas ainsi que nous atteindrons la GBU, je le sais bien. Mais il faut tenir compte de toutes les pattes de mouche qui se mettent en travers de la gorge du Verdon. Qu'est-ce qu'un corps ? Et un raccord ? Et un justaucorps ?
- auteurs : Fuligineuse, Desman
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