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Le dernier filtre à café

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Si j’avais été lui, j’aurais su partager mon bonheur avec Prose. Ce n’est pas un vulgaire dieu déterré qui m’en aurait empêché. Nous aurions été enfermés dans le coffre-fort de mes sentiments. Un des cent à disposition. Celui marqué avec le bandeau pourpre des hétérofictions. J’aurais cessé de passer ma vie à côtoyer des personnes par l'intermédiaire d'Internet sans jamais les voir, ni les entendre et je me serais rendu compte que Prose était ma voisine, celle à la maison blanche et aux fenêtres fantastiques, celle à l’orange à lèvre brilllant. Combien de débuts n’ont pas de commencement ? Je serais retourné attraper le dieu vermoulu et je lui aurais offert. Prose en aurait fait un million de cure-dents. Le dieu se serait transformé en rouge-gorge-garou qui ouvre une dent pour qu’on le respecte. Le temps nous aurait fui, et les soubresauts de la réalité virtuelle nous auraient offert un présent inoccupé en première classe.

Mais maintenant, la chance m'a échappé. Je lui ai couru après, pourtant, quand elle a traversé le pré en gambadant et disparu dans le sous-bois. J'ai pensé à appeler le sous-préfet, mais il était en sous-vacances et ses services en sous-nombre. Que des sous-fifres. Je me suis réfugié dans un sous-sol plein de sous-entendus. Il y avait là un accrochage de photos évidemment sous-exposées. Prose avait pris la clef des champs, bras dessus bras dessous avec la chance. Je me demandais si je la reverrais un jour et à l'idée de l'avoir perdue, mes larmes coulaient à flots. J'ai même dû sortir du sous-sol quand l'eau m'est arrivée aux chevilles. Je me suis assis sur un parapet, la mort dans l'âme.

Mes chaussettes amphibies ne suffisaient plus. J’ai creusé un puits sans fond pour y déverser mes larmes et j’ai quitté les lieux, des brins du dieu me piquaient le torse à travers le tissu de la poche de ma chemise. J’ai trouvé un bateau que j’ai volé sans scrupule. Il me fallait remonter le courant de mes larmes torrentielles. Derrière moi, le paysage se transformait. Le moteur du bateau céda après tant d’efforts. Sans me retourner, j’ai parcouru à l’envers mes dernières minutes, et le gouffre que j’avais creusé m’aspira. Je passais de bulle d’air en bulle d’air. Aucune ne montait. J’eus l’impression que cela dura des siècles.

Au bout de quelques siècles, en effet, le courant me rejeta sur un rivage désolé, comme une triste méduse. J'ouvris les yeux sur un soleil gris et je compris qu'il s'était, lui aussi, aspiré à l'envers. Autour de moi rien ne bougeait et il n'y avait personne. On n'entendait aucun bruit. Je commençais à me demander sérieusement si la fin du monde avait eu lieu pendant que j'étais dans le gouffre et si j'étais la seule personne à ne pas être au courant. Je n'avais aucun moyen de me renseigner, ayant perdu mes antennes rétroactives au cours de ma chute. Je me levai lentement, regardant autour de moi. Il me semblait impossible que Prose ait pu exister dans un univers aussi lugubre. Mais la seule chose qui pouvait me donner envie de revivre, c'était de partir à sa recherche.





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auteurs : Desman, Fuligineuse

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