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Mémoire d'outre-témoin
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Abstraction
Il est des combats que l'on n'a de cesse de frapper
Il est des coups que l'on n'a de cesse de donner
Il est mieux de recevoir et d'aimer
Vivre, espèrer et rêver.
Fin d'abstraction
Ce matin, tout comme chaque matin, après m'être levé, je file aux toilettes puis à la toilette. Rien d'exceptionnel ... Rien.
Ce matin, un peu plus que les autres matins, je me regarde dans ce miroir, frotte ma main légèrement contre ma barbe nocturne. Légèrement satisfait, je me dis qu'après tout, pourquoi pas ; et puis, il faut bien vivre ...
Ce matin, tout autant que les autres, m'est aussi difficile à vivre. Se lever, bosser, revenir, dormir, n'est pas une vie, loin s'en faut ... Mais il faut vivre !
Je survivrais ...
Des étapes dans la vie, j'en ai passé, comme tout autre ; plus que tout autre, en fait.
Mais,je ne suis strictement rien. Comme beaucoup ... et, c'est bien là, tout le drame de ma vie, de fait.
Bon, bref ; passons à autre chose, à un autre sujet :
Que connaissons-nous chacun de la vie ? de nos espoirs ?
Deux tentatives de suicides : ça vous dit ?
"Passer sur le passé, sur UN passé et se reconstruire."
C'est un objectif que l'on pourrait se fixer !
Mais : Pourquoi en arriver là ?
Pourquoi se détruire, surtout quand on tient tant à la vie ?
Oui ! Pourquoi se détruire, surtout quand on porte un "héritage" qui met aux nues les espoirs de vie ?
Une genèse !
Je suis né en plein été 72 ; le 72 de l'autre siècle.
Un vendredi à midi ... c'est là que le combat de toute une vie a commencé, et commence à nouveau.
Et, plus tard, bien plus tard, 15 ans après, vous apprenez que votre mère ne vous voulait pas, 30 ans après, que votre père sous sa "bénédiction" vous a "abandonné". Il y a certainement des matins bien meilleurs, comme il doit exister des lendemains bien pires.
Que sais-je des premières années de ma vie ?
Si peu ; tellement trop peu : l'enfant de divorcés que je suis a eu deux ans de "beaux jours" pour en profiter.
Et après ? Ma mère essayait de m'élever, certes pas seule, avec son nouvel homme, cet homme qui de fait est devenu un père. Il en a fallu du temps pour qu'il le soit vraiment ! Néanmoins, je suis bien content qu'à temps, il fut là, lui.
Maman, cet "amour-haine" sous couvert de passion.
Maman, ce fut cris, douleurs et trahisons.
Maman ... c'est ma mère, un point c'est tout !
Je n'en suis pas fier mais elle est là ; je fais avec ... après tout, on aura tous, toujours qu'une et une seule mère.
Violence
Il paraît que j'étais turbulent, "un enfant turbulent et violent", "un petit chef", limite capo qui voulait avoir la main-mise sur les choses ... sur les gens.
Je me souviens : en fait, pas grand chose de mon enfance. Pendant longtemps, très longtemps et bien même après, ce fut une forme de violence ou l'autre, que j'ai vécue, sur-vécue ; une forme ou l'autre, que j'ai créée, aimée et ... abhorée.
Des raclées : j'en ai pris.
Des cris : j'en ai entendu.
Des coups : j'en ai reçu.
Des cheveux sont tombés, des têtes ont été choquées ... plus tard, bien plus tard, encore ... à la maison, à l'école.
L'école : parlons-en, d'ailleurs !
Tête de turc, mal aimé, jamais désiré, désirable (?! mise à part pour les coups), forte tête et grande candeur. Au final, j'étais détesté !
J'ai détesté !
Violence pour violence ... et encore d'autres violences.
Après la violence physique, vient la violence morale : dure, bien dure, froide et cruelle.
Ensuite, on se demande comment des gens font pour ne pas "pêter les plombs" ; c'est vrai, quoi !
La violence morale : celle où vous apprenez au quotidien, votre quotidien, à détruire ... détruire l'être qui est censé vous être le plus cher, le plus proche, votre mère. Vous comprenez ses points faibles ... et, à la moindre injustice, appuyez sur ses boutons déments. Une folie ... furieuse.
Voilà, ce que j'étais devenu, ce que je manipulais !
Et, entre ces violences abjectes, il en est une, pire que les autres ... bien pire que les autres.
Celle des vacances ... où l'on vous envoie dans ces camps pour jeunes, histoire de se reposer et d'avoir la paix.
Les colos : les colonies de vacances.
Tsss, des vacances, pour qui ?
La première, je m'y suis fait "cassé du baton" ; vous vous souvenez le côté tête de turc ... qui vous poursuit, partout où vous passez, à côté de ces jeunes si sûrs d'eux-mêmes, si "fiers-à-bras". Ces jeunes à qui des parents ont matraqué si souvent : "mon fils ne soit pas une lopette ; tape, tape et tape encore ... et quand on ne t'a rien fait, rien pris, rien volé, tape encore, histoire de prouver qui est le plus fort". Moi, j'étais le plus faible.
La deuxième : la dernière, heureusement, fut celle où un de ces gentils moniteurs de colonie s'est montré trop gentil ... et a ouvert la porte, non pas à l'abus de l'autorité. Abusé, malheureusement, je fus et je l'ai été.
Aujourd'hui, j'en parle, librement, sans peur, ni celle du regard.
Le sceau du secret qu'un adulte pose et impose ... de par l'éloignement parental, de par le fait ... qu'il est l'autorité.
Cela a duré trois, quatre jours ; pardon, nuits ... et, oui, parce que c'est plus facile, la nuit.
Je me souviens du dortoir, de cette pièce à côté, celle de cet adulte. Je ne me souviens pas de sa tête - vous m'excuserez, n'est-ce pas - mais je me souviens ... de sa verge, avec ses petites vésicules, sur la peau ... c'était ignoble. Et ça l'est !
En fait, il repérait les gosses qui avaient du mal à s'endormir le soir et les inviter à venir se détendre dans sa pièce.
Je me souviens du premier soir : un collègue, à lui, était là, et nous a laissé au moment où les choses ont commencé à se détendre ... où, plutôt, à se tendre. Ma première expérience sexuelle : merveilleux !
Tellement merveilleux ... que j'ai voulu en finir avec cette vie environ 20 ans plus tard ...
Il a pris mon pénis, entre ses mains, l'a touché, l'a sucé, lui a murmuré des mots censés me rassurer et m'apporter un bien être. Puis, je suis allé me recoucher. En fait, à un moment donné, il est parti me disant de me reposer ... quand il est revenu, il m'a permis de retrouver mon lit, ce lit froid et cruel de métal. Mais même ce métal était plus chaud que ce cauchemar ... laid et affreux !
Le lendemain, j'y suis repassé. Il a recommencé son "cinéma", à une variante près ... après m'avoir touché, levé, il m'a demandé de lui faire plaisir : ce qu'il m'avait fait ... il m'a demandé de lui faire.
Je revois encore ce corps spongieux, gonflé ... et ses fameuses vésicules, qui m'ont tant marquées.
Ce fut le secret ... de la honte. Celle d'être dépassé par quelque chose que vous ne comprenez pas, pas clairement, du tout, qui vous paraît si ... bizarre, mais dont vous avez promis le secret, que nul mot vous ne lâcherez.
Et ce drôle de goût : amer, insipide, étonnant !
Vous savez ... comme un drôle de goût dans la bouche et que vous ouvrez celle-ci en claquant légèrement la langue, à plusieurs reprises ... dégouté.
Il y eut une troisième fois, deux jours après. J'avais été étonné de ne pas y être à nouveau passé, d'avoir dormi ... tranquille.
Ce troisième jour, plutôt soir - rahhh, excusez, j'ai du mal ; c'est plus facile d'en parler en terme de jour que de nuit. Tsss -
Donc ce troisième soir fut plus rapide, plus court. Il s'occupa très peu de moi et voulu surtout que je m'occupe de lui, que je le satisfasse. J'avais bien quelques réticences ... ce goût de pénis ne me plaisait franchement guère. Il l'avait apparement compris, puisqu'il se mit à pourparler un moment avant d'arriver à ses fins, à sa faim.
J'ai fini par m'exécuter - comme le jeune roseau plie sous la tempête, bien que celle-là fût celle de son désir, à lui - puis je regagnai mon lit.
Ce fut la dernière fois !
Le lendemain, à la nuit, quand il revint à la charge, je fis celui qui dormait poings fermés et esprit lié. Il me bouscula légèrement et j'entendis ces paroles : "Allez, je sais que tu ne dors pas.", mais je ne bronchai pas. Il me laissa ... le dégoût au ventre, j'étais convaincu que je n'y retournerais pas.
Quelques minutes plus tard, un jeune est rentré ... dans notre chambrée. Il rigolait et se foutait de moi : "Ahhahh, regardez-le, il veut pas y aller !". Dans le silence, je me suis terré, haussant les épaules, comme si de rien n'était.
Et, je me suis terré ... dans ce silence ... longtemps ... très longtemps. J'avais huit ans. J'en ai presque ... trente ... de plus.
La première fois, et la seule, où j'en ai parlé à mes parents, enfin ma mère et mon (beau-)père, j'ai tellement banalisé la chose que je leur ai fait croire que cela n'était pas grand chose !
Aujourd'hui, j'en ai toujours l'âme qui pleure ...
Le mensonge
Cette colonie où j'ai appris ... le mensonge, ce mensonge-là, et bien d'autres encore.
Ceux des "boites de nuits", festives et organisées par ces gentils moniteurs de colonies ... et les autres.
Vous ne devinerez jamais comment j'ai appris ... à faire du vélo !?
En mentant !
... sur le fait que je savais en faire. J'ai pris un de ces engins, lourd, que la colo nous prêtait, en répondant que je savais, et j'ai mis les pédales sur les pieds - pardon, les pieds sur les pédales - J'ai hésité quelques secondes, petite peur au ventre ; j'ai eu ... la pédale hésitante ... quelques secondes, puis je suis sorti de la colonie, en bande monitorée ... sans jamais tombé à terre !
Je n'ai plus jamais quitté le vélo, jusqu'au jour où je suis devenu ... handicapé ... moteur !
Ma Liberté
Le vélo : j'en ai avalé des routes, des sentiers, seul sur mon guidon.
La Liberté : échapper à la contrainte, échapper à la réalité, échapper à ...
... une mère - tiens, la revoilà, celle-là - avec qui je me battais.
... une vie, avec laquelle, je ne me sentais pas en phase ... en réalité !
Et, Dieu, dans tout cela ? Je me suis acheté une autre liberté ... plus tard ...
Je partageais mes rêves ... mes trêves ... entre le vélo ... et les bouquins.
Ces fameux livres : seul domaine où je n'aurais jamais accepté que ma mère m'en prive. Et, heureusement, elle n'y a jamais pensé.
Contes pour enfants, poètes, romans noirs, science-fictions, héroic-fantaisy, fantastiques, policiers et autres espionnages : des tas et des tas, j'en ai lu. J'en posai un ; un autre me tombait dans les mains.
Je croyais ne jamais en finir, ni avec la lecture, ni avec ma soif et mon ivresse de la lettre. Le futur essayera de me prouver le contraire.
Le seul bouquin qui me soit passé entre les mains, que je n'ai jamais pu lire en entier est : la Bible. Et, ce n'est pas faute d'avoir essayé, à plusieurs reprises, de différentes manières ... rien à faire.
Les livres qui m'ont le plus marqué :
L'excellent "Dune", et surtout le tome sur l'Empereur-Dieu ; il renferme des "trésors" mytho...logiques, et autres "pouvoirs de l'esprit" sur le mot, entres autres ...
Le monde de Tolkien, les Agatha Christie, Conan Doyle, "Rouletabille", "Arsène Lupin", Isaac Asimov et ses robots, Christian Jacq, Bernard Weber et ses fourmis, John Grisham,
... et les "Mémoires d'outre-tombe" de Chateaubriand.
Tant et plus !
Aujourd'hui, je ne lis plus.
Et, pourtant, je me suis rendu compte que, oui, je lisais encore, différement ; je lis toujours, certes moins, une autre catégorie d'auteurs, une autre façon de s'évader : la bande-dessinée. Je suis devenu fan de mangas, bds d'auteurs, science-fiction - encore ! -, politiques.
Alan Moore : "V pour Vendetta", "Swamp Things", "Les Suprêmes", "La ligue des gentlemens extraordinaires" ...
Jodorowsky - les humanoïdes associés - : "Les métabarons", la série de "L'Incal"...
Art Spielgerman : "Mauss" ...
"Le surfer d'argent" : hymne réflectionnel à la raison de vie.
"Crying Freeman", "Akira", "Le pays des cerises" ...
Jiro Tanigushi : "L'homme qui marche", "Le Sommet des dieux", "Seton" ...
Bref, je collectionne.
Mais, de tous ces rêves, de toutes ces libertés acquises, achetées, aucune ne comble le vide immense, au fond de vous ... aucune. Ce vide qui hurle si souvent - paradoxe - et qui vous dit que cette vie n'a vraiment aucun sens.
Theophiliaque
J'ai commencé à m'intéresser à Dieu, j'avais douze ans.
Je savais que cela existait ... une intime conviction.
Et, ce n'était pourtant pas ma famille qui me l'avait forgée. Il n'en a jamais été question ... jusqu'au jour de mes questions.
À treize ans, ce sont les témoins - oui, ces "fameux" témoins de jéhova - qui m'ont apporté une réponse ... que j'ai respectée, tout en gardant un état d'esprit critique et ... "ouvert" sur les autres. Je m'étais forgé une foi, très personnelle, intimement convaincu que c'est une dimension entre ... lui et moi.
J'ai cherché à me renseigner sur d'autres mouvements religieux. Je ne voulais pas de cette chrétienté dont les cours d'histoire nous martellaient de tant de haine, de pouvoirs et autres meurtres en tout genre. J'aime beaucoup la culture asiatique, pour cette rigueur que j'admire tant ; je respecte énormément la philosophie de vie boudhiste, pour cette paix que je cherche tant ; ces arabes, au sang tout aussi chaud, qui font preuve de bien plus d'humanité que nous autres occidentaux.
Bref, des qualités que je trouve ailleurs ... et pas chez moi !
J'ai appris à aimer Dieu ... et Dieu sait combien je l'ai aimé.
... et à tant haïr l'être humain, pour le dégoût qu'il m'inspire. Tant de dégoût, qu'un jour, j'ai décidé d'en finir ... malgrè l'amour que je lui portais ... et que je lui porte encore ; bien que blessé dans ma propre "stupidité". On s'en relève difficilement.
Ces "petites morts"
Des petites morts, on en a tous eu ... et, on en aura tous. A des échelles de valeurs différentes...
En terme scientifique, il parait même que la nature a besoin de la mort pour la vie ; demandez-le à votre corps !
Ma première "petite" mort fut celle de l'amour.
J'avais environ cinq ans. Elle s'appelait Stéphanie Bertrandini, si je ne me trompe pas.
Je suis né un 28 juillet ; elle est né un 27, un an après. Des "signes" que l'on croit éternels ... et qui font tant sourire après.
Amour de jeunesse, amour de maternelle.
Le jour où elle m'a dit qu'elle ne voulait plus me voir, qu'elle m'a dit : "Va-t-en, c'est lui que j'aime maintenant" ; ce jour-là, cette brune aux yeux bleus si clairs m'a déchirait le cœur. Je suis parti penaud, l'âme troublée, faisant en sorte de ne rien montrer ... surtout à ma mère.
L'autre "mort" amoureuse qui m'a profondèment marquée fut celle de cette jeune femme ... mariée, avec qui je me sentais tellement en union ... union d'esprit, union de chair. Sauf qu'à cette époque, j'étais moi-même témoin, elle aussi, son mari pas !
Beaucoup de dégâts, dont je ne suis vraiment pas fier ... beaucoup.
J'y ai, aussi, perdu ma meilleure amie, une autre jeune fille ... avec qui je n'avais pas cette dimension.
Cette "petite" mort douloureuse - à laquelle vous avez bien raison de me jeter la pierre, et de vous moquer encore plus de moi - s'est accompagnée d'une autre, qui celle-là, fut physique.
Cette époque d'amour, "ténébreuse", fut accompagnée de grandes querelles avec ma mère. J'ai tout simplement fini par ... fuguer.
Je savais qu'elle ne me suivrait pas, même si elle me poussait à fuir, cette mère destructrice. J'ai fui ... sans jamais donner de nouvelles pendant presqu'un an à ma famille. Quelle famille !?!
C'est à cette époque où il m'a fallu être opéré d'un tendon rotulien, qui me lâchait. Et là, j'ai failli y rester définitivement ...
Petites morts physiques :
Une opération "banale" sans grand risque, seul dans mon coin. Un staphylococque doré passe par là et change la donne. Je divaguais.
Je me souviens de cette sensation bizarre ; on me donnait de la morphine pour ne pas que je sente la douleur. Je la percevais. Et je voyais cette barre au-dessus du lit qui bougeait toute seule ... un brouillard, un étourdissement ... l'esprit se détache un petit peu du corps. Autre merveille...
L'équipe médicale s'est rendue compte du soucis ; il était temps.
J'ai su plus tard, grâce à une aide-soignante qui m'avait pris en affection, ... qu'une heure plus tard, c'était fini ... ils me perdaient.
Drins, redons, lavage de plaie à grand renfort de "circuit nettoyant", antibiotiques, temesta, morphine, je suis resté en clinique un mois et demi - sans parler des mois de rééducation et des séquelles fonctionnelles. Me voilà handicapé ... incapacité rotulienne au-delà de cent degrés, amyothrophisme du quadriceps interne, instabilité "chronique" latérale du genou ... et la trouille au ventre pendant plusieurs mois de ne pas faire une rechute infectieuse, sans oublier celle des chutes physiques.
À surveiller ...
À payer ... plus tard, plus tard.
Heureusement, je ne m'en suis presque pas rendu compte et ai failli ne jamais m'en rendre compte.
L'autre frayeur - c'est le cas de le dire - que j'ai eu : ma première voiture.
Une Alfa roméo, une alfasud. Rouge et noir, jante alu, spoiler avant et becquet arrière ... double corps au moteur, pédalier rapproché et boite de vitesse courte : une petite bombe, aussi nerveuse que ce que je pouvais l'être. Une extension de mon être ... à moins, que ce ne soit moi, l'extension !
Une semaine, je l'ai gardée ... un soir de pluie, une véritable savonette, un virage, l'arrière chasse, j'essaye de rétablir, rien à faire ... juste le champ et "un soleil". Tout a "valdingué" ... la peur de mourir est là, présente, vivante et l'on se sent, se sait ... impuissant.
Les larmes de mon corps ont pleurés autant que la pluie coulait, si ce n'est plus. Ce joujou avait été un coup de foudre.
Et, je déteste, par dessus tout, abîmer mes affaires. Un "véritable" déchirement...
Quand je vous parlais de candeur, ce n'est vraiment pas pour rien. Mais laissons place à l'émotion et continuons ce chemin de vie qui m'a mené à commettre cet acte de "folie" contre soi-même. C'est plus que de la folie, car ce n'est en rien de la folie ... au grand damne de beaucoup, ce n'est pas, loin s'en faut, un acte de lacheté. Il faut un courage immense pour prendre cette décision. Vous avez au corps ce sentiment de vie qui vous cheville, qui vous hurle de ne pas agir ainsi ; il vous faut alors lutter, ne pas écouter, ne pas s'écouter, et commettre un geste ... ce geste irrémédiable. C'est une tension énorme, que l'on ne peut imaginer. C'est une violation de l'esprit bien avant d'être celle du corps.
Que l'on m'apprenne que cela génére autant de puissance - toute proportion d'échelle gardée - qu'une bombe atomique, et je n'en serais pas surpris. C'est ... extrémement ... violent !
Mais pourquoi en arriver là ? Qu'est-ce qui peut amener quelqu'un qui a appris à aimer la vie, par respect divin, à outrepasser ses droits ?
Un trop plein de relations conflictuelles infantilo-maternelles, des dégats physiques, moraux, la dépréciation personnelle d'un acte inique ... on a pleinement l'impression d'être marqué au fer rouge, à vif constamment, et quoi qu'il se passe, cela ne fait que raviver la blessure, qui saigne encore et encore. On veut être soulagé, être définitivement en paix, être enfin libre ...
Paradoxalement, c'est lorsque j'ai commencé à me stabiliser professionnellement que ... la goupille a laché !
En effet, j'avais un nouvel emploi où je me sentais bien, où je m'entendais correctement bien avec mon entourage ... puis un jour, j'entends une collègue parlait d'un proche qui venait de faire une tentative de suicide, non loupée. J'en comprenais l'abbération - du moins, notre formatage psycho-europèen le laisse-t-il entendre - ... et l'idée a fait son chemin, germant toute seule jusqu'à m'étouffer et m'emprisonner vers cette forme de destinée.
Des années auparavant, mes premiers souvenirs étaient remontés à la "surface" de mon esprit conscient. Un jour, une revue me passe entre les mains, et mentionne des faits de victimes d'abus sexuels et autres tentatives toutes aussi "réjouissantes" les unes que les autres. Quelques heures plus tard, un flash, un sentiment de "déjà vu" mais rien de bien défini. Il m'a fallu du temps pour recomposer les morceaux disparates de ma mémoire effacée... et pour recomposer les morceaux que la séquelle a infligé. C'est impressionnant le temps qu'il faut ... et, même en se sentant "délivré", on en connaît toujours le poids. On en souffre peut être moins ... cela reste à vérifier.
Quoiqu'il en soit, pour mourir il me fallait résoudre une autre question cruciale ; elle l'était du moins pour moi !
Souvenez-vous, je suis témoin, et, je porte et dois porter au plus haut respect la vie ... cruel dilemne devant moi. Il m'a fallu donc faire le choix de mourir spirituellement pour être libre de mourir physiquement. Ce que j'ai fait ... je me suis "retiré".
J'ai fait ma première tentative une semaine après le récit de ma collègue. Alcool plus médicament ... un cocktail détonnant de plusieurs molécules. J'ai eu un sommeil des plus profonds, et je pense en silence à la douleur morale que l'on s'inflige à prendre cette décision et à lutter pour l'appliquer. Le réveil a été ... cruel !
Je me souviendrai toujours de ce ressenti : je suis sorti de ce sommeil, au petit matin, l'impression de respirer à plein poumons et de chercher mon air, comme quand on revient de dessous l'eau en apnée. La même sensation, en plus violente, plus ... vivante ! J'ai respiré ... et ai compris que j'étais vivant. Je n'y croyais pas, n'en revenais pas. Je l'avais fait ... et j'en revenais.
Je suis allé au travail comme si de rien n'était ... on m'a juste trouvé bizarre, sans rien comprendre, jusqu'à ce que je m'effondre en larmes en fin de journée. Je travaillais, à l'époque, dans une association de services et de soins à domicile. Rendez-vous compte de l'absurdité de la situation !
Une semaine après je remettais cela : l'alcool pour avaler toutes ces pilules que j'avais en "magasin", et il y en avait des dizaines et des dizaines. Et j'en ai avalé, même du plâtre stomacal - c'est cela qui m'a sauvé la vie - je pleurais comme une "madeleine" ; même une pleureuse professionnelle n'aurait pu verser autant de larmes.
C'est une petite "souris" qui a veillé sur moi et est entré dans ma vie à ce moment-là. Il paraît que je l'ai appellé, lui ai ouvert la porte ... que les ambulanciers sont venus. Je n'en ai strictement aucun souvenir, juste celui du goût du charbon qu'ils m'ont fait avalé et que je croyais être un délice. Ma remarque les avait surpris ... du miel.
Le renouveau de la vie
Cette petite "souris" fut une étape cruciale dans ma vie. Vivre à nouveau quand on a voulu mourir n'est pas facile, loin s'en faut. Se détruire intimement et devoir se reconstruire n'est pas simple, loin d'être une synécure. Il faut se fixer un but, un objectif mais pourquoi ? oui, pourquoi, pour qui ? D'autant, quand, dans la vie, vous n'avez plus rien qui vous cheville au corps !
Pour la première fois de ma vie, cette femme était enfin une bonne chose ... était enfin un hâvre de paix, de tranquillité, de sérénité.
Et, je ne pas su en être pleinement digne ...
J'ai dû réapprendre à vivre, sans savoir ni pourquoi, ni pour quelle raison ; et elle, de son métier d'infirmière, m'a donné la patience et la douceur ... puis la confiance, au moins en moi. Une importance cruciale, nécessaire, pour se bâtir de meilleures fondations, et de meilleurs lendemains. Elle m'a donné un amour sans partage, sans borne ... un amour réparateur, fixateur. J'ai pu réapprendre à vivre.
Quatre, cinq ans d'un bonheur étrange, irréel, d'une dimension que peu d'hommes connaissent ou puissent se targuer de connaître. Une femme avec qui l'on a pas envie de tricher, mentir, avec qui l'on se sent ... en paix, rassuré. Et, ce ne sont pas nos vingt années de différence qui ont changé quoi que ce soit à notre relation mutuelle, et affective.
Affective, c'est le cas de le dire ... c'est une femme pour qui j'ai encore beaucoup d'affection, et peu d'amour. Je me suis trompé, dans les premières années, entre ces deux sentiments. Je sais aujourd'hui que je lui suis redevable de beaucoup de choses et surtout d'être à nouveau en vie, avec tout ce que cela signifie. De son amour pur, elle m'a reconstruit, petit-à-petit.
Je ne permettrais à personne de me dire le contraire ou de médire sur cette personne à mon égard. Elle a fait ce que nul autre n'a fait dans ma vie, et encore moins ma mère. M'aimer ... pour ce que je suis ... m'aimer, tout simplement, sans conditions, ni faveurs ... m'aimer.
Elle était bien-aimante, passionnée, fidèle ... et, je l'ai abandonné au moment où j'ai ressenti le besoin de voler de mes propres ailes.
Il m'a fallu détruire au quotidien, à l'abrasif fin, cet amour qu'elle me portait ... à l'abrasif fin, aux fins de souffrir le moins, autant elle, que moi, mais d'être soulagé de faire ce pas séparateur qui nous délivrerait l'un de l'autre, l'un à l'autre. Alors, en douceur un jour, jour après jour, je me suis efforcé de saper cet amour magnifique ... et, c'est là que l'on comprend que mêmes les meilleurs sentiments sont loin d'être douce savonette quand il s'agit de rompre avec l'être qui vous a forgé une vie.
Trente ans d'une vie pour se construire et se bâtir une tour forte, pour se sentir fort au point de déranger les autres de ses certitudes intimes ; ces autres qui posent sur vous un regard, et/ou des gestes de rejets, de jalousie parce que vous êtes devenus un électron ... libre ; parce que vous savez que vous avez besoin des autres non plus pour vous "grandir", mais seulement pour un quotidien sociétal, dont vous pouvez très bien vous passer. Un mélange intime et très personnel entre forces et faiblesses, entre passion et irraison ... voilà ce que je suis devenu.
Un regard novateur sur les choses, sur la nature ... beaucoup de respect pour elle, et toujours autant peu de confiance envers cet autre. Un regard ... d'enfant, celui d'un homme qui sait que pour se reconstruire, et vivre de nos jours, il faut savoir ... rêver comme seul un enfant sait le faire.
Serein, je suis devenu ... le temps s'est donc annoncé pour moi de fonder ma famille, et de trouver naturellement celle qui réellement me correspond, sans équivoque. Je me souviens de nos premiers touchers, de l'odeur qui se dégageait de nos effluves ... nous avions l'impression réciproque d'être le miroir de l'autre, de se sentir, se ressentir ... le reflet male-femelle.
D'une amitié patiente est né un amour sincère et fort. De cet amour est né une enfant, une enfant désirée mais non provoquée ... la cerise sur le gâteau. Et, c'est un gâteau bien agréable à manger au quotidien.
Cet enfant que j'aime par-dessus tout, mais pas au-dessus de tout, ce savant mélange de deux corps a un développement qu'il me faut, qu'il nous faut par-dessus tout protéger de beaucoup de choses, tout en l'exposant savamment à ce monde douloureux, voire souffreteux. Et c'est loin d'être simple ... à assumer.
Assumer le rôle de père quand on est si blessé ... regarder sa fille évoluer, sans pouvoir quasiment la toucher, durant sa première année. "Imposer" à sa femme d'assumer tout ce qu'il y a à assumer du quotidien d'un bébé, par la peur qui vous tenaille, non pas celle de lui faire du mal, lui faire ce mal ou un autre ...
Voir ses parties génitales et avoir peur de la laver, de l'habiller, parce que chaque fois que vous voyez cette chair nue ... vous revoyez votre agresseur vous faire mal. Vous n'avez pas peur de lui faire du mal, vous avez peur que l'on vous accuse de penser à cela, et de traumatiser votre enfant. Un an, il m'a fallu pour apprendre certains gestes naturels, bien fondés, et encore, parfois, dans certains états de fatigue, je me trouve incapable de gérer. Le premier qui touche à ma fille ... je ne suis pas sûr de rester de flegme.
Comme j'ai dû apprendre à ne pas être dégouter de l'odeur du sexe ... ou plus exactement, l'odeur de sperme après la relation. Cela fait sourire ma petite femme chérie, mais elle comprend ... elle comprend que je me lave, généralement, peu après l'acte ... parce que cette odeur a tendance à me déranger.
Malgrè cela, on arrive à vivre assez sereinement ... même quand ma fille de trois ans se met à devenir une folie furieuse, et malgrè mon passé violent, et où je reste fondamentalement calme. Aujourd'hui, je me reconstruis dans un contexte familial nourricier, assez heureux de vivre, où je participe autant que je peux, sachant que je suis atteint d'une maladie - le verdict n'étant pas définitif - dont l'empoisonnement sanguin, l'arthriscémie sceptique acquise lors de mon opération de la rotule, est certainement un facteur déclenchant.
Épitaphe
"L'homme moissonnera ce qu'il sème" : est-ce une vérité fondamentale, une loi imposée à laquelle il nous faut nous soumettre au quotidien ?
Mais que sont les semailles quand on n'est porteur que de candeur ? quelles devraient en être les moissons ?
Heureusement, il y a "un temps pour tout" ...
EsteBaN Hache
le 14 Octobre 2006
"Tant qu'il y aura ma vie sera mon écriture ...
Tant qu'il y aura ma mort sera ma signature !!!"
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