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Le conte de Grimm, Ace

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À l'époque où j'ai connu Ace, c'était un jeune homme sans histoire agréable à vivre, à voir. D'aucuns auraient dit de lui : "C'est un chic type.". Il avait le cœur sur la main, prêt à aider dès qu'il le pouvait. Ce n'était pas pour rien qu'il s'était choisi ce métier-là : pompier - héros du quotidien, héros du peuple moyen -.

Il y aurait laissé sa chemise, si cela avait pu être bénéfique en quoi que ce soit. Ce grand brun basané qu'il était, rablé par dessus tout, voire tous. "Mon légionnaire".


Mais ce n'est pas sa vie professionnelle que je suis amené à vous conter. D'autant qu'entre temps, il en a changé. Quoique... C'est surtout sa vie personnelle, celle qui nous vaut ce conte, amer. En effet, si ce personnage emblématique, qu'il était, n'avait pas cessé d'exister, s'il était resté le même... mais à ce qu'il parait, avec des si, on refait tout un autre monde !


Ainsi lorsqu'il hérita, tous autour de lui se disaient qu'il l'avait bien mérité et que c'était bonne fortune. Mais, voilà, comme chacun le sait, l'argent, trop d'argent ne fait pas bon ménage...

Au début, il ne sût trop quoi en faire. C'était un don inespéré. On aurait pu croire qu'il en aurait fait usage pour le bien d'autrui. On aurait pu croire... mais comme je l'ai écrit plus haut, avec des si...


Un bonheur n'arrivant jamais tout seul, ce fut à cette époque qu'il connut Anita. Ahhh, Anita, ce petit brin de femme, brune, 1m65, dont je tairais les mensurations - après tout, on ne décrit et demande jamais la longueur de l'appendice charnel qui fait de l'homme ce qu'il est ; alors, pourquoi ne les tairais-je pas ? - ce petit bout de femme nous a fait rêver chacun, l'un après l'autre, voire tous en même temps. Mais ce fut Ace qui décrocha son cœur ; où Anita qui s'accrocha au sien. À savoir...

Au départ, nous étions tous prêt à jurer qu'ils n'étaient pas fait l'un pour l'autre. Jalousie ?! Ils étaient si ... dissemblables. Lui, si simple ; elle, si ... maniérée.

Donc, nous voilà avec un Ace heureux ; heureux en amour, heureux en argent. Que la vie peut être belle quand elle s'y met. "C'est bien, c'est beau, c'est...".


Le premier achat important fut : un appartement. 30m². Ca tombait bien, c'était dans ces années moroses pour le secteur du bâtiment. Prix peu cher.

L'entrepreneur, à qu'il s'adressa pour le retaper, lui fit remarquer : "Mais, pourquoi vous ne le coupez pas pour en faire deux studios..." Ce qu'il fit, après explications, et emprunts auprès sa banque.

Comme, il le disait lui-même : "Ainsi je dois 500 ?..." Et, c'est là où l'on se dit, Ace généreux n'est pas profiteur. On avait oublié le pouvoir de l'argent. Mais, pas Anita... "donc le premier locataire me rembourse l'emprunt ; quant au second, c'est pour ma paume !'.


Ce fut en lui, comme un déclic. On eut l'impression, qu'il avait manqué quelque chose toute sa vie. Il en devint... boulimique !

Donc, il acheta au fur et à mesure, plusieurs appartements, auxquels il appliqua la même stratégie. Rendez-vous compte, dès le troisième, il avait en poche chaque mois pour sa paume l'équivalent de sa paye de sauveur de l'humanité. Sur une période de 10 ans, tous les 2-3 ans, il augmentait ainsi son capital. Il devint plus que millionaire. Mais, qui allait s'en plaindre ?! Surtout pas Anita, surtout pas.

Il achetait donc des appartements à rénover, emprunter ce dont il avait besoin. Pensez-vous, Banque n'est bon préteur qu'au bon riche ! Et il y avait de quoi se retourner au cas où... Tant de biens immobiliers feraient tourner la tête à plus d'un banquier. Donc Ace achetait, coupait en deux et louait.


Entre-temps, le temps passait, Anita, fin stratège commercial, de ses conseils avisés, l'aida à créer une agence ... en biens immobiliers, pour sûr. Quoi de plus adhoc pour gèrer tout ce capital ! D'autant que cela permettait de générer d'autres rentrées financières ; certes des dépenses, mais aussi et surtout d'autres rentrées.

Sans oublier, le fait de pouvoir en vivre plus "agréablement", plus "confortablement" que la paye d'un sauveur, dont la plupart n'ont rien à faire et encore moins de gratitude.

"Tant qu'à faire..."


"Sous Toi(t)" tel était le nom de l'agence. Nom, au combien, évocateur qui implique la sécurité, la chaleur, et pourquoi pas la convivialité.

Malheureusement, le crédo du départ "Un toit pour tous", au fil du temps, s'est spolié. "Un toit pour tous" est devenu "Un tel, beh, c'est non, d'intermittent du spectacle qu'il est, on ne sait jamais si le mois suivant..." voire "Là, un couple... hum, intéressant... ils gagnent bien leur vie ; ohhh, dommage, ils ont un gosse (voire deux) ; beh, non, insaisissable si...".

Ainsi, petit-à-petit, l'homme aimable est devenu ogre affable ! Pour sûr, ce n'est pas fondamentalement qu'Ace est changé si radicalement, en peu de temps. Non, non, non... Anita, le temps, l'argent ont aidé... à le gâter ! "L'amour aveugle"

Néanmoins, quand il est géné par certains, certaines client(e)s, il cherchera toujours une façon aimable de rompre les intérêts. "Quitte à perdre... Mais, il ne faut pas le dire à anita, surtout pas ; elle le découvrira toujours bien tôt, bien trop tôt.".


Mais un jour, Ace n'était plus l'homme blanc qu'il était. Sous sa grisaille humaine, il s'était muré, limite renfrogné, et surtout renfermé. Par un jour de sa dérive, il reçut une injonction de la ville, signée par Préfet, pour insalubrité d'un appartement.

C'était dans un de ces quartiers, dits pauvres - ceux du bas peuple -. Une famille d'immigré qui vivait dans des conditions à peine nommables. L'appartement tombait littéralement en ruine... murs dégradés, dont les peintures salpêtrées auraient pu servir pour la poudre à canon.

Ils avaient un enfant ; lui gagnait à peine le smic, elle faisait des ménages à temps partiel. Ah, j'allais oublié, je ne vous ai pas dit ; lui, dans son pays, c'était une bête, un matheux, nivelé par le haut. Mais, il avait dû fuir ... fuir certains comportements, certaines exactions, certaines exagérations ... et se retrouver triste inconnu dans un pays, terre natale des libertés... individuelles.

De tristes inconnus pour des conditions misérables, sidérales, sidérantes, considérables.


Bref, le couperet sur Ace est tombé. "Et, deux fois plutôt qu'une...". Ainsi, le préfet l'invitait fermement par ordre judiciaire à reloger ce petit couple avec enfants, ailleurs. Mais Ace feignait de ne point entendre.

Et, il lui en coûta, et financièrement, et humainement. Un hasard en fit-il naître un autre ?! Sûrement, peut-être. Il en est que le fisc, lui-même, se mit à poser des questions. Et quand les services fiscaux se réveillent, ce n'est généralement pas bon... signe ! Et encaissent.

Ace, et Anita, avaient oublié l'impôt sur la fortune. Il fallait payer, et l'ardoise était lourde. Il fallut payer ... il dût en payer de sa personne.


Il paya en premier des dédommagements et intérêts auprès cette petite famille d'immmigrés. En effet, l'enfant était tombé malade. Les experts étaient unanimes, d'accord : "les conditions de vie..." - les dégagements de ci, les volutes poussiéreuses de là - coutèrent autant à Ace, et Anita.

Et dire, que tout cela aurait pu être évité... si Ace avait fait le nécessaire, le jour après lequel il y eut ces dégats des eaux, après lequel il fut remboursé par les assurances.


Ainsi, Ace perdit petit-à-petit tout ... toutes ses possessions ; sa personne ... banqueroute financière, banqueroute personnelle.

"Quand le navire coule, les rats..." Le jour où Anita le quitta, victime de sa dépression, dont elle n'en pouvait plus de vivre dans ses conditions... "Il était temps... que les chemins..." ... le jour où donc Anita partit, le juge du Tribunal de Commerce approuva sa liquidation judiciaire, fortement appuyé - de façon officieuse - par Monsieur le Préfet qui n'avait pas trop goutté la petite histoire immigrée.


Et savez-vous, qui fut nommé liquidateur judiciaire ?

Et savez-vous, qui fit la grimace ?


Au final, il y avait la honte ... la prison ... la démission. Ace s'était perdu ; et les murs qu'il avait construit ne lui ont étaient d'aucun pilier, même pas les siens, intimes.

Ace finit par regretter amérement le doux temps passé, l'emblème fantômatique sauveur à l'intérieur de ces autres murs. Il avait tout le temps d'y réfléchir.

Il avait tout le temps de faire la grimace sous ces nouveaux jours. "Tout le temps..."


--- fin ---

C'était le Conte de Grimm, ACE.


le 27 juillet 2003

à 4h du matin.



Auteur : EsteBaN Hache


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