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Singularités djazkiennes

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Sommaire

Habitudes d'écriture

Contrairement à de nombreux écrivains qui se montrent maniaques par rapport à leurs outils de travail (papier, stylo, bureau, horaires...) Djazk s'est très rapidement habitué à écrire sur n'importe quel genre de papier (feuilles volantes, blocs, cahiers...) et avec n'importe quel crayon, stylo à bille ou à encre, feutre, etc. Il est vrai que ses continuels déménagements rendaient sa vie suffisamment compliquée par ailleurs. Ses manuscrits sont donc - d'après ce qu'en a rapporté son agent Wolfram Ersatz - des amas hétéroclites, d'autant plus que dans la journée, Djazk prenait souvent des notes sur le premier bout de papier venu : dos d'une enveloppe, ticket de supermarché, prospectus publicitaire...
Le 27 juillet 1996, jour de son 57e anniversaire, il s'est acheté un ordinateur portable dernier cri, pourvu de tous les raffinements possibles et imaginables. Il s'est aussitôt mis à écrire directement à l'ordinateur avec une incroyable avidité. Les manuscrits de ses derniers livres sont donc entièrement virtuels, au grand désespoir des commentateurs.

« Un ordinateur c’est magique quant à l’écriture de fictions. Un outil indispensable à leur perfectionnement. Surtout pour moi qui aime peaufiner mes romans jusqu’à avoir la sensation qu’ils ont été écrits par un autre. »
L'interview de 1974

La passion de la musique

Bien que ne jouant lui-même d'aucun instrument, Djazk est un passionné de musique, de toutes les musiques, de toutes les époques, de tous les pays. Cette passion constante se reflète dans son oeuvre, et plusieurs de ses livres ont pour héros des musiciens : Delfador, le joueur de hautbois dans Sous la passerelle ; Pacifique Delalande, le compositeur de A l'ombre des palétuviers ; Evariste Procronstès, l'auteur des Chansons arrimées au port. Son roman Fantasques se déroule au Brésil et il est complètement imprégné de musique brésilienne. Enfin, il établit dans Tout près de la polyphonie une véritable métaphore musicale de l'ensemble du cycle d'Amroriphonisse.

« Je suis un compositeur de mots. C'est la musique qui m'a donné la parole. »
L'interview de 1974

L'interview de 1974

On trouvera ci-après quelques extraits de l'unique interview connue à ce jour de Antanodronissoupoulos Djazk. Elle fut publiée en mars 1974 en Argentine par une revue obscure, de parution irrégulière, intitulée La Revista del Siglo. Le journaliste ayant recueilli les propos de Djazk s'appelait José Redondo Colmena. Toutefois, il n'a signé aucun autre article, ni dans cette publication, ni ailleurs, et il a été impossible de retrouver sa trace, de sorte que l'on pense généralement que c'était un pseudonyme. Certains ont même affirmé qu'il s'agissait d'une fausse interview dont le texte aurait été écrit par Djazk et livré par lui "ready-made" à la revue, pour des raisons qui restent mystérieuses. Ceci serait contraire à sa personnalité. Il a néanmoins précisé que « l’interview a été donnée debout, José Redondo Colmena et lui-même étant accoudés au comptoir d’un vieux bar de petite taille de la Plaza Dorrego où Mermoz, qui se voyait écrivain dans sa jeunesse, est venu se désaltérer en compagnie de poètes argentins le 17 janvier 1933, c’est-à-dire le jour même de son atterrissage à Buenos Aires après avoir traversé l’Atlantique en quelques jours. » Est-ce une légende ajoutée à la légende ?
Le texte original en espagnol a été traduit en français dès l'année suivante par Jean-Pierre Echantillon, à qui nous devons surtout la traduction en français de toutes les œuvres de Djazk disponibles en espagnol.

« — Ainsi, vous avez fait voyager de nombreux mots d’une langue à l’autre et créé de nombreux néologismes étincelants… »
« — Oui ! Avec conviction ! D’une part les langues sont perméables et s’enrichissent, d’autre part, celui qui n’invente pas de nouveaux mots ne dit – sous une nouvelle forme parfois, je le reconnais - que ce qui a déjà été dit. De même, la liberté de la presse ne suffit pas, il faut aussi la liberté du lecteur, liberté de temps, liberté psychologique, liberté de ne pas être conditionné pour consommer du divertissement et des loisirs. Dès mon enfance je me suis appartenu, car j’œuvrais hors de la fatigue intellectuelle universelle. Certains auteurs adeptes du "Nul ne doit faire ses besoins là où il s’apprête à dîner" connaissent le refus d’aborder l’imaginaire véritable. En attendant d’acquérir le bon formulaire d’acquisition des lettres, mots ou phrases autorisés, ils espèrent que le vide se comblera lui-même et prient pour que leurs lecteurs acceptent de recevoir chez eux un ami mort écrasé sous une pile de livres tombés de sa bibliothèque. Mon trouble n’est pas là. J’aurais voulu me concentrer sur une seule œuvre et y consacrer ma vie entière, mais sa richesse m’en a écarté à chaque instant. À chaque nouvelle inspiration, à chaque nouvel élan, je reprends forme littéraire et bifurque dans de nouvelles ruelles qui grouillent de sublimes originalités sans tenir compte de ma présence. Elles se stimulent, s’explorent. Ici, je croise le regard de l’une d’entre elles qui saute de joie à tel point que, pour lire l’affiche qu’elle a dans les mains, je dois sauter en même temps, alors qu’elle accélère déjà le rythme. Là-bas, je découvre une réalité sous perfusion d’imaginaire. Ailleurs, je rencontre une ligne de grâce qui déterre un cheval. Et soudain, il m’apparaît que le chemin d’accès à l’écriture n’existe plus. Alors je jette des cailloux comme quand j’étais gosse ou je contemple l’efficacité des badauds qui pensent maîtriser leur vie. »
« — La vie vous comble, alors pourquoi écrivez-vous ? »
« — Puisque ma passion reste à l'écart de vos perceptions, je vais clarifier les choses. Même si je reconnais que mes paroles tuent mes actes, je détesterais devenir l’un de ceux qui ne peuvent contempler et s’émouvoir de la misère ou de l’injustice qu’à l’aide d’un filtre artistique. Il leur faut d’immenses panneaux indicateurs d’émotions et des guides routiers de bonté par procuration. Le rôle que je me suis donné n’est pas celui d’animateur de consciences. Je veux exister de façon ni abstraite ni philosophique. Je suis. Que les autres soient eux-mêmes et pas des ersatz sortis des réserves de mon écriture, c’est mon unique désir à leur encontre. Je déteste ces traîne-sensations qui s’agglutinent autour des artistes, en font les demi-dieux de leur vide intérieur. Les creux de l’âme, ce n’est pas à moi de les remplir. Et donc j’en reviens à votre question. J’écris parce que c’est ma passion. L’écriture, unique rempart contre ma désinhibition totale, réduit et canalise l’appréhension de mon âme du monde. Sans elle, j’embrasserais dans la rue ou dans un train les femmes selon mes goûts, je vociférerais haut et fort mes colères, j'assassinerais l’hypocrisie de ma politesse, j’exprimerais ma honte aux premiers rencontrés et je ferais des pieds et des mains pour accéder au micro de la radio la plus proche pour chanter mon amour de la vie incompréhensible. Je deviendrais moi sans tenir compte des autres et transformerais le monde selon mon bon vouloir, quitte à le déstabiliser davantage qu’aucune révolution ne pourrait jamais le faire. J’ai trop de respect pour les autres. L’écriture est la discrétion de mon âme. »
« — Dans ce cas, pourquoi publiez-vous vos romans ? »
« — Je n'écris pas pour mes contemporains. Je veux juste laisser aux générations futures une trace qu'elles sauront décrypter et qui leur dira : "Vous voyez bien que vous en étiez capables et je vous envie de pouvoir savourer votre époque de sincérité". C'est pour cela que je prostitue mon âme à des éditeurs-proxénètes. Uniquement les générations qui auront déjà parcouru leur propre chemin d'échanges culturels et sensationnels me comprendront. Elles me liront sans être déstabilisées. Nous serons en phase. Je deviendrai alors l’écho de leur identité. »
« — Elles vous devront une partie de leurs avancées… »
« — Peut-être… Non. Je ne crois pas qu’un auteur ait une quelconque influence, même à long terme. Les mêmes idées naissent en différents endroits. »
« — Vous ne voulez pas que l’art influence la vie alors qu’il en fait partie. Comment pourrait-il rester à l’écart ? »
« — Je me suis mal exprimé. D’après moi, un auteur détient moins de pouvoir qu’un économiste ou qu’un chef d’entreprise, ou qu'un technicien. L’inertie du monde non naturel créé par les humains entraîne l’humanité avec une telle force. N’est pas Don Quichotte qui veut. »
« — Lorsque je vous lis, je change. »
« — Lorsque vous ne me lisez pas, vous changez aussi. Mais après m’avoir lu, vous accédez à une sensation désagréable de conscience de votre impuissance à mieux vivre votre potentiel de sensations et d’affections. Avec le temps, je deviendrai en concordance avec le plus grand nombre dès que la communication réelle entre les êtres sera au centre de la cité-monde. »


« — Même si je me sens homme, et que je m’assume en tant qu’homme, être une femme m’aurait arrangé. De plus je crois que dans ce cas j’aurais été homosexuelle tout en désirant dans ce cas précis avoir des enfants. Des filles uniquement ! Imaginez le bazar dans ma tête ! »
« — La sexualité joue un grand rôle dans la plupart de vos livres. Mais vos personnages ont rarement des relations durables. Ils papillonnent d'une femme à une autre ou fréquentent des prostituées. Cette attitude a-t-elle une origine autobiographique ? »
« — Certainement. Je suis tout à fait comme ça. En fait, la seule femme qui ait jamais vraiment compté pour moi, c'est ma mère. C'est le cas pour la plupart des hommes, mais les autres ne l'avouent pas, ils ne se l'avouent même pas à eux-mêmes. Moi je ne crains pas de le dire. D'ailleurs c'est elle qui m'a fait découvrir le sexe. Elle a été véritablement ma première amante. J'avais douze ans et ce fut une révélation. J'ai pris conscience d'une dimension nouvelle et gigantesque du monde, d'une profonde transcendance. Elle avait organisé toute une mise en scène et elle m'a enchanté. Je lui dois tout. Mais en même temps, sa mort m'a libéré. »


« — Découvrir Amoriphonisse en même temps que j'écris sur ce lieu a ma préférence. Cette ville libère son mystère avec parcimonie. »
« — Je pense que j'y suis né ; mais si ce n'est pas le cas, c'est que j'y ai vécu dans une autre vie, une vie que j'aurais passée d'un bout à l'autre au même endroit, contrairement à celle-ci. Je connais chacune des pierres de ses remparts et de son palais, elles m'ont confié leurs secrets de pîerres. Les rues m'ont chanté leurs chansons de rues. J'ai bu le vin de ses tavernes les plus médiocres.»
« — Les habitants d'Amoriphonisse ont reçu en partage le goût de la musique et un degré particulier d'humanité. Ils ressentent si fortement l'empathie avec leurs frères humains qu'ils en souffrent parfois jusqu'à succomber. Ce sont tous des héros de roman. »


« — Quel est votre livre de chevet ? »
« — Le livre que j’ai lu des années durant, je le dois à mon parrain, Mohammed Ould Sidi, lorsque j’habitais encore Athènes. Il m’avait tant parlé de La Malédiction de Râ de Naguib Mahfouz que lorsque enfin je l’ai vu à sa place dans les rayons de la bibliothèque, je me suis jeté dessus comme un affamé sur une nourriture exquise. Je l’ai emprunté ainsi que Le Livre de la jungle que j’avais trouvé précédemment. Ne pouvant plus attendre, je me suis assis sur une marche d’entrée d’une maison et je l’ai commencé avec délectation. Une fois arrivé à la fin du premier chapitre, je me suis dit qu’il fallait que je savoure cette lecture et donc que je continue à le lire avec frénésie sans aller trop vite. Je suis retourné à la bibliothèque et j’ai constaté avec bonheur que, dans ma précipitation, je n’avais pas remarqué qu’il y avait un deuxième exemplaire de ce même livre sous une couverture différente. J’ai rendu Le Livre de la jungle que j’avais dans les mains et je l’ai remplacé par La Malédiction de Râ que j’ai emprunté une deuxième fois en moins d’une heure. Impatient, j’ai lu les deux premiers chapitres de ce deuxième exemplaire à deux pas de la bibliothèque. Je baignais dans le bonheur. Alors j’ai couru à l’accueil et une bibliothécaire après m’avoir dit de me calmer et confirmé, grâce aux fiches qu’elle a mis trop de temps à trouver, qu’il n’y avait pas de troisième exemplaire de La Malédiction de Râ dans cette bibliothèque et que… »
« Dehors, tant j’allais vite mon cœur allait exploser. La seule librairie, qui était fermée à en croire les horaires affichés mais qui comme toujours était encore ouverte à cette heure tardive, m’attendait. Je souriais et je me suis acheté un exemplaire avec mes petites économies. Ce fut le premier livre que j’achetais. Une vraie jubilation s’emparait de moi. Je suis allé crier à l’extérieur. Je sautais au ciel. Ensuite, accaparé que j’étais par les trois premiers chapitres de ma nouvelle propriété, j’ai à peine entendu la clé que tournait le libraire dans la serrure. Je voyageais sur trois vagues d’un chapitre supplémentaire à la fois. La nuit me rappela que j’avais faim et que ma mère allait s’inquiéter. De retour à la maison, je lui ai raconté mon aventure et sans manger j’ai poursuivi ma lecture. À chaque fois que j’arrivais à la fin d’un nouveau chapitre, je prenais un autre exemplaire et je recommençais au début. Je ne fis que ça pendant des jours avant que n’arrive la date fatidique de retour, alors je suis allé jusqu’au bout de l’exaspération de la bibliothécaire qui a prolongé mon emprunt des deux livres au-delà de ses capacités. »
« Après, j’ai pris soin de mon unique exemplaire de La Malédiction de Râ que j’ai continué de soumettre à mon système de lecture par vagues successives débordant d’un chapitre à chaque fois. Enfin, plus maintenant. Plus depuis que j’ai commencé Cent ans de solitude qui a pris sa place dès 1968, année où mon ami Augustino Mercadal m’a écrit une lettre pour me conseiller vivement de le lire . Lettre que je ne reçus jamais. Heureusement, le talent de Gabriel García Márquez me parvint aux oreilles et aux yeux par d’autres subtilités. Depuis, avec la même attention que José Arcadio Buendia fabrique ses poissons en or, j’ai la chance de lire vingt fois en même temps ce roman magnifique et intemporel sans autre fin que la mienne. »


« — Et vous-même, comment construisez-vous vos romans ? »
« — Il me faut commencer par les défauts de mes personnages sinon ils se conféreraient, dès la première ligne les concernant, de monstrueuses qualités qui non seulement ne seraient pas crédibles mais en plus les rendraient identiques. Je les différencie par leur indigence intérieure. Je les sors de la moralité qui les envahit et qui les étoufferait avant la fin du premier paragraphe. Ensuite le lieu se forme de lui-même. Et les autres personnages s’invitent. Quelques uns me résistent et je dois les pousser au devant de la scène afin qu’ils expriment leurs particularités. Mon but n’est pas de les rendre heureux ou malheureux. Simplement de les montrer tels qu’ils sont. Non pas indispensables mais uniques, et avec une vie palpable et insaisissable. »

L’association « Les amis d’Antanadronnissopoulos Djazk »

Quelques jeunes écrivains de langue espagnole qui n’ont toujours pas percé – la plupart ont cessé d’écrire, il faudrait en étudier les raisons - se sont regroupés pour fonder cette association dès 1974 suite à la seule interview que Djazk a accordée à la revue argentine Revista del Siglo. Quelques lecteurs enthousiastes ont apporté un soutien financier et passionné en publiant Djazk, une réalité humaine, un petit fascicule apériodique auquel il fallait souscrire avant sa publication hasardeuse. D’ailleurs, Djazk qui a reçu chacun des fascicules n'en a lu aucun avant le jour de sa disparition. Les derniers sont encore dans leurs enveloppes d’origine, fermées et entassées. Djazk a lu les premiers numéros de cette revue le 18 novembre 2005 et les a laissés sur son bureau avant de partir sans laisser de trace.
Est-il parti faire le deuil de la mort - qu’il venait de découvrir - de sa filiation réelle ou imaginaire entre lui-même et Côme Ouspensky ? Djazk qui préférait, sauf en ce qui concerne ses relations féminines, les regrets aux remords a-t-il été décontenancé par cette amitié qu’il n’a pas su chérir au point de l’embellir et de laisser un être qu’il affectionnait devenir la proie d’horribles tourments dévastateurs ? S’est-il senti coupable pour la première fois de sa vie ? Il fut incapable de voir la force de cette amitié qui ne s’affaiblissait pas, ni ne déclinait vers un autre. Il mit plus de dix ans à découvrir le message de détresse de son ami, de celui qui aurait eu besoin de lui et qui ne lui demandait rien en retour, de celui qui était devenu son fils pendant deux années, de celui qui aurait pu devenir le petit-fils spirituel de Mohammed. Pour expliquer la disparition de Djazk, certains critiques littéraires proposent d’autres hypothèses moins crédibles comme celle qui voudrait que la disparition de Djazk symbolise l’interdiction par l'empereur romain Théodose Ier de toutes les manifestations païennes dont les Jeux Olympiques, les mystères d'Éleusis et la fermeture des écoles philosophiques d’Athènes en 392. À ce sujet, la seule certitude est que sa lecture du 18 novembre 2005 s’arrêta au numéro 18 de Djazk, une réalité humaine, les autres étant restés intacts dans leur enveloppe d’origine.
Pourquoi les gardait-il ? L’hypothèse la plus vraisemblable est qu’ils étaient destinés aux générations à venir. Malgré le désintérêt de Djazk, cette association suite à de nombreuses recherches a permis de mieux connaître l’homme. Par contre, les analyses de son œuvre réduite à la seule langue espagnole demeurent très partielles. Et les rédacteurs de ces fascicules allaient de déception en déception à chaque refus de Djazk de les laisser l’approcher. Ce n’était pas de l’arrogance, juste de l’indifférence à ce que pouvait lui apporter ce genre d’échange centré plus sur sa propre personne que sur son œuvre. Pourtant il aimait parler avec des écrivains, même les moins connus d’entre eux, afin de savourer leur passion des mots.

« Les mots, ces symboles vivants et dignes, à l’hospitalité telle qu’ils peuvent contenir tant de nos pensées, de nos émotions, et même les engendrer. Le langage n’est pas une fonction anodine, il nous offre la possibilité du mensonge et nous permet d’être en décalage avec nos actions. Cette liberté me permet surtout de raconter dans mes romans des histoires qui sont toutes fausses et en même temps plus proches de ce que je suis sincèrement. Le langage, le nôtre, celui des autres nous emmènent au cœur des explosions et implosions de nos "moi" successifs et simultanés. »
L'interview de 1974

Djazk et les pouvoirs politiques

Que ce soit en Grèce, en Chine et dans chacun des pays que Djazk traversa, la certitude qu’il avait d’être surveillé est peut-être une des raisons de son instabilité géographique. Djazk s’est enfermé dans cette peur, et de lui-même s’est mis à traduire des œuvres sans aucun engagement politique. Ce nomade international subissait depuis son enfance une dépendance vis-à-vis du pouvoir. Il écrivait ses romans dans un état proche de la transe et se sentait incapable, malgré son angoisse, d’en changer un mot. Lorsqu’il se relisait il s’est toujours trouvé critique et dissident, ce qui est vrai, mais de façon indirecte et subtile. Cependant aucun haut dirigeant ni aucun de leurs subalternes n’a jamais trouvé la moindre trace de défi ni le moindre danger dans les livres de Djazk. Les ont-ils seulement lus ? Peut-être voulait-il se rapprocher des histoires héroïques de glorieux résistant que Thanos, son père, avait aimé inventer et auxquelles Djazk semblait de plus en plus croire ?

Un sujet de polémique

Le manque de prise de position de Djazk passe aux yeux de certains pour un engagement tacite à des thèses indéfendables. Il n'a jamais condamné certains régimes politiques et en serait devenu le complice, ou se contenterait d'une indifférence aux souffrances que ceux-ci engendrent. D'autres lui repprochent certaines amitiés qu'il n'a pas reniées malgré l'évolution extrémistes des idées de ces amis.

Djazk n’était pas fait pour les prix littéraires

Aller dans ses bras

Son talent était passé inaperçu avec L'éclusier du soleil levant. Son deuxième roman, Aller dans ses bras, se fit remarquer par une collégialité de petites maisons d’édition. Mais lorsqu’il vint en personne lors de la petite cérémonie de remise des prix recevoir la récompense, qui était de douze ouvrages cartonnés, le dos à nerfs, aux titres dorés sur cuir vert collé, au papier marbré marron, et à la tranche supérieure dorée, personne ne crut que ce pouvait être lui. Comment un enfant d’à peine seize ans, frêle comme il le fut jusqu’à ce qu’il quittât la Chine, aurait-il écrit une œuvre érotique aussi jouissive à sa lecture ? Dès qu'il se présenta, son discours en poche - discours qui a été retrouvé dans ses documents entre la lettre de sa mère et celle de Mohammed Ould Sidi -, Djazk fut renvoyé comme un vulgaire arriviste, un malpropre, un malhonnête, un pique-assiette, un mauvais comédien, un voleur et un usurpateur d’identité, par les membres du jury qui auraient préféré fondre d’extase devant le discours du véritable auteur d’Aller dans ses bras, emprunté à son envieuse expérience. Djazk décrivit son énorme déception dans son poème intitulé : Témoin que rien…. Il est probable que son aversion pour les prix littéraires remonte à cet événement.

Le Prix Djazk

Voir l'article

Liens complémentaires

Biographie comprenant une vie de passion et de plaisir et les migrations capitales de Djazk
L'œuvre de Djazk
Singularités djazkiennes dont l'interview de 1974
Les principaux repères de la vie de Djazk






auteurs : Desman, Fuligineuse

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