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L'oeuvre de Pioj Sicre
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Une société secrète qui ne complote pas mais veut délivrer les kaydrümmgar de leurs illusions, voilà ma malédiction.
Ses membres le font progressivement pour ne pas nuire, ne pas bloquer les esprits. Ils interviennent en laissant des indices pour aider les Kaydrümmgar à découvrir presque eux-mêmes leur état de servilité. Le "presque" est essentiel afin d'éviter un remède pire que le mal.
Cette société secrète est née d'une femme qui transmit son secret de génération en génération. Si l'on appelle un grand-parent un parent de la 2e génération et un arrière-grand-parent un parent de la 3e génération, il s'agit de ma mère de la 28e génération, Aliopse Mirabelle Sicre, née en 1163. D'où tenait-elle son secret ? D'une certitude qui n'a cessé de se confirmer. Même ceux qu'y n'y croient pas finissent par admettre la vérité.
Nous, ses descendants, nous formons cette société secrète et connaissons peu d'entre nous malgré un signe distinctif qu'on nous tatoue à l'endroit où poussent les poils pubiens. J'admire l'oeuvre de mes ancêtres.
Surtout ma mère, la journaliste Garfunir Plizolle Iscer, épouse de Jakarim Sicre, qui dans l'un de ses articles a écrit un court passage parlant d'un sujet qui pourrait faire penser de façon indirecte et subtile à notre secret. Et mon grand-père qui s'est permis, en tant que traducteur, d'instiller une brève phrase qui passe inaperçue et qui donne à penser que l'auteur traduit en est bien le penseur originel.
Personnellement, je n'ai pas encore agi. Nous sommes des personnes quelconques. Seule notre mission d'aider les Kaydrümmgar à ouvrir les yeux nous rend originaux. Il m'est venu l'idée que si nous laissons faire le temps, notre famille finira peut-être par être mondiale, puis totale, c'est-à-dire que tous les habitants de la terre seraient nos descendants. Alors, le secret serait connu de tous.
Deux questions en découlent.
Faut-il que tout le monde soit au courant ou faut-il atteindre un nombre précis suffisant ? Il est évident que chacun doit savoir. La deuxième question est : Pourquoi, puisqu'il est possible de transmettre le secret à ses enfants, ne peut-on le transmettre aux autres, à ceux qui ne font pas partie de nos descendants ?
J'ai su répondre aussi à cette deuxième question. Il ne faut pas brusquer les choses. Il faut de nombreuses années de préparation et bien connaître la personnes à qui l'on confie le secret, devancer ses réactions, la préparer et même la conditionner pendant de nombreuses années par des détails à doses homéopathiques. Il n'est pas aisé de choisir, parmi ses propres enfants, ceux qui sauront et ceux qu'on laissera volontairement dans l'ignorance. Ceci est une partie essentielle de la malédiction. L’autre est de s'obliger à donner d'insignifiants indices de peur de briser le sceau d'une divulgation trop rapide et donc nocive.
Notre symbole est un mot qui tombe en ruine. Il ne lui reste plus que des parties inférieures des caractères qui le composent. Dans ma famille, il est évident que cela veut dire SECRET.
Un ou deux indices par personne et c'est le travail de toute une vie. J'en suis encore à chercher quelle sera mon œuvre.
- auteur : Desman
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