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Lettres décousues

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Arrêté ! Devant le Grand Tiroir ! Me voilà sans énergie et sans voix, et presque sans réflexion. Je te savais de l’autre côté de la paroi globuleuse. À l’ombre dans ce lieu obscur et interdit. Comment as-tu osé franchir l’incommunicable et surtout comment as-tu fait ? Je te jalouse d’être là où tu es parce que j’ai la certitude que cela te permet de te propulser en des recoins de l’imaginaire rebelles et plus subtils que mes années passées à penser, accumulées comme des piles de vieilles chaussettes inertes, effilochées et dépareillées. L’insondable me percute et je glisse entre les rides prononcées par d’infectes machines à coudre assoiffées de paroles outrecuidantes.


Peut-être es-tu sortie de l’emplacement prévu à cet effet, peut-être parles-tu à d’inconséquents crachoirs sournois et dansants. Peut-être gravis-tu les mots afin de les surplomber et d’ainsi les décourager de toute persévérance doucereuse. Peut-être marches-tu comme une plume empaillée. Peut-être accapares-tu des tuteurs tortueux ensevelis sous les décombres des ultimes phrases explosées par des mossiles surabondants pendant que je finis de raboter des copeaux ensoleillés. Il me faut avancer, alors plutôt que de te parler dans le vide, j’aimerais te chanter avec une voix empruntée à la voxithèque méditerranéenne.


Collectionneur de rues en pente de moins de cinq mètres, je les répertorie dans mon petit carnet où je colle une photo vue d’en haut et une d’en bas. Et lorsque je n’en trouve pas, je reviens à la plus proche et je m’y enroule comme dans un vieux tapis malmené. Alors je regarde par à-coups le soleil ou les étoiles à en perdre la tête qui perd ses repères et m’emmène par la main dans des pièges où je finirai bien ma part de dessert. Ce serait un immense plateau d’agrumes tuméfiés gorgés d’acidités agréables porté par des antiquaires bienveillants chargés également de parfums en provenance des océans que je n’ai jamais vus.


C'est certainement ainsi que j'ai perdu la clef. Elle sera tombée au fond de la rivière quand je passais sur le pont et que les arbres m'ont fait signe. Je ne savais plus quel était le chemin à suivre pour atteindre la clairière. J'aurais pu attendre que les trois oiseaux désarticulés m'apportent leur GPS sifflatoire. Mais l'impatience m'avait saisie au détour du sentier et je n'avais plus d'autre solution que de me précipiter à six pieds sous terre à la suite du Lapin Blanc. Dans la crypte, les archéologues pianotaient sagement sur leurs genoux. Je les ai salués d'un simple coup de chapeau et j'ai poursuivi ma route.


Désaltéré je regarde autour de moi. Pendant que ma poitrine fume, je vois que l’outre cuit dans ce sentiment infect qui s’écoule de mon cerveau délaissé par les premières portions de la propension à s’investir dans une stratégie inefficace et provocante assise au côté de la démesure des architectes toniques. Ils grégarisent mes pensées par-dessus le parterre envahissant et protégé par d’immenses tours d’un style médiéval colorisé de lasers précipités comme des sourires sincères emprunts de jovialités surréalistes. À la vue de ce tableau, mes yeux rougissent de cette fatigue prononcée par la concentration. Seule l’activité campanaire de mes amis lointains parvient à me sortir de ce trouble. Il faut que je me retrouve, alors je longe la petite rivière fluette.



§§§ lettre suivante



auteurs : Fuligineuse, Desman

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