Mondoria, capitale de Kaydrüm et capitale de la province d’Oliandre.
Ce lieu est considéré comme celui des origines. En odois, Mondoria signifie « là où le sang a cessé de couler ». C’est l’endroit de la légende où le scribe et philosophe Ounra convainquit ses coreligionnaires, lors d’un long discours, d’abandonner une ancienne tradition qui consistait à sacrifier le plus jeune enfant à chaque nouvelle lune, et de le remplacer par un chevreau. Il sut tourner ses propos de telle façon que si un malheur devait arriver, il était évident qu’il serait le premier touché. Dans ce cas, il serait temps de fuir, de quitter les lieux à jamais. Malgré son âge avancé (72 ans selon la légende), il vécut encore quarante et un ans avec une présence d’esprit qui donnait envie. Aucune catastrophe ne vint le contredire.
Sa réputation s'étendit à l'ensemble du Kaydrüm. La date de sa mort sert maintenant de repère temporel. Les dja en ont fait un être fabuleux du monde imaginaire de la Terre à qui ils ont donné le nom de Jésus. Dans ce monde fantastique, c'est l'année de naissance de cet homme qui aurait due servir de référence. Mais le monde de la Terre est si complexe que les djala eux-mêmes s'y perdent parfois et se contredisent. Surtout qu'ils ne connaissent pas toutes les inventions des autres djala. Et donc une erreur de quelques années au départ décale toutes les autres années. Et la peur de l'an mille et la célébration du second millénaire ne veulent plus rien dire, si ce n'est le pouvoir des nombres de ce monde fabuleux.
D'autres contes se sont inspirés de ces histoires. L'un des plus drôles prédit une résurrection des morts lorsque les trois entités que sont Mondoria, Ounra, et le jour de sa mort se réuniront à nouveau. C'est la raison pour laquelle de nombreuses personnes viennent fêter leurs morts à Mondoria au milieu de la foule plutôt que de le faire avec moins d’entrain dans leur village ou leur petite ville provinciale.
Mondoria est aussi le lieu que choisit Tagounda, dja et fils du dja le plus réputé d’alors, pour prêcher la fin de tout sacrifice animal. Cette fois il n’était plus question de peur, ni de drame. Seule la compassion était en jeu. Il ne fut pas écouté, sauf d’un couple qui allait se marier le jour même. Ils jurèrent de suivre les préceptes de Tagounda, et interdirent au prêtre de tuer le moindre chevreau… qu’il voulut remplacer par un lapin… qu’il voulut remplacer par une poule… qu’il voulut remplacer par un œuf. Tagounda regarda alors les jeunes mariés qui le questionnaient du regard et leur fit non de la tête. « Que devons-nous sacrifier, Tagounda, pour que notre mariage ne subissent pas de grand malheur ? » Le dja Tagounda se coupa alors un morceau de chair de son avant-bras gauche et le leur offrit. Ils le rôtirent et le partagèrent. Depuis, à chaque cérémonie, un dja sacrifiait un morceau de chair de son avant-bras gauche. Cela dura deux siècles. Mais Tagounda échoua. Il avait voulu que tous les Kaydrümmgar cessent de manger de la viande animale et deviennent végétariens.
Vint le jour où tous les mariés, fidèles à la tradition, tombèrent malades après avoir mangé leur morceau de dja. Seuls ceux qui l’avaient recraché ou vomi survécurent après une fièvre d’une semaine. D’un commun accord, plus personne ne mangea de chair humaine. Ce jour est maintenant célébré par tous. Les djala le savourent. Pour eux c’est le plus beau jour de l’année. C’est au milieu de l’hiver, et pendant quinze jours avant et quinze jours après, la fête bat son plein à Mondoria et dans tout le Kaydrüm.
- auteur : Desman
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