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Ouverture officielle du premier bureau d'études littéraires du Kaydrüm
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Le Bureau d'Etudes Littéraires (BEL) du Kaydrüm a été récemment créé à l'initiative de Aventura Lysa Scribe qui en est la présidente. Mal connu et mal considéré par la population du pays, il tente actuellement de s'imposer à travers la publication d'ouvrages spécialisés, qui eux ont souvent reçu un accueil favorable : mais peu de gens connaissent le rôle du BEL dans leur parution. Il a déjà paru, dans son unique collection intitulée Chemins du conte, deux histoires de la littérature orale : celle de la Littérature orale kolfplodf, par Glenisam Améasoï et Clorazid Idap, et celle de la Littérature orale lastla, par Nerbizon Calert et Franel Olpaustre. Ces deux manuels se sont répandus dans leur province respective. La jeunesse curieuse favorisa l’engouement du grand public.
"Nous ne pouvions nous contenter de les traduire en langue odoise pour les rendre accessible à nos amis les lecteurs, frustrés de ne pas avoir accès de la même façon à l’étude de leur propre patrimoine, a déclaré Aventura Lysa Scribe. C’est pour cette raison que nous avons écrit cette première version de la littérature écrite du Kaydrüm, et que nous la publions en odois. Nous tenons à signaler que chacune des sept provinces du Kaydrüm verra bientôt l’édition de l’étude de sa propre littérature écrite. D’abord dans la langue de sa province. Les traductions suivront plus tardivement."
Discours inaugural de Aventura Lysa Scribe
Certains vous diront que nous n’existons pas. D’autres jureront que nous sommes leur invention. D’autres encore affirmeront qu’ils n’auraient jamais fallu que nous élaborions une passion inutilisable, vide de sens et sans intérêt. Tous ont cru à un complot. Oui, nous nous cachions. Oui, cela dura des siècles. Oui, nous avions peur d’être découvertes. Oui, nous mentions à nos frères et à nos pères. Comment aurions nous pu agir autrement ?
Au Kaydrüm, personne n’apprécie nos travaux. Nous avons tenté à plusieurs reprises quelques unes de nos découvertes, minimes, insignifiantes. Les réactions furent les mêmes, à chaque fois, sans marge de manœuvre, sans compréhension. Nous nous sommes heurtées à des murs d’intolérance. Nous n’avions pas le choix. Il nous a fallu vivre dans le mensonge et le secret, la peur et le silence, sans jamais pouvoir crier nos enthousiasmes, nos difficultés, nos sacrifices. Il y avait quelque chose de pourri au Kaydrüm. Cette pourriture n’était pas nous les exclues, mais cette exclusion sans doute, sans appel, sans merci.
Peu importe la folie de celle qui nous a trahies et a permis notre découverte. Tout ce qui n’entre pas dans le plaisir direct et évident des Kaydrümmgar est considéré comme nul. Durant des siècles nous avons dû prouver que notre action n’allait pas engendrer la fin du Kaydrüm dans ce qu’il a de plus précieux, ses contes. Après l’accalmie d’un premier mouvement de représailles, les Kaydrümmgar nous ont laissé agir en toute liberté. Ce mouvement fut suivi par d’autres encore partiellement inachevés de nos jours. Heureusement pour nous la plupart d’entre eux a fini par avoir la certitude que notre mouvement resterait minoritaire et ne risquerait pas de les priver, d’une façon ou d'une autre, de prendre un plaisir indispensable à écouter les djala.
Quel mal y a-t-il à étudier les contes, à les analyser, à les répertorier, à les résumer, à les comparer, à découvrir leurs auteurs, à ne pas croire que chaque création est l’œuvre d’un Auteur ? Ce monauteurïsme, cette foi en un seul auteur, nous ne pouvons nous y soumettre. Nous avons la certitude que certaines œuvres ne peuvent être créées que par une et une seule personne. Que celle-ci croit qu’elle n’est qu’un instrument de Borges l'Aïa n’est pas notre sujet d’étude. Nous voulons savoir pourquoi ce fut elle qui raconta le premier cette histoire. Nous voulons saisir l’instant de création, avec ses causes et ses effets. Nous aimons nous rapprocher de ce moment privilégié et le revivre, faussement, partiellement, avec nos limites et nos certitudes. Nous adorons prolonger ces créations, dans le bonheur ou le douleur. Toujours avec le plaisir de communiquer avec l’incommunicable.
Depuis des siècles, de mères en filles, nos aïeules lisaient et relisaient toujours le même texte et le rectifiaient d'une virgule, d'un changement de vocable. Il suffisait de recopier la page entière, d’ôter l'ancienne version et de placer la nouvelle page numérotée à sa place. C'est ainsi que nous devons, à nos plus-que-mères, l'existence du plus ancien des parchemins, qui a résisté au temps et aux représailles de la population du Kaydrüm. Ce cadeau des temps anciens est la gloire de notre contrée : le Kaydra.
Depuis des siècles nous œuvrons à notre manière, désespérée et enthousiaste. Nous avons maintenant nos propres imprimeuses mais si peu de personnes ressentent notre passion. Nous continuons, pour nous, parce que nous ne pouvons pas laisser perdre la magie de la création. Nous sommes si peu à croire en ce projet. Une poignée par province. Mais l’indifférence dont font preuve aujourd’hui la quasi-totalité des Kaydrümmgar nous rassure. Nous pouvons enfin nous afficher au grand jour.
Nous adorons publier, commenter et améliorer l’œuvre de nos mères, et étudier l’oralité créatrice du Kaydrüm que nous aimons. Nous l’avons prouvé au prix fort de nos sacrifices. Mais cela est du passé. Aujourd’hui est le plus beau jour de ma vie. C’est pourquoi je suis fière, honorée et heureuse de déclarer l’ouverture officielle du premier bureau d’études littéraires dont le but est, dès cet instant, de donner libre accès au plus grand nombre à Wikimaginaire, notre bonne vieille encyclopédie imaginaire de l’imaginaire, qui a enfin pu sortir au grand jour.
Demain, nous retournerons à nos études.
Il reste tant à faire...
Mais pour le moment je vous invite à lever vos verres et souhaiter longue vie à Wikimaginaire !
Levons nous et chantons le Kaydra !
Signé : Aventura Lysa Scribe
- auteur : Desman
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