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Les cousins ennemis : Pierre et Martin Burlin
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Ils étaient nés le même jour, le premier du joli mois de mai 1289, au village de Bourguignon-sous-Montbavin (où devaient naître, quelque 400 années plus tard, les frères Le Nain, Louis, Antoine et Mathieu, tous peintres). Pierre était le fils de Mathieu Burlin, le forgeron, et d'Artémise Barnoude ; Martin, celui de Jacques Burlin, le jeune frère de Mathieu, paysan et époux de Céline Jarnisse, la tisserande. Les deux frères s'étaient mariés le même jour, en 1287, à la saint Michel, comme c'était la coutume dans ce village.
Pierre et Martin grandirent ensemble et ils se ressemblaient tellement qu'on les prenait pour des frères et même des frères jumeaux. Mais Pierre avait un grain de beauté sur la joue gauche et Martin avait le même sur la joue droite. Sinon, ils étaient si semblables qu'ils en profitaient pour jouer des tours aux voisins, voire même à maître Flucandre, le Haut Maître de la Guilde des Copistes Lumineux, qui séjournait parfois dans le village car il y courtisait une jeune veuve, Marie du Moulin.
Puis les choses se gâtèrent quand les cousins atteignirent leurs dix-sept ou dix-huit ans. Alors que Martin était un garçon simple, joyeux et aimé de tous ses compagnons, Pierre se montrait sombre, envieux et bagarreur. Bientôt son animosité se tourna vers celui qui avait été l'alter ego de ses jeunes années. Il lui reprochait notamment d'avoir mieux réussi à maîtriser le travail de copiste et de récolter davantage de commandes. Maître Flucandre avait en effet fait venir à Laon un certain nombre de garçons des villages environnants pour y apprendre le métier, et parmi eux les cousins Burlin. Il y avait aussi avec eux leur ami Jonas Tiercelan, dont la soeur Marguerite fut l'ultime pomme de discorde entre Pierre et Martin. Quand elle choisit Martin, Pierre jura de se venger de son cousin et ne lui adressa plus la parole.
En 1322, les frères Benoît et Bernard Dourille durent démissionner de la charge de Haut Maître, qu'ils assuraient conjointement. Cette démission se fit sous la pression des cousins Burlin, qui avaient obtenu des voix à l'élection de 1311 et surent cette fois convaincre les membres de la Guilde des Copistes Lumineux qu'un renouvellement était nécessaire afin de prouver à l'Église que Lectoris n'allait pas céder au pouvoir religieux, par principe. Cette fois l’élection eut lieu avant la démission des Hauts Maîtres qui, honteux, s’abstinrent. C’est ainsi que Pierre Burlin devint Haut Classeur, nommé par son cousin et néanmoins ennemi, le nouveau Haut Maître Martin Burlin, afin de tenter de calmer ses ambitions. Toutefois, ce geste ne calma pas l'hostilité de Pierre envers Martin, maintenant teintée d'envie. Pierre estimait qu'il aurait pu, mieux que son cousin, remplir la fonction de Haut Maître. Il n'alla pas jusqu'à lui mettre des bâtons dans les roues, se contentant de faire la grève du zèle. La situation ne dura pas très longtemps, car à l'été 1325, les deux cousins furent, à un mois d'intervalle, victimes de la grande épidémie qui décimait Lectoris.
- auteur : Fuligineuse
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