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Résistance
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Ce mot est un feu immense. Sa force est pleine de souvenirs. Peu savent l’entretenir, beaucoup se laissent piéger. D’autres se sacrifient pour le réveiller. Je ne veux pas être de tous ceux-là. Alors j’apprends auprès d’âmes expérimentées. De belles âmes. Activent et sensées. D’abord résister à n'être pas soi-même. Commencer par suivre les sentiers qui longent les vallées et s’étendent jusque sur les hauteurs. Ensuite, plus rien. Atteindre les lieux vierges de ces nouveaux mondes naturelles et/ou technologiques que nous créons et qui défient notre assurance, notre identité, notre existence. Résister, c’est rester le meilleur de soi-même lorsqu’on parvient à discerner les véritables coercitions, celles qui réduisent notre présent confort ou notre bien-être à venir.
Rien n'est vérifiable dans ce qui est à venir sauf à ce temps dont je m'accroche et si je m'arrête vraiment acceptant mes contraintes, favorable sera (à venir) ce chemin, ce sentier où le meilleur ne nous appartient pas mais sait nous guider. À ce lieu, je suis très vulnérable et expressif. Tout s'estompe, tout se crée, tout s'envole, tout s'éveille, tout m'émerveille comme l'enfant qui sourit la toute première fois. Celles et ceux qui sont en contact avec l'enfance sont choyés car, les enfants à bas âges s'ouvrent à leurs sens et rien ne les empêchent, le cœur est le guide. Je suis venu au monde le cœur battant de découvrir et le temps a fait son chemin pour oser faire un pas à la fois et ensuite, on m'a apprit des mots pour communiquer. J'ai appris que le faire avait une grande importance et d'autres mots se sont ajoutés et je me rends compte aujourd'hui, que je résiste encore à ce mot dont son influence élimine le cœur car la référence porte sur l'extérieur, ce faire au détriment du cœur. Résister, c’est aller au bout de la sincère communication. Et agir est un langage en soi. Toujours étranger. Compréhensible par bribes. Des morceaux de réalités nous entourent puis s’envolent. D’autres nous étouffent de leurs cris stridents. Il faut lutter pour les faire fuir. Mais déjà d’autres reviennent si l’on n’y prend pas garde. Il faut alors savoir sortir de sa poche l’éducation, imparfaite par définition, que l’on a reçue, et la déployer. S’en servir pour bien se positionner. S’ancrer dans un présent qui déjà se retire de nous. Il faut inonder l’espace et le temps à venir de cet aplomb hérité, fruit des millénaires, et ajouter sa touche personnelle comme un cadeau de bienvenue à notre conscience qui s’épanouie, dont les racines rampent et s’accrochent pour mieux nous exposer aux sensations sollicitées.
Pour plusieurs, moi y compris, aller jusqu'au bout du résiste, se doit pour que la fermeté revienne et que direction, nous propulse avec facilité. C'est dans le pendant de cette croisade, que la vie nous met au défi de tenir. Tout le processus, nous fait arriver à un carrefour, à une croisée des chemins et que choix, ne se veut qu'à un seulement. Lorsque l'embrouille à la route à prendre, nous envahit par la peur de s'engager et que l'acquis, ne sera qu'une hallucination, déjà nous convenons avec nous-même d'assurer nos arrières. Vient un temps où nous avons conquis toutes les hypothèses pour saisir que nous sommes encore à cette croisée. Heureusement, les événements se présentent et faire le pas pour emprunter le sentier, nous est indiqué de manière décisive et respectant l'engagement de soi, acquis à venir mais questionnements envolés dans le geste.
Le dos de la tête au sol, les yeux au ciel oscillent d’un nuage à un rêve. Se laisser submerger par l’indescriptible. Sentir le temps passer et y prendre goût. Est-ce cela un instant de bonheur ? Avoir réussi à fixer en l’endroit précis de sa conscience un accord parfait provisoire. Quelques minutes d’équilibre confortable et instable. Devenir la synapse d’une connexion entre soi et le monde. Être une face d’un ruban de Möbius, et le monde cette autre même face. L’air gonfle les poumons et notre âme s’échappe, observatrice, curieuse d’elle-même. Combien faut-il d’années pour s’aménager de pareils moments sublimes ? Cette cristallisation de l’être-univers ragaillardit ses plus ternes ennemis. Ces instants, s’ils sont parfois le fruit de notre méconnaissance qu’on appelle hasard, doivent souvent leur existence à une volonté tenace de nous préparer un présent-avenir qui nous corresponde. C’est comme un retournement de sensations. Celles-ci ne dirigent plus ; elles obéissent à notre discernement. Avoir oublié certains éléments de la réunification de notre âme n’indispose pas le ressenti. Être !
C’est comme une naissance à soi-même. Les yeux peuvent se fermer, le confort des nuages s’exprime encore, le corps savoure cette légèreté. L’esprit ne cherche plus à comprendre ; il suit les traces de ce bonheur qui, déjà pénètre adroitement à l’extérieur, sur les lèvres, les yeux. Le rire éclate dans une jouissance saine et sereine. Cette détente de notre force intérieure s’effectue dans une grâce qui s’autoféconde et fertilise notre âme pour un nouveau recommencement. Saurons-nous l’atteindre et l’exprimer ? Patience. Si nous savons y faire, un jour nous saurons réunir ces instants, ces deux parties éloignées d’un isthme que nous apprenons chaque jour à créer avec de plus en plus de conscience.
Les amandiers jaillissent devant le ciel bleu. Les enfants marquent de leurs cris mon retour en leur présent. Ma femme me sourit. Nous sommes d’accord pour débarrasser les brins d’herbes de la couverture et des affaires du pique-nique. Nous quittons l’ombre, douce. Après quelques petites dernières photos de l’endroit, je monte aussi dans la voiture. D’autres paysages qui semblent indifférents à notre présence, nous attendent, nous ou d’autres. Peu leur importe. Ils nous laissent la liberté de les apprécier. Le soleil est avec nous, léger. La route nous permet d’atteindre sans encombre le camping. Plutôt que d’apprendre l’espagnol, je me place sous la tente avec le simple désir de m’endormir face à la vieille ville médiévale que nous avons visitée la veille. Les êtres, parmi ceux qui me sont les plus chers, s’éloignent pour déguster chacun une glace. Je dors déjà.
Au gré de mon sommeil à ma nuit, message laissait une emprunte à me souvenir, la grâce. On aurait dit qu’en moi, un autre temps était en approche et qu’un mince fil se rompait, fil que je traînais sans avoir la possibilité de m’en défaire, même avec mes plus grands efforts. Me réveiller en ce jour, sentant en moi le délestage, la grâce m’était donnée.
Une fois de retour au bercail, après m’être battu vaillamment contre les plus hauts brins d’herbe à l’aide d’une tondeuse mécanique, je n’avais pas encore gagné mais la victoire, assurée, n’était plus qu’une question de temps. Puisqu’il ne devait pas pleuvoir, et que ma fatigue s’imposait, je me suis délesté de toute activité en marchant vers le petit bosquet du fond du jardin. Ces arbres de trois ans mesuraient, déjà, entre quatre et six mètres. Se sélectionnant eux-mêmes, les survivants respiraient la santé. Sous quelques branches très feuillues, un passage s’ouvrait avec facilité et plaisir. Déjà, j’apercevais la chaise longue, bleue, que j’avais réussi à placer depuis plusieurs semaines. M’y installer était un petit bonheur qui s’étendait lorsque, allongé, à l’abri des rayons puissants du soleil, je contemplais le dessous des feuilles et écoutais le bruissement du vent. Des insectes vaquaient à leurs activités, dans un calme qui faisait plaisir à voir. Quelques uns d’une blancheur preuve d’un manque de lumière, tombaient sur mon corps en grande partie dénudé. J’essayais de les garder sur moi, mais leur petits pas dérangeaient mes observations et mes réflexions, alors d’un doigt ou d’un souffle, je les écartais.
En ce lieu j’aurais aimé lire dans le texte « Cien años de soledad ». Il me faudra attendre d’avoir une bien meilleure compréhension de la langue espagnole. Aussi un autre appel m'a satisfait. Une écoute des plus beaux textes d’Aimé Césaire, ce poète magnifique qui métissa poétique et politique avec une qualité extrême. Quel bonheur que d'être ému à la perception de l'écume de ses extases! Quel bonheur que de penser sur les traces de ses pensées ! Il est rare de savoir allier avec une telle ardeur, une tension lexicale et une puissance revendicative, une jubilation du mot précis et un appel prophétique, un soin à donner à ses écrits une dimension orale inoubliable et un statut de la liberté, une invitation à la paresse du lecteur-auditeur piégé par les mots et une force impétueuse contrôlée, une description d’une forme prononcée de l’horrible et de l’insoutenable et un dépassement de sa douleur qui indique avec pugnacité l’inutile réparation de la douleur par la douleur, la revendication d’une poésie exigeante et savoir mettre en évidence le piège tendu de laisser son adversaire gagner en devenant aussi cruel que lui. Il est rare de savoir, avec une telle ardeur, devenir poète et rester homme.
Les moineaux vadrouillent, les pies chantent, mon petit coin de paradis joue son rôle sans arrière-pensée. Après en avoir bien profité, je ressors, prêt à m’ouvrir davantage à la vie.
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Auteurs : Desman, Don Quplume
