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Les deux meilleurs apothéoticaires de l'imaginaire

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Pendant que Stan lit et rature un nouvel essai personnel au titre étrange, Les soucoupes sans tasse, les unes sur les autres, Nats ouvre à peu de frais un roman-auberge avec terrasse sur le boulevard du crime. Il adore le suspense et chacun peut venir résoudre l’énigme du meurtre du client précédent. Son œuvre a tant de succès qu’il doit d’abord agrandir, puis il rachète tout le quartier avant de faire construire des romans de plus de cent étages. Il emploie du nouveau personnel qui se prend au jeu et succombe en quelques semaines à cette nouvelle passion dévorante. Mais Nats se lasse et laisse ses propriétés à ses employés qui sang donnent à cœur joie. De plus, Nats cède au chant, à genoux, d’une voix intérieure et emmène en tandem son homologue d’apothéoticaire vers les plages ensoleillées, à la recherche non pas de L’imaginaire collectif de Magritte mais d’une banale et merveilleuse sirène.

Dorloté par le pouvoir trompeur, Nats s’insurge contre ses sens coincés entre les préliminaires et les luminaires astronomiques. L’eau à la bouche, il dérive jusqu’aux côtes sahariennes. Il avance sans réfléchir le moindre rayon de soleil et trouve un mossile éventé sonnant creux. Assoiffé de connaissance, il fouille longuement. Il en découvre d’autres avec lesquels il se fabrique un collier. La nuit passe lentement sur lui. À son réveil, Nats voit des maisons animées le contourner. C’est son spectacle de la journée. Au petit matin, Stan le secoue. Ils sont tous deux au milieu d’une rue bitumée envahie de badauds. Ils tournent à la première rue à gauche et là, stupeur… Nats n’en croit pas ses yeux. C’est le premier roman de langue afrodisiaque qu’il aperçoit adossé à un kiosque, à qui il demande de retourner sa quatrième de couverture et qu’il contemple aux reins. Lorsqu’il veut la prendre par cœur, il est éjecté manu militari contre la feuille d’une auteure impressionnante d’un raphia royal.

Stan et Nats sont à la recherche d’une histoire indispensable à vivre, une sale affaire, pour la sauvegarder afin de la déposer sur des écriteaux publicitaires et de joindre l’inutile au désagréable. Ce n’est pas évident de reprendre vie après vingt ans de robotisation. Ils se lanceraient bien dans l’économie non marchande, sans savoir ce que cela veut dire. Comment créer sans arrière-pensée ? Ce genre de réflexion les dépasse à vive allure, vingt milles au dessus de leurs têtes. Si en plus quelqu’un leur apprenait l’inutilité de l’art dont ils ne peuvent avoir idée, ils sombreraient dans une guerre intestine où ils embrigaderaient des armées de déterminants indéfinis et des adjectifs grassouillets pour les regarder s’entretuer sous les applaudissements des maîtres mots. Seuls les verbes sortiraient vainqueurs. Mais qu’en feraient-ils ? Nats et Stan porteront leur vie entière le sceau indélébile de l’incomplétude.

Comment en sont-ils arrivés là ? Il faudrait pour le savoir plonger dans les entrailles des puits de science les plus équidistants. On passerait volontiers quelques décennies foisonnantes à explorer leurs galeries marchandes. On reconstituerait leurs arrières avec quelques valses sobrement ponctuées de clous de girofles. Il serait aussi nécessaire de faire appel à des spécialistes en manuscrits carolingiens et en déviations zoophiliques. Mais rien de tout cela ne saurait remplacer l'intuition fulgurante qui, si elle est de bon poil, nous mettra sur la voie lactée et nous nourrira de loukoums à la rose des sables. (Quant aux îles, elles se sont de plus en plus éloignées, sous l'effet conjugué du réchauffement partiel et de la dérive des continents.)

De dérive en dérive, les îles, ces belles lettres, sont entrées dans le monde marchand à couteaux tirés, les poings devant, entretenant leur haine envahissante envers des auteurs concurrents, des éditeurs commerciaux, des lecteurs consommateurs. Îles ont perdu de leur superbe, s’offrent au plus donnant et s’encombrent de gadgets éblouissants qui leur font boire un filtre magique. Îles oublient leurs originalités et leur force é-mot-ive. Les voilà hors de tout propos, démunies de tout sens critique et seuls quelques volcans de rage les empêchent de couler sous le poids du vide littéral.



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auteurs : Desman, Fuligineuse

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