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TEXTE BRUT

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[TEXTE BRUT]

écriture internet interactive et collaborative

le 23 mai 2001


Début par : Thierry VENDE




CHAPITRE 1 :

Raphaël alluma l'autoradio, le bourdonnement ronronnant du moteur le berçait un peu trop à son goût. Son attention vacillait, et le rythme hypnotique des essuie-glaces sur le pare-brise n'ajoutait rien à l'affaire. Il se dit qu'un peu de musique lui tiendrait compagnie. Sur le siège du passager Mitchel s'était assoupi. La journée avait été rude, mais ils rentraient satisfaits, le contrat était enfin signé. Il avait fallu négocier pas à pas chaque ligne, mais cette fois c'était sûr ils l'avait gagné leur pari, leur audace et leur ténacité avaient porté leurs fruits, l’avenir s'annonçait lumineux. Bien sûr au sortir de leur rendez-vous ils avaient fêté ça, mais sobrement, il leur restait le chemin du retour et la route était longue jusqu'à Paris et puis il était tard.

- Putain de temps, marmonna Raphaël, cette pluie ne cessera donc jamais.

Il alluma les feux du véhicule. C'était entre chien et loup, la pire des heures pour conduire, et l'autoroute détrempée et lisse comme un miroir renvoyait dans ses yeux fatigués les feux des files d'en face. Il leur restait encore trois cents kilomètres à parcourir. Une douleur à l'épaule lui signala qu'une pause serait nécessaire, il se massa machinalement et fit quelques mouvements du cou pour estomper la fatigue. Trois cents kilomètres ce n'était pas la mort, il tiendrait bien jusque là et puis Mitchel dormait maintenant profondément. Il se voyait mal le réveiller à présent. Il lui devait d'ailleurs une fière chandelle, sa maîtrise parfaite de l'anglais les avait encore une fois bien aidés. Sans lui, certains termes du contrat lui auraient sans aucun doute échappé.

- Mitchel est un type génial, songea-t-il. Son sourire et sa gentillesse lui donnent un charme fou. C'est un homme de communication à l'aise en toute circonstance, conscient de son charisme, mais jamais pédant. Ils s'étaient retrouvés après leurs études, bien longtemps après, par hasard. Mais y a-t-il un hasard? Combien de fois ils avaient fait ensemble le constat de leur complémentarité ! Mitchel l'homme d'action toujours entreprenant et Raphaël le discret, le créatif. Ils formaient c'était sûr le meilleur duo possible et le succès d'aujourd'hui en était la preuve étincelante. Ils iraient loin ensemble.


Clic- trou noir.

Un court moment d'absence. Oh! un très court moment pour tout dire, une fraction de seconde, une parenthèse dans une vie bien remplie. Un bruit effroyable, Raphaël n'entendit que le bruit assourdissant de la tôle qui se plie sous l'effort d'un bolide lancé à toute vitesse. Il était dans un état léthargique lorsque sa tête heurta violemment le volant et qu'une douleur insupportable se répandit depuis sa tête jusqu’à ses pieds.

Il ne reprit conscience que progressivement. D'abord il ne vit rien, impression de vide, le noir absolu avec un sentiment étrange de flottement qu'il ne connaissait pas. Peu à peu sa vue s'éclaircit. Il reprit progressivement conscience et se rendit peu à peu compte de la gravité de la situation. Combien de temps était-il resté inconscient? Il ne savait le dire, une seconde, une minute tout au plus, le temps semblait s'être fluidifié. Il se sentait mieux, souleva lentement sa tête toujours en appui sur le volant. Un étourdissement et un épouvantable mal de tête le firent vaciller. Rester calme, ne pas céder à la panique, les secours arriveront sous peu. Respirer, respirer profondément. Il pouvait enfin reprendre ses esprits, il leva de nouveau la tête. Elle dodelina de droite à gauche et s'affala durement contre le montant de la portière. L'air frais et humide qui s'engouffrait par la vitre brisée lui fit retrouver sa pleine conscience. Il s'aventura à bouger un bras, tout allait bien. Il dégrafa avec peine sa ceinture de sécurité et entreprit de sortir du véhicule. Il dut forcer péniblement pour ouvrir la portière déformée. Lorsqu'il fut enfin sorti, il pris toute la mesure de la situation. Il fit quelques pas hésitants et, se retrouvant face à la voiture, il comprit la gravité de la situation. L'avant était si déformé qu'on ne pouvait plus identifier le modèle du véhicule. Un amas invraisemblable de tôle d'où émergeait plié en deux le capot qui masquait totalement le pare-brise.


Clic - changement d'état

C'est à cet instant seulement qu'il pensa à Mitchel. Il ne pouvait le voir à cause du capot. Il ne l'avait pas vu sortir de la voiture. Il appela... Pas de réponse, c'était sûr, Mitchel était coincé là-dedans. Il fit le tour et vit en effet son passager qui gisait inconscient. Il hurla comme un fou: "Mitchel, Mitchel réponds moi". Il entreprit d'ouvrir la portière du véhicule. Il eut un hoquet de surprise et recula. Sa main ne pouvait saisir la poignée de la portière, comme si cette dernière n'existait pas. Il essaya de nouveau et s'arrêta net... Il venait de passer jusqu'à mis bras au travers de la tôle. Il voyait clairement sa main de l'autre côté à l'intérieur du véhicule, le reste de son corps était pourtant au dehors. Il bougea ses doigts un à un puis sa main, la tourna. Comment était-ce possible? Il se pencha légèrement en avant pour voir l'état de son ami.

C'est alors qu'il eut une vue globale de la scène. Il recula dans un cri d'effroi si violemment qu'il chuta à terre. Il tremblait convulsivement de tous ses membres. Incapable qu'il était de se relever. Il fallait pourtant qu'il se relève, qu'il voie à nouveau l'improbable. Il lui fallut un effort surhumain pour se remettre sur ses jambes et lorsqu'il parvint enfin à le faire, il dut se rendre à l'évidence, il n'avait pas rêvé. Etait-ce possible? Il se vit lui, là, bloqué dans cet amas de tôle, la tête affaissée sur le volant, le cou tordu et les yeux grands ouverts, vides. Il sentit un léger fourmillement comme une décharge électrique qui montait depuis ses pieds et l'envahissait progressivement.

Puis soudain il eu l'impression de ne plus rien peser et se retrouva au-dessus de la voiture. Il estima plus tard la distance qui le séparait du sol à environ trois mètres. De là il put voir l'ensemble de la scène. Des gens qui s'agitaient autour de la voiture, interpellant vainement tour à tour le passager et le conducteur. La rampe de sécurité défoncée, des véhicules en ordre dispersés un peu partout. Il se concentra de nouveau sur le véhicule, interpella les automobilistes qui se penchaient sur son corps sans pouvoir se faire entendre d'eux. Il haussa la voix, sans succès. Ils semblaient ne pas le voir, ne pas l'entendre. Le hurlement des sirènes qui approchaient du lieu du drame il les entendait, le crissement des pneus sur la chaussée puis les bruits de pas des sauveteurs qui couraient vers le véhicule aussi.

Est-ce que c'était fini pour lui?



le 24 mai 2001


1ère suite par : Augustin LEFEVRE





Lui, et Mitchel ? Le regard de Raphaël se mut avec une vitesse surnaturelle vers la place du passager, pour se heurter sur un corps sombre, à demi caché par le tableau de bord, maculé de rouge par l'accident. Inconsciemment une folle joie emplit Raphaël, le faisant se tourner ça et là dans l'obscurité, à la recherche de son compagnon.

Néant au nord.
Néant à l'est.
Néant au sud.
Néant à l'ouest.

Alors seulement Raphaël se rendit compte qu'il ne savait pas foutredieu où il était et que le diable seul savait où il devait aller. Malgré l'immatérialité de sa chair, ses jambes se courbèrent sous le poids de la fatigue, du désespoir et de l'ignorance. Mitchel parti, c'était la fin de ses repères. Continuellement rassemblés par leur vie, étaient-ils à jamais séparés par leur mort? Il sentit le poids de son âme dénuée d'enveloppe charnelle, ces atomes échappés à la mort. Ca y est? La réponse? La question qui le tourmentait depuis toujours émergea dans le flot de sa conscience, la vie après la mort, l'attente du néant ou l'attente d'un Dieu perpétuellement en conflit, tout ça se bousculait péniblement dans sa tête.


La lueur bleue des ambulances et des pompiers se mêlait aux phares des humains curieux de ce morbide spectacle. La nuit assombrissait l'esprit de Raphaël, dont la bouche se mit lentement à psalmodier de glauques refrains. On enleva sa voiture et peu à peu le flot terrestre redevint continu, jetant définitivement Raphaël aux oubliettes de la mort. Sa voix s'élevait dans l'infini de son nouveau monde, hurlant à la Terre sa plainte déchirante. De timides rayons de soleil dardèrent l'obscurité, à mesure que Raphaël remettait ses idées en place. Une seule certitude: ses interrogations bousculées par sa mort n'étaient pour l'instant que reformulées, il lui appartenait dans la nouvelle obscurité de percer son chemin.

Mitchel quelque part le cherchait. Quelque part le destin les attendait tous deux.

Raphaël devait maintenant réapprendre ce qu'était le monde, ce dont il avait besoin, ce qu'il cherchait. Avec fermeté il entama néanmoins une trajectoire hésitante, suivant plus ou moins l'autoroute. Car avec toute la volonté dont il était capable, il ne savait désormais plus rien.



CHAPITRE 2:

Errant à travers plaines, Raphaël finit par échouer dans une petite bourgade de campagne. Au-delà de toute faim, de toute fatigue, il sentait une lassitude étrange et nouvelle s'emparant de lui. Raphaël appréhendait la nouvelle configuration de ses sens. Il réalisa que son besoin le plus vital était de communiquer pour l'instant, car si il n'avait pas ressenti jusqu'ici la fatigue physique, il n'en ressentait pas moins une nouvelle réalité de son corps. Il lui fallait de l'aide sans quoi il ne pourrait remédier aux nouvelles contraintes de son corps.

Comment savoir s'il était seul ou non? Raphaël eut beau réfléchir, il ne put trouver de réponse. Son angoisse de la nuit précédente le reprit, et il se mit à marcher frénétiquement, d'un pas saccadé et à la limite du contrôle de soi. Ses yeux hagards se portaient dans toutes les directions. Ne supportant plus son impuissance, il se mit à hurler.



le 5 juin 2001


2ème suite par : Nicole CIRY





Lorsque Mitchel reprit ses esprits, quelle ne fut pas sa surprise en ouvrant les yeux. Où était-il ? Que s'était-il passé ? Il essayait avec peine de retrouver le fil des évènements... En vain... Le plafond blanc de la pièce dans laquelle il se trouvait, gisant, ne l'inspirait pas. Il referma les yeux. Peut-être le calme du silence et de l'obscurité l'aideront-ils à se rappeler ? Soudain une douleur presque insupportable lui traversa le corps, si intensément, qu'il en ouvrit soudain les yeux. Un frisson glacial lui parcourut la poitrine. Raphaël... oui c'est çà, Raphaël... Soudain toute la scène se dessina devant ses yeux. Le choc, le bruit de tôle, puis plus rien... le néant...

Raphaël, où es-tu ? comment vas-tu ? Et s'il n'en n'avait pas réchappé ? Je dois savoir, s'écria Mitchel inquiet. L'angoisse s'empara alors de son esprit. La mort est-elle venue le prendre au moment où, enfin, la chance nous avait trouvés, lui et moi ? Non ! Non ! c'est impossible... pas maintenant...

C'est le moment que choisit l'infirmière chargée de la surveillance de l'accidenté pour entrer dans la pièce.

Enfin... je vais enfin savoir... songea Mitchel. Mais lorsqu'il voulut poser la question fatidique, aucun son ne put sortir de ses lèvres. Comme dans une paralysie profonde, sa mâchoire ne voulut pas acquiescer à la demande de sa volonté farouche d'éloigner le doute terrible qui l'envahissait. Il tenta une seconde fois de s'exprimer. En vain...

Mitchel songea alors à capter des yeux l'attention de sa visiteuse. Mais va-t-elle s'approcher assez pour que je puisse intercepter son regard, se dit-il. Las, à peine cette pensée lui traversa l'esprit que cette femme en blouse blanche s'éclipsa aussi vite qu'elle était apparue.

Le doute absorba à nouveau sa pensée...



le 7 juin 2001


3ème suite par : Claude YVANS, artiste total et Multis médias





Sa Pensée...il n'y avait plus qu'elle
Penser à nouveau absorba le doute
LES MORCEAUX D' IMAGES FLASHAIENT L'ESPACE :
cette Femme en blouse blanche / vitre avant la nuit / le contrat était signé /
leur Duo /Musiques assoupies/ ils iraient loin ensemble/
Loin enfin la Chance nous avait trouvés/
Bourdonnement ronronnant / attention vacille/
Rythme hypnotique des essuies glaces/Musiq-Compagnie/Fêter ça /
Lisse miroir/ le meilleur DUO/ L'Essentiel invisible assis entre eux : la Co-Création, la MultiCréation/

le trou noir,disons gris flammée/
sans pouvoir ouvrir les yeux/ le son intérieur et couvert/
oui ! ce qui s'appelle Accident,tôle, voir de dessus, ne rien peser/
rouge liquide/fer brillant /lueur bleutée/les gens autour/
ambulances / sirènes / course en désordre : Tout d'un décollage spatial ?
Néant Nord? Néant aux horizons et la question de la Vie après la Mort,
l'attente du Néant,l'attente d'un Dieu
ou l'attente d'indescriptible autre ! Vivre Autrement ?
Puis du blanc du plafond et du blanc de blouse blanche
avec un Corps de Déesse vivante dedans.
Du Bandant ! ... Madame ! Madame ! mais j'ai pas de son ?
-"trois fois qu'elle passe"
Poser la question pour Raphaël ? la vie de .../tenter de s'exprimer.

La Femme en Blanc est le Monde et j'ai passé ma vie à
Exprimer ...devant
Exprimer et la Femme en Blanc passait
le Monde entier avec Elle
Elle ne s'arrêtait pas, elle allait vite, entraînait le Monde à cette vitesse,
je parlais Silence à ce vacarme devant.
Capter des yeux la visiteuse, si le son ne passe pas
Capter juste un Passage, La Femme en Blanc, le Monde,
La Femme en Blanc, le Monde : Toute ma Vie

Et un jour Raphaël joue le Passeur,
fait le lien, Aide à me faire couler les mots pour les entendre :
la Femme en Blanc et le Monde s'arrêtent,
ils écoutent les Mots,tout va très vite ensuite, jusqu'au contrat,
mon sommeil, mon rêve de Vie et tout ce qui se passe dans la voiture après le rythme au pare-brise.

Les Morceaux d'images flashaient toujours.
Je ne sentais plus mon corps, juste un écoeurement de jeunesse,
mais je sentais d'Odeur et de Rondeur
le Corps de la Femme en Blanc.
sa Blouse est ouverte,
je dois m'accrocher à ses roches nues
il y a du volume et des hanches pour me fixer
tomber sur Elle, pas dans le noir autour ça Blues c'est chaud
c'est ma Vie cette Peau
pour le Haut Dur levé du Rituel souvent renouvelé
car trop belle tenant le livre du Chevalier et sa Dame Iniatrice
sa Blouse est ouverte en bas
m'accrocher à la Toison, y rester, renaître sans changer de vie
rester bloqué entre les deux Orifices
sous la Rosace Religieuse, humer ces deux puits Jouvences
ça Blues, ça Danse ici transe
pour la petite mort Madame !
pour l'autre j'ai le temps,elle attends Encore de mes Caresses
Silence sa Blouse est ouverte
I Travel on the pats of the sky
to explore awareness and the universe
I stay there to do it
I like to hear your singing

En même temps, bien sur que c'est la Mort pas loin !
et la réponse a tous les Spirituels,l'explication du passage, en direct.
Mais rien ne se passe, comme nous comprenons, vivant ! sur Terre.
Rien ! Je ne peux même pas vous dire, tout est autre dimension,
aucun mot, aucune image, aucune musique, ni pensée ne peut ressembler,
même juste de loin, rien juste un silence ? mais non ! trop rempli.
Comprendre qu'il faut juste répondre présent aux appels,
pas juste avant la mort, tout le temps, oui ! dès que possible ...

Vont-ils copylefter mon travail maintenant que je suis là ?

Des dessins lumineux construisent des images Holographiques,
de flashs de Vie,
tout ce qui s'est dit
apparaît laminé par des lasers creusant.
La scène fait des kilomètres
de large, en bas la route,au centre l'accident,au dessus le pont supérieur des gradins, tout près des spectateurs,les deux chambres d'Hôpitaux, au centre, le chemin de campagne,
jusqu'à l'horizon,pour la partie de Raphaël,errant à travers plaine. plus haut,une sphère d'écran ciné pour conter ce que le Spectacle Holographique
ne peut dire: les pensées de Mitchel et de Raphaël.
sur les côtés les tables de Mixage des différents Artistes.
en haut du public,la cabine des projections des Acteurs :
l'équipe de l'Atelier Holographique de Paris est au grand complet:
Dom, Pascal, Oculaires et tous leurs nouveaux chercheurs.
Oui, tu me suis ?, Mitchel et Raphaël sont en Hologrammes,
tout le restant c'est du Robot-Androïde et de la Machinerie,il y a même de la vieille 3 D
Tout est sous licence Art Libre
c'est un Evénement du Collectif Copyleft Attitude,sur le thème du Passage :
chaque Artiste donne sa vision avec la même matière de base.
Nicole Ciry est encore à la table de Mixage, avec Augustin Lefevre,
qui avait pris les curseurs juste avant.
Au dessus de l'arche des Mixs, la table de base avec Thierry Vendé,
qui est à l'origine du projet.
Il avait écrit le début du scénario en 2002 ? en ??
oui ! il y a longtemps, en Mai 2001.
Là entre deux artistes, il taille des Pierres de Lumières
avec un logiciel de sculpture au doigt.
Il a expliqué juste avant, qu'il fait les mêmes gestes qu'ils faisaient chez les Compagnons,
dans les années 70...
Pendant ce temps les spectateurs notent sur leurs écrans personnels, leurs sensations.
Ceux qui veulent, dirigeront plus tard dans la soirée, une partie de la scénographie,
directement de leur Portable
Antoine Moreau avait dit :"En avoir jouissance pour en multiplier les réjouissances"
Artiste plasticien à l'origine de Licence Art Libre!
Je parle comme en 2001, bien sur il faut avoir vécu enterré pendant 20 ans, pour ne pas savoir ..
"prendre des Libertés avec le système de marchandise généré par l'économie dominante,
que les ressources de la Création en mouvement ne soit pas le seul bénéfice de quelques uns,
défendre une économie propre à l'Art, basée sur le Partage, l'Echange et la joyeuse dépense."

Faut rire ! aussi et surtout de ce "Texte brut", c'est que la Mort n'est pas là ou très en dessous
Fauche les éclats riants des accidentés de l'Art
Moi, j'étais à l'époque sur Xpassage avec Augusto Foldi, un travail cinétique où le Passeur
et l'Artiste ne sont qu'une même personne : oui! comment faire sans passeur ?
Mitchel le savait bien.
Je vous laisse. Le Spectacle va reprendre ou bien l'Histoire de l'Avant de Mitchel et Raphaël.
Etre Toujours dans le Départ
Ne pas Etre Installé
La normalité n'est pas passée ou rien n'est gravé Ni succès Ni argent Ni blasé Ni échec
c'est comme être un Enfant avec l'âge en plus
FAIRE AVEC ET PLUS
Etre toujours dans le départ
POUR TRAVERSERER



le 8 juin 2001

4ème suite par : K, l'anonyme et étrange Mister K.



Le doux passage atemporel, limbes décortiqués et mystifiants comme ce fleuve infranchissable que la Femme en Blanc nous donne à explorer... Raphaël, entends-tu ma voix muette, goulue de dodécacophonie allemande et aspirant à l'expiation de nos fautes sur la route menant au Salut ?

À quoi m'accrocher, aux trois rocs invitants que surmontent autant de boutons d'or, ou mes dents enfoncerais-je dans cette chair (en est-ce ?) blanche immaculée, me plongeant dans de douces rêveries d'antan ? L'horloge de mon coeur fait marche arrière et la course folle vers le sommeil invitant me bouscule comme l'arbre qui parle au son des lys ; les beats se répercutent sur les non murs de mon nouveau domicile, faites comme chez vous, asseyez-vous.

Je vois Antoine pleurer derrière un parapet, je lui tends ma main qu'il ne peut prendre et je flotte, libre d'être emmuré dans ce non lieu ressemblant tristement à une ruelle de junkies :

We're on a road to nowhere
Where two-headed horses ride the path to enlightenment
We're on the road of knowledge
Are you woman enough to be my man
Bandaged and bound to eternal pleasure?

Rien à faire, cette femme hante mon esprit aérien comme la bouteille se vide et coule le long de l'oesophage du prêtre annonçant ma mort. Je pense soudainement à mes oeuvres, nos oeuvres : Raphaël, qui assurera notre relais ? Qui prendra en charge notre héritage ? Ces questions sont bien vaines alors que personne ne pense à notre travail... Je lis dans leurs pensées et je confirme tous les doutes : PsykoPat a déjà réutilisé tous nos samplings et à même créé une ode funèbre sur fond de techno-hardcore ; e s'est rapidement appropriée les sculptures sonores de Raphaël et les a remodelées en statues de cire à base de formol ; Tangui a recompilé mon logiciel de traitement de sentiments en y rajoutant quelques modules Perl pour en automatiser l'usage ; il songe à l'instant avec Bobig à une interface conviviale qui rendrait le logiciel accessible à tous : télépathiquement, il m'annonce qu'il publiera le tout sous GPL, tel que convenu dans le testament que je n'ai pas écrit.

Puis, la Femme en Blanc réapparaît, elle arbore un sourire jusqu'ici inconnu des mortels : rien à voir avec le sourire Colgate... J'aperçois entre ses canines de petites limaces transparentes que l'omniprésente lumière des limbes fait reluire comme de petites gouttes de rosée perlée. Dans son cou se niche un reptile difforme, tricéphale et paradoxalement sympathique. Il recouvre chacun des monts de sa poitrine cristalline d'une de ses gueules et en fait jaillir un nectar visqueux et intrigant ; de couleur rougeâtre, presque marron, il macule sa peau jusqu'au triangle d'or roux abritant l'antre double de la bi-jouissance.

«Avez-vous tous vos papiers ?», me demande cette femme sans nom. Je lui demande de quels papiers il s'agit. Elle me répond : «On ne vous a pas informé au bureau des défunts sans préavis ?» Perplexe, je la regarde ébaubi, innocent comme un enfant à qui on fait découvrir les plaisirs que procure la glace. «Visiblement, vous n'étiez pas préparé à me rencontrer», fait-elle d'un air narquois. En effet, je n'étais pas prêt à grand-chose, et le bureau des défunts sans préavis, comment y prend-on rendez-vous ?



le 23 juillet 2001

5ème suite par : Antoine MOREAU fondateur et père spirituel de Copyleft Attitude, (merci papa).



Quelqu'un alluma l'autoradio. Le bourdonnement du moteur perçait un peu trop ses tympans: il augmenta le son. Son attention vacillait et le rythme hypnotique des essuie-glaces sur le pare-brise n'ajoutait rien à la musique. Il se dit qu'un peu de silence lui tiendrait compagnie. Mitchel s'était assoupi à côté. La nuit avait été rude, mais ils rentraient satisfaits, le contrat était enfin signé. Il avait fallu négocier pas à pas chaque ligne. Cette fois, ils l’avaient gagné leur pari, leur audace et leur ténacité avaient porté des fruits semblables à des pêches, des poires et des abricots. L'avenir s'annonçait lumineux. Au sortir de leur rendez-vous ils avaient fêté ça, mais sobrement, il leur restait du chemin pour le retour et la route était sinueuse jusqu'à Paris. Il était tard.

"Personne n'a de nouvelles d'Augusto Foldi?" hurle Daltex, l'andro de mouvant aux vents les plus durs qui ramène sa fraise comme ça l'air de rien. Non... personne... La vie passait par bribes et il était impossible de tout saisir. Quelqu'un éteignit l'autoradio.

Alors Daltex se rendit compte qu'il ne savait pas où il était. Une femme en blanc seule savait où il devait aller. Malgré l'immatérialité de sa chair, ses jambes se courbèrent sous le poids de la pluie, du crépuscule et de l'orage. Mitchel parti à l'instant, c'était la fin des haricots. Continuellement rassemblés par leur mort commune, étaient-ils à jamais séparés par une vie qui leur échappait? Il sentit le poids de son cerveau dénué d'enveloppe crânienne, des atomes qui échappent à la lumière. Ca y est? La réponse? La question qui le tourmentait depuis toujours... Dans le flot de sa conscience, la vie après la mort... L'attente du néant ou l'attente d'un [ ] perpétuellement en conflit... Tout ça se bousculait... Péniblement pendant qu'une fête au loin résonnait à ses oreilles.

Lorsque Mitchel reprit des forces, il fut surpris, les yeux ouverts. Où était-il ? Que s'était-il passé ? Il essayait avec peine de retrouver le fil de fer de sa tête cul par dessus tête... En vain... Le visage défait... L'avait la gueule de bois. Le plafond blanc de la pièce dans laquelle il se trouvait ne l'intéressait pas. Il cligna des yeux. Peut-être le silence et l'obscurité l'aideront-ils à se souvenir? Souvenir de quoi?... Soudain, une joie insupportable lui traversa le corps, si intensément, qu'il en ferma les yeux. Un frisson glacial lui parcouru l'échine. Raphaël..... oui, Raphaël ..... Toute la scène se dessine devant ses yeux. Le choc, le bruit de tôle, puis plus rien... le néant... L'autoradio s'allume tout seul. C'est magique, il fait jour et nuit à la fois et les saisons ont disparu pour aller sur Saturne.

Puis, une femme en Blanc avance. Elle arbore un sourire inconnu : Colgate peut aller se faire mousser... J'aperçois entre ses jambes de petites limaces transparentes que l'omniprésente lumière des phares de l'automobile fait reluire comme de petites gouttes de rosée perlée. Dans son cou se niche un nain difforme, tricéphale et sympathique. Il recouvre ses seins cristallins d'une de ses gueules et en fait jaillir un nectar anar rougeâtre, presque marron, il macule sa peau jusqu'au sexe connecté à l’entour et qui jouit en périphérie.

Avez-vous tous vos mains propres? demande-t-elle de but en blanc. Je lui demande de quelle propreté il s'agit. Elle répond : On ne vous a pas informé au bureau de la manœuvre bon marché ? Perplexe, je la regarde ébahi, intrigué comme la gerbille à qui on fait découvrir les délices du désert. Visiblement, vous n'étiez pas préparé à me serrer la pince, fait-elle d'un air iroquois. Oui, je n'étais pas prêt à la caresser de long en large et en travers et de long en large et en travers et de long en large et en travers et de long en large et en travers et de long en large et en travers et de long en large et en travers et de long en large et en travers et de long en large et en travers et de long en large et en travers et de long en large et en travers.

On sait que la classe ouvrière attend toujours d'être mieux payée. Zon ka retourner l'école, qu'on lui dit parfois. Raphaël se réveille. Daltex surveille. Quelqu'un passe, un walkman souris sur la tête chauve. Mitchel regarde tout ça de loin. Et... Voit... Voici... Oui c'est lui... Augusto Foldi qui arrive!...



le 24 juillet 2001

6ème suite par : MARTA et son charmant accent américain



CHAPITRE 3 :

Quand je ferme mes yeux, je vois l’arbre qui tourne, qui tourne, qui tourne.
Je vois le pop-corn par terre, et mes chaussures noires à côté du frein.

Je me réveille dans le corps d’un enfant enfiévré, et je parle, je parle, comme je parle. Elle s’endors, et je fuis la fenêtre ouverte, copyleft.
Plus de papiers, et plus de la France.
Jan Vermeer de Delft.
Oh yeah.
Jan Vermeer de Delft
Ah, oui.
Provoc
Ah, oui.
Violence de Rembrandt van Rijn


Je me sens que je n’arrive pas à élever la réalité juste.

Donne moi ce sirop, Pussyfemme blanche tu n’existe pas, je sais, la douceur, c’est le médicament. Il me faut du médicament. Un peu du lait maman.

Mais, je marche dans la rue, et je pense, et il y a tant du bruit, et je suis triste, parce que je sais que cette angoisse qui me contrôle, est un symptôme. La réalité est autre.

Je suis en jupe. Comme il faut. Je salue ma voisine, comme il faut. Je nettoie par terre, comme il faut, et je prépare un bon café, filtré, cubano, et je le bois dans une énorme tasse fabriquée en Toscane.

Je mange du pain. Je bois de l’eau d’une fontaine, l’eau sans chlore.

Le lait dans le frigidaire - malheureusement, quand je l’ai versé il était devenu fromage, et la boîte était daté d’il y a trois semaines.

Je suis chez moi, et le café sent bon.

Dame Pussyfemme en Blanche organise mes pensées d’une efficacité inouïe. Je considère regretter le voeu tenace d’une si charmante souteneuse de chirurgie vaine, et je suis certainement hors de moi. Worse than lace. Et je paie sur la table, je sais que c’est de la douceur mathématique car le tissu n’a pas de sexe.

C’est la saison des pêches. 9f95 le kilo, 15frs les deux.

Et oh.

De toute façon, un peu de chirurgie esthétique ne me génétique pas trop tant que je peux bouger quand même et un peu de robotique ça marche et c’est chic ici, regarde Stellarc père, Marc Pauline frère. Tragedy brings bitter sumptuous reality of creation. I was young in Madison New Hampshire where the population held the highest toll of suicide and car accidents. My friends changed their look from season to season, and sometimes their intelligence. Once after my head dented the wall, a girlfriend said, “now, you are a genius”, and it made all the difference. If I’d lost more grey, I could have learned to decorate cakes and drink the less expensive stuff. Robert Frost and e.e.cummings rocked the afternoon while a pick up truck sank into the ditch mired in mud and stagnant water and a man sighed, you can’t fly on one wing chérie.

Mon amour a été remplacé par un amour lassé, la nostalgie tranquille de la réalité défragmentée, or je n’avais aucun confiance dans mon être systémique et institutionnel. C’est tout bête, trop grand, et trop con. Et trop accessible, et je n’ai que mon intuition à présent. Et je dors en ancien amour, tout près, mais je dors vivante. Le coeur il bat pour eux.



le : 26 juillet 2001

7ème suite par : Augustin (comme convenu)



Grande inspiration, les yeux écarquillés, Mitchel se réveilla en sursaut. Il mit bien une dizaine de secondes à se remettre les idées en place, le regard fixé sur ses draps immaculés. Hallucinations, ça n’avait pas arrêté depuis l’accident. C’était peut-être ça, la mort comme transfert. Plus de poids à porter, alors l’esprit part comme une flèche, tout léger. Si vite qu’il en dérape un peu, il faut le maîtriser. Il releva la tête : il était encore dans cette chambre d’hôpital, et Miss Pussyfemme en Blanc était encore là.

Sourire accueillant « Et vous ? Vous avez tous vos papiers ? »

Mitchel, désormais tout à fait réveillé, se passa le pouce et l'index sur les paupières, puis rouvrit les yeux en prenant une bouffée d'air. Bon, apparemment, pour les mains blanches c’était réglé, voilà autre chose. Maintenant on lui demandait des papiers, à lui, un macchabée. C’en était assez des hallucinations, il allait reprendre les choses en mains. Regardant intensément l'infirmière il finit par émettre un léger sourire contenu tout en reprenant la parole: "Comment voulez-vous que je sois passé par un bureau? je suis mort il y a quelques heures à peine. " L'infirmière esquissa à son tour un sourire, ce sourire qu'affichent les secrétaires agacées par un ignorant: "Et alors? ça ne vous empêche pas d'aller vous procurer tous vos papiers. Ca prend à peine un quart d'heure."

Mitchel referma les yeux, fronçant les sourcils: "Pardonnez-moi mais je ne sais rien des mesures de routine à observer, j'arrive à peine ici. Il rouvrit les yeux et relâcha ses traits jusqu'ici contractés: " J'ai eu un accident, puis j'ai erré le long de l'autoroute et je suis tombé dans un village quelconque, où j'ai perdu connaissance. Et me voilà dans cette chambre, je ne sais même pas où je me trouve ni ce que je dois faire, et j'entends encore moins votre charabia administratif. "
Nouveau sourire forcé, les yeux vides: " C'est pourtant simple, répliqua-t-elle d'un ton doucereux, après être passé au bureau des défunts sans préavis, vous passez en quarantaine en attendant que votre dossier soit transféré au Centre d'Admission des Décédés. Avec un peu de chance, votre fiche C122 sera vierge, si vous ne développez ni allergie ni maladie contagieuse, et dans trois jours à peine, le Bureau Central..."
Bordel, vous voulez bien arrêter votre char!" éclata Mitchel, exaspéré par ce fourbis de formules administratives. Le visage de l'infirmière semblait comme figé, on eut dit une machine usée, un bug qui paralyse l'image: "C'est pourtant vous qui voulez absolument que tout soit comme ça..."
Mitchel fronça les sourcils: "Pardon?"
" Si vous tenez tant que ça à atterrir dans un au-delà tout planifié où on vous attend avec des petits papiers, c'est normal que je sois là. " Tout ceci avait été débité d’un seul ton, modulé étrangement, comme sur un vinyle rayé. L’infirmière gardait sa pose figée, le port et le regard vides.

L'image était floue, Mitchel enfouit son visage dans ses mains. Chose bizarre, l'image de la pièce était encore là, même cachée par ses mains. Le lit en fer, recouvert par des draps immaculés, sur lequel s'appuie cette infirmière et son sourire figé et son regard bovin. Au fond, des brancards, des instruments ; tout ceci, bizarrement immobile. Et pourtant, Mitchel avait le visage obstrué par ses mains. Son front se contracta douloureusement, et une chaleur pénible lui enfiévra le haut du crâne, ses nerfs tournaient à fond, déroutés par la tournure que prenait la situation. L'image de la pièce se tordit dans le même élan douloureux, les couleurs se ternissant et se mélangeant dans un vert boueux, tournant presque au beige. "J'en ai assez, j'en ai assez, j'en ai assez..." Mitchel commença à murmurer comme une incantation ces paroles sourdes. L'image commença à tourner, se mélangeant peu à peu à l'obscurité, comme un pot de peinture qu'on vide dans un évier sale. Et pourtant plus l'image s'évanouissait, plus l'image de l'infirmière persistait dans l'obscurité, comme un souvenir qu’on se rappelle, sans le voir, mais bien présent, là.


" Que voulez-vous, vous ne pouvez pas vous débarrasser de moi, vous avez encore trop de mal à vous extirper de la réalité". La voix de l'infirmière était restée elle aussi, quelque part en haut du crâne, à droite. "
"J'en ai assez... assez... assez... "
" Ce n'est pas si facile que ça, à ce rythme là, vous n'êtes pas sorti d'affaire. " Sa gorge se noua, la chaleur qui l'avait envahi se glaça soudain, toujours en haut du crâne. Son visage s'affaissa, sa peau se fit molle, tout à coup ses yeux se remplirent et trois larmes perlèrent, glissant le long de ses joues :
" Je veux partir...m'en aller. "
" Eh bien, partez. "
Mitchel n'écoutait plus et continuait à sangloter:
"Raphaël... je veux partir".
« Eh bien, allez retrouver Raphaël. Rien n'est plus simple ».

Clic .
Ca le reprenait, encore une fois. Tout commençait là. La simplicité. Aller retrouver Raphaël. La volonté. Mitchel avait compris. L'infirmière, la chambre, la bourgade, tout ça c'était lui. Rien que le produit de son imagination, de ses fantasmes peut-être, en tout cas rien n'était réel. Bizarre produit de son inconscient, ou quelque chose comme ça. Tout se relâcha en Mitchel, même l'idée qu'il avait un corps disparut soudain. Et maintenant, aller retrouver Raphaël.




CHAPITRE 4:

Mitchel se prépara, tout excité, à cette nouvelle expérience: retrouver Raphaël par la seule pensée, créer de toutes pièces un monde propre. Voilà ce qui avait germé en lui : puisque tout était un produit de son imagination, il pouvait à loisir en prendre le contrôle, et en faire ce que bon lui semblait. Il se concentra de tous ses neurones. Il commença par retrouver son corps, des sensations, idées qu'il avait abandonnées quelques secondes auparavant, au même titre que des souvenirs. D’ailleurs quand on est mort, tout ce qui est physique n’est plus que souvenir. Il prit alors une grande inspiration et laissa un doux vertige lui envahir la tête, la remplissant d'un air mordant, étourdissant. Il rafraîchissait sa mémoire, y recherchant Raphaël. Il se donnait tout son temps, décuplant la jouissance par la lenteur délibérée de ses pensées.
Tout d'abord, un décor: le café où ils se retrouvent si souvent pour travailler, la fièvre des serveurs bousculés par le temps et les clients, le brouhaha des importuns, les bruits de verre et de mousse. L'air du samedi soir, l'air de fête. Et en face de lui... mais non pas tout de suite, pas si brusquement.
D'abord quelques souvenirs: leur rencontre à l'université, le passage du diplôme, comment ils avaient monté leurs premières arnaques pour gagner petit en peu de temps, sans se faire remarquer. Et puis les grosses affaires sérieuses... Maintenant l’apparition : un profil, un pantalon bleu marine, un sourire timide sortant de l'obscurité, et puis Raphaël, là, devant lui, attablé au café. La joie envahit Mitchel, il se leva et prit Raphaël dans ses bras, faisant passer dans son étreinte l'affection intemporelle qu'il lui vouait, mais aussi toute son attente frustrée jusque là, depuis l'accident (qui semblait si loin, il y a des semaines, des mois peut-être).
Mitchel se vida de toutes ses émotions, difficilement contenues ces dernières heures. Il avait bien des choses à raconter à Raphaël ; de plus, il lui expliquerait le sens de tout ça, tous ces événements bizarres, lui, Raphaël, l’intellectuel.


Mais peu à peu, le vide se fit, le silence s'installa. Raphaël avait un sourire figé aux lèvres, son image restait pétrifiée, ses yeux vides. Mitchel, les sourcils froncés, laissa s'évanouir l'image du bar, tout en retenant celle de Raphaël. Que se passait-il? N’était-ce pas là Raphaël, le Raphaël qu’il connaissait si bien, son alter ego, son complémentaire ?


Soudain, empli d’angoisse, ses yeux s’écarquillant, Mitchel comprit que justement si. C’était là LE Raphaël qu’il connaissait. Pas Raphaël, pas le vrai. Celui-là, dont les zygomatiques semblaient pétrifiés dans une pose béate, c’était un faux, que lui, Mitchel, s’était inventé pour se rassasier, se rassurer. Un clone fabriqué à partir de souvenirs et pas de vie vraie. La gorge de Mitchel lui serrait, sa pomme d’Adam remontait, chargée d’amertume. Cédant à sa rage, il dispersa l’image du faux Raphaël dans le néant. Et dans le même mouvement, il fit s’envoler tout autour de lui et en lui, ne laissant que sa substance, son âme mise à nue.


Que faire maintenant ? Toute tentative de retrouver une réalité lui semblait vaine, puisqu’il ne pouvait reconstituer que des souvenirs. Mitchel se rendit compte que maintenant qu’il était mort, la seule perspective qu’il avait était de s’inventer un monde, pour « jouer », un monde dont il serait consciemment le maître puisqu’il en contrôlait les composantes. Et il ne pouvait s’y résoudre, sachant pertinemment que cela ne le mènerait nulle part Il décida de se reposer un peu... ..

Dans la prairie broutaient les vaches, couraient les mômes décharnés du Père Malsk, hurlaient les trains passant à toute vitesse. Le ciel était radieux, sans nuages, quoiqu’un filet blanc très mince vint parfois troubler son bleu omniprésent : c’étaient les avions qui eux aussi passaient à toute vitesse, fuyant comme les trains la morne campagne pour les riantes cités d’asphalte. Les mômes du Père Malsk pouffaient de rire à l’idée du tour qu’ils allaient jouer au père Gorguin. Quel grand nigaud ! Ils allaient lui apprendre à leur confisquer les cerceaux. Se saisissant d’un pétard raisonnablement gros, ils l’enfournèrent dans le derrière d’une de ses vaches et, après l’avoir allumé, coururent se cacher en hurlant de rire... ..

Boum. La pensée de Mitchel s’illumina en même temps que la détonation du pétard résonna dans sa tête: voilà comment il allait créer une réalité. Une idée typique de Raphaël, Mitchel en était très fier: compliquée, tordue, mais brillante. S’il laissait ainsi vagabonder son esprit, il inventerait à coup sûr un monde indépendant de sa volonté. Et il n’aurait plus qu’à inscrire cette même volonté dans ce monde, et le tour était joué. L’idée parut à Mitchel si géniale qu’il mit bien une minute à jubiler avant d’écarquiller les yeux et de se rendre compte des conséquences catastrophiques que cela aurait sur lui. Schizophrénie, folie démente et ainsi de suite. Mais quoi ? Rester enfermé par soi-même, dans ce néant infini, pour toujours ? Autant se créer une illusion de réalité, et celle-ci valait mieux que toute autre puisque le Mitchel ainsi créé serait inconscient du Mitchel enfermé là-haut.

« Ah, bordel ! Y en a marre de se torturer les méninges, de toute façon je n’ai pas le choix ». Il ferma les yeux, et de toutes ses forces, matérialisa son cerveau comme il le put, tentant de séparer ses différentes composantes. L’effort était si grand que sans même avoir de corps, Mitchel ressentait une sensation de douleur intense. Il libéra un flot de pensées continuelles, mais ne put s’empêcher de le ralentir pour le contrôler, tant la chose était étrange. Il se rendit aussitôt compte de son erreur et se remit à laisser couler ses pensées. Il s’abandonna alors à une espèce de torpeur vague, indéfinie. L’image se fit torturée, comme un écran de télévision sans antenne, parsemée ponctuellement d’images sans rapport les unes avec les autres. Peu à peu le flot s’harmonisa en vagues de couleurs, bleu, vert, rouge, qui se mélangèrent bientôt pour former toutes les nuances possibles et imaginables. Puis elles se regroupèrent en formes, d’abord primaires et hachées, puis de plus en plus complexes et harmonieuses. Puis une rumeur sourde s’éleva de quelque part, montant brutalement en volume et en timbre. Un son sec et bref se fit entendre, comme une bouteille de champagne qu’on ouvre, et dont le bouchon, après s’être détaché, part loin, loin, jusqu'à se perdre dans l’inconnu.

Paf- dédoublement.

Mitchel rouvrit les yeux et vit le ciel. Il faisait nuit. Il était allongé par terre, sur le bitume. Se relevant, il regarda alentour, s’aperçut qu’il était sur le bas-côté d’une autoroute et aperçut un attroupement quelques mètres plus bas. Il parcourut la distance qui l’en séparait et se fraya un passage à travers la masse des badauds. Ce qu’il aperçut l’emplit d’une terreur insurmontable : Un amas invraisemblable de tôle d'ou émergeait plié en deux le capot qui masquait totalement le pare-brise. Mais dedans, rien, pas de chauffeur, pas de passager, pas une goutte de sang. Mitchel suffoquait, il n’y comprenait rien. Car c’était bien sa voiture là, devant, toute fracassée et tordue qu’elle était. Il sentit son épaule légèrement secouée deux fois, et se retourna. C’était Raphaël, sourire aux lèvres : « Tu viens ? Caroline nous attend, elle va être furieuse si on n'est pas là pour le déjeuner.»


le :7 novembre 2001

8ème suite par : Hunter


Il se fraya d'un coup d'épaule un chemin dans le cercle des spectateurs et se dirigea vivement vers la sortie, il ne put s'empêcher de se retourner encore une fois : putain de merde, le type avait fait fort, installer en pleine galerie un tronçon de route en véritable macadam avec en prime un big crash dessus, fallait y penser... L'autre naze de Raphaël l'attendait avec son bête sourire aux lèvres...comment lui faire comprendre qu'à choisir il aurait mieux aimé là bas, dans la bagnole défoncée voir sa face écrasée contre le tableau de bord et ses dents blanches et parfaites parsemer le tapis de sol. Au lieu de ça, rien, le néant, l'absence omniprésente, inquiétante et sourde, quel aurait du être le conducteur ?

Le galeriste cauteleux (un pléonasme) leur ouvrit la porte, pommadé outre mesure il jubilait, le vernissage était un succès. Un pas et ils furent tous deux sur le trottoir, le froid du soir leur sauta au visage, ils passèrent rapidement devant d'autres galeries dans lesquelles tout le petit monde de l'art parisien s'ébattait une fois de plus sottement. A travers la buée, tous ces pantins tressautaient comiquement, ils discernèrent vaguement (peut-on du reste faire autrement) quelques ferrailles rouillées jetées sur le sol en ciment, crurent apercevoir l'impayable Thierry Théolier à quatre pattes faisant son numéro et finirent par tomber nez à nez avec ce connard notoire de Boris Buccal au coin d'une rue. L'enflure aussitôt enclencha la première : « Tiens, voilà le duo maudit en personne, vous courez les expos maintenant ? »

«  Tu traînes bien dans les sanisettes toi ! » Mitchel avait lâché sa phrase comme un crachat, l'autre, ravi, se rengorgea :

« Doucement mon mignon, à chacun son rôle, l'élagueur ici c'est moi et sache pour ta gouverne que les sanisettes sont à l'heure actuelle bien mieux fréquentées que la plupart des expos, on y rencontre des gens tellement plus intéressants... au fait, vous allez chez Caroline, on devrait s'y voir tout à l'heure, gardez un poil de méchanceté pour nos retrouvailles. »

La bestiole s'en fut sur ce dernier ricanement, content de son effet, Raphaël effaré le regarda s'éloigner, le cauchemar prenait forme, la voiture, Mitchel déphasé, Buccal plus versatile que jamais et Caroline et ses fichus soupers à la noix remplis de plein de gens à la con. Un métro plus tard ils sonnaient sur le palier miteux de l'appart de Caro, comme toujours elle se dépêcha d'ouvrir, à croire qu'elle passait sa vie l'oeil collé au judas de sa porte. Tout un poème la Caro, avec le temps on finissait par s'habituer, mais pour les béotiens ça foutait un choc, un sacré même...


Aussi haute que large la rustaude arborait fièrement poil gras et verrues faciales, adepte d'une hygiène corporelle sélective elle ne lavait (épisodiquement du reste) que ce qui se voyait et aspergeait le reliquat d'after-shave bon marché. Elle s'était mis en tête de ressusciter les salons intellos et rêvait secrètement de devenir une autre Gertrude Stein, pour y parvenir elle réunissait régulièrement chez elle toute une troupe de figures people ayant trait de plus ou moins loin au monde étroit de la création. Elle s'effaça (si c'est possible !) pour les faire entrer, la traditionnelle odeur de soupe les cueillit au menton comme un uppercut de Mike Tyson :

« Allez mes chéris allez, je vous attendais, il y a déjà du monde figurez-vous, vous ne devinerez jamais qui est là... » Si on ne voulait pas y passer trois plombes, ce genre de question posée par Caro appelait une et une seule réponse: «  On donne notre langue (lourdement chargée) à la chatte ( toi ma grosse )... » « KKMAN est là, vous vous rendez compte, en plus il a prévu une de ses actions pour tout à l'heure , vous imaginez ...? »

Si on imaginait ? mais avec une précision quasi chirurgicale (comme les frappes US) KKMAN, le ludion scandaleux porté aux nues par toute une frange désespérée de la critique artistique, après Art Hunter qui l'avait révélé, même cette gouine de Buccal s'était fendue d'un article dans son pauvre canard. Ensuite ça avait été la déferlante, Hiroshima et Nagazaki réunies, KKMAN avait tout explosé, on ne voyait que lui, lui et ses "Ponctuations matérielles" comme il appelait pompeusement les tombereaux d'étrons qu'il déversait joyeusement partout. Wim Delvoye avait sué pour fabriquer une machine à faire caca, KKMAN lui avait supprimé ce pénible intermédiaire et déféquait puissamment en direct et en toutes occasions pour la plus grande joie d'un public avide de dilatations rectales...

Mitchel et Raphaël s'engagèrent dans le couloir, sur la sellette, la bécane de la grosse Caro allumée nuit et jour affichait une page web, un " do it " de Loz le boss de provisoire.com, commentaires de guerre que ça s'appelait et ça tombait pile à propos, la soirée s'annonçait en effet royale, Buccal+KKMAN c'était déjà chaud mais Mitchel venait en plus d'apercevoir Vignale et son tampon dans le salon et il avait cru voir en plus Nabe qui s'enfermait dans les chiottes. Heureusement, il reconnut aussi le rire particulier (de gorge ?) de Samantha la salope ce qui somme toute le rasséréna quelque peu...



Auteurs : Thierry Vendé, Augustin Lefevre, Nicole Ciry, Claude Yvans, K, Hunter

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Texte brut est une œuvre collective sous licence Art Libre. Copyright "Texte Brut" , 23 mai 2001, Thierry Vendé, Augustin Lefevre, Nicole Ciry, Claude Yvans, K, Hunter...vous?!

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