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Le (procès-)verbal

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Dédié à mon ami Leverbal, mort au chant d'honneur.







Je m'insurge contre les profiteurs aux salons dorés dont les esprits s'empalent aux lustres d'où dégoulinent des restes de nos âmes fantasques. C'est ainsi que vos ancêtres ont commencé à s'enrichir de nos créations. Il m'en coûte de ne pas rédiger un pamphlet en bonne et due forme, efficace et irrévérencieux.


Je m'insurge donc contre les abominables droits d'auteurs et brevets d'invention entre lesquels je slalome pour éviter, à ce trop court texte, des blancs dus à la censure financière que vous nous imposez, Mesdames et Messieurs les amoureux des mots, les collectionneurs linguistes, les enfoirés du verbe, les accapareurs de nos pensées. Quoi de plus facile pour vous que d'acheter les droits d'un mot à l'instant même où vos pantins votent la loi qui autorise cet achat ?


Et puis merde à la légalité, je sais ce que j'encours mais j'utiliserai malgré tout des mots illicites, des mots que vous avez cru exclusivement vôtres. Vous saurez bien, vous ou vos avocats et les plus fébriles fonctionnaires de l'État, les retrouvez au premier coup d'œil tant cet exercice doit vous faire jouir, piégés que nous sommes, nous les sans-mots, les exclus du système langagier. Vous voulez nous réduire au silence, pire, à l'illettrisme, et nos enfants à l'analphabétisme. Vous avez créé cette milice privée qu'est la fille aînée de la sociétés des auteurs qui, déjà du temps de mes grand-parents, courrait après des royalties de lieu public en lieu public. De nos jours, vous avez eu l'auto-autorisation de placer dans nos appartements, micros et caméras reliés à ordinateurs afin de vérifier que le moindre de nos souffles, le moindre de nos gribouillis n'enfreignait pas la loi.


Cloisonner nos esprits chez nous ne vous suffit pas puisque tout à l'heure j'ai appris que vous voulez nous interdire de contourner vos lois liberticides. Ces langues que nous avons inventées et que vous ne comprenez pas, vont bientôt vous appartenir comme vous avez réussi à commercialiser l'eau, l'air, la culture. Vous savez bien que vous êtes les plus puissants et que les enfants des plus fervents d'entre nous se résignent. Chaque génération trouve, grâce à vous, un combat qui laisse les précédents au second plan et aide à leur réalisation.

Non, nous n'oublions pas l'eau, l'air et la culture que vous nous facturez chaque jour. Nous croyions que nous avions atteint la pire des situations. C'était sans compter sur votre imagination mercantile de haut vol et de bas étages. Ainsi dès à présent nous devons nous concentrer sur vos prochains brevets d'invention qui, j'espère, feront exploser votre ignominie. Ce qui m'écœure le plus c'est que vous n'ayez vous-mêmes sans doute jamais entendu le nom de Borges et de sa bibliothèque de Babel. Qu'il en soit ainsi, ce serait peut-être mieux ! Un de vos talentueux conseillers-artificiers chèrement payé a dû avoir un orgasme financier jamais atteint avant lui lorsqu'il vous aura lancé l'idée à voix basse, tout micro éteint.


Vous commandez, encouragez, provoquez et cautionnez, des atrocités indignes de l'estime que vous avez de vous. Des fuites dans vos services étaient évidentes devant l'ampleur de votre projet appelé BabelWords. Vous ne prenez pas de demi-mesure. Un logiciel d'une simplicité enfantine est donc chargé de trouver toutes les phrases possibles de toutes les langues existantes et des langues à venir afin de les protéger par de simples droits d'auteur à l'ancienne. Et comme la vitesse de calcul de votre super-ordinateur doit elle aussi suer et ne pas subir un changement de régime, vous avez déjà prévu de lui faire inventer de nouveaux alphabets et de nouveaux idéogrammes. Vous compilez des symboles vides de sens qui auraient pu être nos mots futurs, afin de nous interdire toute échappatoire.


Je suis dans le plaisir d'insubordination, Mesdames, Messieurs, de vous informer que nous les sans-mots, déclarons qu'il faudra nous tuer plutôt que de vivre sans langage. Et malgré les prescriptions nous en profiterons (chacun son tour) pour vous désappropriez de l'air, de l'eau, de nos cultures, et d'autres marchandises trop chères pour rester en vos comptes en banque.


Messieurs, Mesdames, si vous me poursuivez, prévenez vos gens d'armes, que je n'aurai pas d'armes et qu'ils pourront tirer. Envoyez la facture des balles à ma femme ou à mes enfants. Ils sauront ainsi que leur tour sera venu d'enfreindre la loi. N'oubliez pas par contre, que nous serons des consommateurs de moins. D'autres - la plupart - auront peur et vous payeront. Craignez notre rage lorsque, privés de langage parlé et écrit, plutôt que de devenir pires que des animaux, nous serons plusieurs milliards à être prêts à mourir comme des chiens !






Sur les murs de granit du Ministère des Brevets, on pouvait lire en lettre de sang :














copywant's














not



















dead !



































Texte en copywant et non signé par l'auteur non pas à cause d'une quelconque peur (je suis fiché) mais par principe et par plaisir.

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