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Le passage ponctuel de ses rêves

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Colombophile, la femme de Jonas prit son mari entre ses mains et les monta au dessus de sa tête. Il s’envola pour mieux suivre le livre qui battait des pages. Lorsqu’ils furent au-delà de toute perception humaine, ils se posèrent à l’abri d’un vieil aqueduc dont les pierres avaient attendu leur arrivée pour mourir noyées. Jonas et le livre furent engloutis dans les profondeurs hermétiques de la vase. Impossible de remonter à la surface. Ils faillirent y laisser des plumes et une épitaphe pour deux. Mais deux des lettres imaginaires sont arrivées, sans se presser. Juste à temps pour les apposer au roux d’un carrosse en forme de citrouille. Une fois secs et réanimés par les secousses, ils reprirent leur chemin à contre-courant du souffle de Lothar.

Les rêves du livre-héros sont bordés de velours carmin, ils sont hérissés de pointes d'épingles. Ils se déroulent comme des rubans de satin bien repassés par des gouvernantes revêches. Des chouettes hulottes qui hululent en brodant leur culotte. Ils se poursuivent en jouant à chat perché à travers les allées du parc, au son de l'orphéon qui suce des bonbons acidulés pour oublier sa dépression. Les mouettes se promènent librement dans le dôme transparent des rêves du héros-livre que Lothar et Stan emportent maintenant partout avec eux. Dans le ciel de Stan, un tandem passe en tirant une banderole où est calligraphié le nom de Nats. Il s'assied sur le bord du ruisseau et, après avoir pleuré un peu, il raconte cette histoire à Lothar qui l'écoute, le menton posé dans sa main.

Pendant ce temps nostalgique en haut d’une ligne à haute tension, Jonas continue de recevoir des ondes sous les recoins disponibles qui défilent sous ses pieds. Ceci est la manifestation du pouvoir de Lothar qui influe sur les lettres imaginaires lorsque celles-ci le permettent, comme lorsqu’elles s’adonnent aux plaisirs de la liberté. Jonas les écoute avec attention et continue de suivre le livre qui enfin avoue son appartenance à une noble lignée, avec mise en avant de sa particule élémentaire. Son véritable nom est De l’ignorance à la découverte d’une réalité interstitielle de la transduction dans le monde sublunaire de l’Antiquité à nos jours. Maintenant Jonas le surnomme Le Transe. Ils poursuivent leur vol dans un décor funèbre, slalomant entre les crachats rouges de la mitraille, les cadavres exquis et les charognes infâmes.

Dans un dernier transfert, des livres quittent une bibliothèque municipale vers la salle au pilon nucléaire. Le Transe essuie l’encre qui coule de ses lignes. Sa sincère tristesse insupporte Jonas qui décide d’intervenir quand le chauffeur s’arrête dans un café. Il lui paie tant d'express que l’homme se réfugie aux toilettes. Jonas "emprunte" les clefs du camion et fonce à l’extérieur de la ville. Il se gare sur un chemin de terre plaqué à la voie ferrée. Jonas ouvre les portes arrière et les livres se ruent sur lui, le coupe de leurs pages, le gifle, le font tomber et s’abattent sur lui avant de partir en quelques groupes. Le Transe parvient enfin à sortir de la poche de Jonas. Il sursaute lorsqu’il voit que trois d’entre eux sont encore là. Trop fragiles, ils sont restés sans bouger. Jonas essuie le sang qui coule de son nez et se redresse.



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auteurs : Desman, Fuligineuse

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