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Pour ma part, je tiens à écrire sur ce recueil que nous le voudrions gratuit. En copywant ! En tout cas, ce recueil est lisible sur le net gratuitement, une fois que l’on a payé l’ordi, l’électricité, l’abonnement téléphonique et le fournisseur d’accès à Internet ! Nous désirons généraliser ce concept. À chacun de l'embellir ! De trop nombreuses révolutions culturelles ont été dramatiques. Celle que nous sommes de plus en plus nombreux à faire, à préciser, à améliorer et à proposer est celle de la libération des droits d’artiste. Comment quelqu’un qui se dit, se revendique et se croit artiste peut-il vendre une œuvre dans sa totalité ou en partie ? L’art se doit d’être gratuit puisqu’il est sans prix. Que l’on vende le côté matériel comme du papier, une toile, de la peinture, de l’encre, de la pierre, un CD, ou que l’on loue pour quelques heures une salle où a lieu une représentation théâtrale, une interprétation musicale, cela est moins anormal. Mais vendre l’art. Quel dégoût ! Quelle perversité ! Artiste n’est ni une profession, ni un métier c’est une chance, un état d’esprit, une générosité, un don, une qualité, une offrande. Comment oserait-il vivre de son art et se transformer ainsi en un parasite financier et un rétenteur de beautés, d’idées, de progrès intellectuels. Comme le disait cette belle pute de Baudelaire, vendre une création artistique ou intellectuelle, c’est prostituer son âme. Alors s'il ne fait plus le tapin, de quoi va-t-il vivre ce généreux artiste ? Comme tout le monde : de son capital ou de son travail. Nous, c’est-à-dire moi ou quelqu’un d’autres ou quelques autres, reviendrons plus tard sur ce sujet essentiel.
Donc on arrête tout. Mais comme on dit : on est un con ! Une prise de conscience c’est comme une prise de pouvoir, elle n’est pas forcément acceptée. Nous qui sommes parvenus à une certaine illumination post-moderne, et bien que certains d’entre-nous sont des parvenus, nous tentons une expérience nouvelle, irréalisée et provocante par l’ampleur des conséquences qu’elle pourrait engendrer. La seule révolution qui vaille est celle que nous mettons en branle en nous-mêmes, quitte à subir une coercition plus percutante et pénétrante du pouvoir ou plutôt des pouvoirs. Sans oublier l’inertie des forces en place et surtout l’inertie du train-train qui trottine dans la tête de tout un chacun. Comment aboutir à une perception simultanée de la profondeur de la perversité de la société actuelle, même si c’est grâce à cette dernière que nous sommes en état de l’appréhender, de la fustiger, de tenter de l’améliorer ? La barre est déjà très haute, et pourtant nous nous imposons aucune manipulation inconsciente, aucune prise de pouvoir. La déliquescence de notre civilisation nous oblige à continuer d'agir et à agir vite… de façon subtile et respectueuse. La plus efficace des éducations étant l’exemple ou le contre-exemple, nous nous devons de coller nos actes à nos pensées tout en gardant à l’esprit que même la non-violence de Gandhi ne pouvait aboutir qu’à une violence interne au niveau de la conscience. Et c’est là toute la difficulté. Comment poursuivre cet accouchement, rapidement et en douceur, d'une nouvelle société légère et réaliste, jouisseuse et respectueuse ?
Pourquoi ne pas lancer une manif de grande envergure par la quantité des intervenants et par les revendications exposées, qui aurait vocation à se généraliser et à se poursuivre jusqu’à ce que la conscience soit prise par tous. Ne pas se séparer serait le mot d’ordre. Rester ensemble afin d’encourager les autres, ceux qui subissent inconsciemment. Si nous ne voulons pas que cette manif soit une prise de tête, elle se doit d’utiliser les moyens modernes de communication comme Internet, mais aussi des méthodes plus concrètes comme la bonne vieille manif de rue afin de toucher ceux qui n’ont pas accès aux nouveaux médias. Avec la bonne vieille manif de rue, ne pas se séparer est irréalisable à moins que tout le monde se bouge rapidement, ce que je ne crois pas. La séparation ne devrait donc être que physique. Nous devrions garder le contact en communiquant par d’autres moyens et en tissant des liens libérateurs. Cela n’empêcherait pas une manif perpétuelle par… turn-over… oh, le vilain mot que nous nous ferions un malin plaisir à détourner de son sens actuel. Oui, c’est cela ! Une manif perpétuelle déconcentrée et décentralisée !
Nous avons plus soif que jamais de liberté ! Phrase-clef qui n’ouvre aucune caverne d’Ali Baba. Tout se paye ! La réflexion reste une activité douloureuse ! Le vide donne souvent le vertige, comme lorsque quelqu’un se retrouve dans une grande bibliothèque au milieu de tant de livres qu'il subit une profonde crise d’angoisse. Une telle quantité de sujets accessibles en un même lieu est une provocation pour les âmes superficielles et quasi vides: « Sortez-moi de là ! Je veux retourner à mon état d’inconscience précédent au stable équilibre que j’ai réussi à atteindre en plaçant des poids nommés ‘’Ne pas se remettre en cause’’, ‘’Refouler les questions embarrassantes et essentielles’’, ‘’Réussir à être original sans inventer de nouvelles valeurs à la société contemporaine en s’éloignant des balises mais sans les quitter des yeux’’, ‘’Trouver la technique la plus ingénieuse possible à mes questions les plus métaphysiques.’’ Comment agir après avoir pris conscience de tout ceci sans devenir un trouble-fête au sein de la société, au sein de sa propre famille, au sein de son propre esprit ? Des concessions sont-elles possibles ?
La principale stratégie développée par le Pouvoir pour écraser toute contestation de l'ordre est une coordination efficace de ses différentes émanations pour aller dans le même sens. Ainsi les médias dominants, quatrième pouvoir, ont toujours, face aux problèmes lié à l'application du pouvoir exécutif, à l'intervention des forces de l'ordre, ou à toute autre forme d'illustration immédiate de l'oppression opérée par les représentants du pouvoir, pris la défense de ceux-ci, au détriment de la vérité et de leur intégrité. Cette "corruption tacite" s'est organisée empiriquement, et devait donc être combattue empiriquement, non pas par la critique, la contre-information ou la désinformation volontaire, mais par des méthodes d'action et de réflexion qui échappent à tout contrôle corrélé. Des expressions médiatiques que le pouvoir exécutif ne pouvait empêcher. Des actions de groupe que les médias ne pouvaient discréditer.
Finalement, lorsque j'ai pris conscience que les choix opérés à l'extérieur et à l'intérieur du système de grande distribution, pour conditionner et les produits et les consommateurs, s'étaient ancrés à une telle vitesse dans les esprits, je me suis dit qu'il y avait deux possibilités pour changer les choses à mon niveau. Ou bien décider de se sortir du système, et communiquer aux autres, par l'exemple, une alternative à cette marchandisation de leurs comportements. Ou bien agir au sein du système comme court-circuit, comme cheval de Troie, si cher au monde des réseaux. La première option était séduisante, elle avait le goût de l'aventure, le charme de l'inconnu, mais elle nécessitait une âme de prêcheuse, de prosélyte d'une autre consommation, voire de vendeuse d'une autre forme de vente... En ce sens elle ne me paraissait pas satisfaisante. Il me fallait donc intervenir directement au milieu des rayons, caddie au poing, carte bleue au ceinturon. De façon subtile, bien sûr, car l'ordre n'est jamais très loin, et les caméras de surveillance toujours très proches. J'avais deux cibles : les autres clients et les caissiers. Pour les deux, ma principale arme était mon refus du rapport qualité-prix.
Je n'ai jamais perdu de vue que mes actions se devaient d'être ludiques, comporter ce petit grain de folie et d'absurde qui pouvait donner à d'autres, noyés dans la turpitude de leur consommation mécanisée, la force d'écouter cette petite voix intérieure qui leur disait "Et pourquoi pas ?" Evidemment, mon attitude par ailleurs se devait d'être particulièrement conforme aux normes. Ce que je redoutais le plus était d'effrayer, faire naître la crainte et la perte de repères. Le plus important était d'arriver à trouver un jeu qui impliquait des partenaires, pour ne pas être simplement la gentille excentrique de service que les autres regardent avec compassion et paternalisme. Il me fallait plus qu'une stratégie : des scénarios.
Personnellement, tout ce que je lis dans ce livre d'or m'enthousiasme. Bon, je précise qu'à l'époque je n'étais pas au courant de la richesse et des subtilités de notre assemblée. J'en faisais partie depuis peu lorsque je pris conscience que je n'étais considérée que comme un objet faisant figure de contraire à la réflexion parce que j'étais caissière. Oh, je cogitais et j’aimais déjà ça. D'autant plus que j'avais suivi mon mec à cause d'une promotion qu'il avait eue, qu'il venait de me larguer. J'avais donc décidé de revenir dans ma région d'origine. Pour moi, à ce moment là, perdre ma place n'était pas un problème. J’avais bien envie de commencer à jongler avec plusieurs idées concrètes. Ceci me trottait dans la tête. Mais devais-je perturber les clients au point de les choquer ? Comment leur faire comprendre que le bonheur n’est pas dans le prêt, ni dans le crédit ! Qu’ils feraient mieux d’aller se balader dans les bois. Et puis, avant de commencer, j’aurais aimé aussi agir sur les autres caissiers et donc trouver des actions concrètes les concernant.
Nous étions, malgré nous, au bord du gouffre ! STOP ! Afin de bloquer cette société où chaque égoïsme se voulait plus puissant que ceux qui l’entouraient, la solution fut de faire une grève totale. Je me revois à l'époque. Je vais vous l'écrire tel que je l'ai ressentit alors. J'y repense... J’y pense... nous sommes sûrement plusieurs à y penser... je l’espère… mais comme personne ne commence… même parmi nous… rien ne se passe… ou plutôt tout se passe et tout continue et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles… En même temps hier j’avais une rage de dent et j’étais trop content de retrouver mon dentiste à son poste. Ou alors il faudrait une grève totale avec des exceptions pour tout ce qui est d’ordre vital et tout ce qui concerne la souffrance… En fait, plus je pense en même temps que j’écris à l’instant, plus je me dis que la grève n’est pas la solution… L’idée que j’ai lue dans ce recueil qui semble réaliste et utile est cette manif perpétuelle. Manif physique et manif intellectuelle ! Quant à la prise de conscience sensuelle, elle n’est pas donnée à tout le monde. Et puis il faut continuer à la répandre sinon elle sera statistiquement de moins en moins possible puisque le béton, le goudron, les camions, les blousons feront reculer la Nature et notre nature profonde. Aussi notre assemblée ne peut que prôner une efficacité écologiste. On n’a pas envie de tous crever dans 20 ans sans avoir vécu plus sainement que nos parents qui nous ont laissé un sacré bordel. Il suffit de regarder les décharges. Et dire que l’inventeur des poubelles avait aussi inventé le tri sélectif et le recyclage. Peine perdue pendant tant de décennies. Nous ne sommes pas assez à l’écoute des bonnes idées, trop enfermés dans notre quotidien. Trop à l’écoute et à la vue de la pub. La seule façon d’amoindrir la pub et de ne plus la regarder, de ne plus l’écouter, mais le pouvons-nous encore ? Et avec de l’entraide on pourrait se les faire cuire nous-mêmes les œufs, les biscuits, les tartes à la framboise. On pourrait se les fabriquer nous-mêmes nos chaises. Au moins je pourrais m’asseoir sans me casser le dos. À chacun d’y mettre son grain de S.E.L., vous savez les systèmes d’échanges locaux. Au lieu de ça, on a le temps de rien. Ou plutôt on ne prend pas le temps. Pas même pour soi. On veut tout faire et on fait tout vite : sa vie personnelle, sa vie de couple, sa vie familiale, sa vie professionnelle, sa vie sociétale. Y’a quequ’chose qui cloche là-d’dans... Vivre pour soi au présent, c’est enrichir la vie de tous. L’universel se trouve dans le particulier. Alors, comme j’ai envie d’embellir le monde, je me propose d’exacerber mes passions pour vivre au sein de cette assemblée. C’est tout ce que je peux dire pour le moment. Ah, si ! Moi qui suis un homme, j’attends l’efficacité de la pilule contraceptive pour hommes. Alors j’arriverai à faire la part des choses entre mes partenaires spécialisées en sexualité, mes partenaires spécialisées en conception d’enfants, mes partenaires spécialisées en éducation de mes enfants, et mes partenaires spécialisées en vie de couple. Ça a l’air assez simpliste mais ce n’est pas évident de satisfaire les besoins et envies de chacune d’entre elles. En tout cas je n’ai pas envie que mes enfants vivent dans une tour-dortoir au milieu d’autres tours-dortoirs. Nous nous devons d’être efficaces aujourd’hui afin de laisser à nos enfants un monde plus beau, et ne pas se contenter de mots. Et encore une chose. Ce matin j’ai reçu un coup de téléphone d’une société de vente de surgelés à domicile m’affirmant que comme mes voisines j’avais reçu un courrier m’indiquant que j’avais gagné… Je déteste ces coups de fil alors j’ai coupé le monologue explicatif qui me pénétrait le cerveau par l’intermédiaire d’une belle voix de femme. Dès que cette dernière a compris que ce n’était pas la peine d’insister, sans doute frustrée de ne pas pouvoir appliquer la formation qu’elle a subit, elle m’a dit que j’étais mauvais ! J’en conclus que la totalité de notre assemblée est mauvaise, que nous sommes mauvais pour le va-comme-je-te-pousse. Voilà ce que j'avais en tête à l'époque. Heureusement que nous n'en sommes plus là. Les balbutiements de notre communauté paraissent si loin. Nous avons parcouru un tel chemin. Nos esprits sont plus sereins maintenant, et nos corps plus sincères. Maintenant le mot d'ordre n'est plus STOP mais CONTINUONS !
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Auteurs : Desman, Sylvano,
