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Taudrivitoff ou l'inscription expressive
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| Deux cents pages de manuscrit et une dizaine de photographies en noir et blanc. Cet ouvrage de luxe cerne la forte personnalité de Balthazar Taudrivitoff, auteur russe qualifié de «membrane » par les critiques de son pays d'adoption. Bien que né en France au 89, rue des Jardins noirs à Grenoble, il n'y a « survécu » que cinq ans, avant que ses parents ne l'emmène avec eux en Russie à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Il a gardé la couverture violette dans laquelle il a voyagé. L'autre souvenir qu'il a gardé est une langue française qu'il a soignée chaque nuit, en secret, malgré l'interdiction de son père. Seule sa mère venait l'abreuver de quelques mots essentiels qu'il ne connaissait pas et d'expressions qu'il malmenait, torturait dans les pages de son esprit qu'il se dépêchait d'éloigner de son père. Ouvrir ce livre, c'est s'ouvrir à la manipulation volontaire. Taudrivitoff place ses artifices au détour de sens que le lecteur, dans un premier temps, n'aperçoit pas. Lecture faisant, les phrases entament une polyphonie d'une finesse précise dont il décore la ligne mélodique. La masse des contre-sens devient une armée désorganisée dans un champ de bataille de véracités. L'onde des significations grandit. L'auteur replonge dans d'intimes déclarations. Devant une image autobiographique personnalisée, le mouvements des expressions réduit la philosophie à une attention nécessaire et difficile à prolonger. Chaque songe décrit sa propre semence. Chaque sentence traverse des faiseurs de contingence. Chaque tentative d'approcher une réflexion propre assombrit chaque relation lue. Au delà du mouvement, le sujet est le discutable. Dans un premier temps, les phrases s'emboîtent comme des réduits où s'entassent des significations désordonnées voire incohérentes. Comme sortant d'un brouillard, les visages sans corps inscrits en toutes lettres décèlent de nobles subsistances, « plus rien ne subsistait que d'expressif ». Les cicatrices héréditaires installent un doute qui n'est pas permis. Les séquelles changent. Les survivances détruisent la psychiatrie et effacent la lucidité. L'angoisse suffoque. « Que revienne la dignité. Que revienne l'épouvantable dignité ! » Les obsédés de la terminologie ridiculisent toutes sorte de désespérés. La détresse, la persécution, la suffocation tarissent. « Où dansent les guérisseurs ? » L'épouvantable dignité s'impose. Certains accumulent la métaphysique, d'autres ont recours à l'incertitude. Balthazar Taudrivitoff émerge des impuissances psychiques, étale ses impossibilités et rompt avec le contentement. Puisque sa vie ne peut devenir un dépassement absolu de lui-même, il tente d'offrir au Verbe son être en réceptacle. Ty Stilgeston
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