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L'ÉCRIVAIN est mort !
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- « — Un écrivain est mort ! Et alors ?
- — Il était plus qu’un écrivain, IL était l'ÉCRIVAIN !
- — C’est un drame pour l’humanité !
- — Pas pour l’humanisme !
- — Nous verrons quand nous aurons compris SON œuvre, peut-être qu’alors le commun des mortels aura découvert par lui-même les champs dont IL est le seul à détenir les secrets. »
- — L'ÉCRIVAIN est mort ! Vive les écrivains !
Extrait de Dialogue avec MOI-MÊME, texte où sont décrites par l'ÉCRIVAIN SES futures dernières heures. IL veut une belle dernière phrase à prononcer pour la postérité. IL prépare SES derniers mots. Après une sévère sélection, IL hésite entre deux belles sentences concluant SA destinée. Une fois ce choix effectué IL raconte sa vie passée au présent, IL se décrit à la fois extérieur et intérieur à LUI-MÊME.
Il essaie de placer son premier roman pendant cinq ans en vivant de plus en plus mal, puis est nègre d’autres écrivains pendant plus de vingt-cinq ans. À la mort de son commanditaire principal, ‘’son’’ éditeur lui demande et le contraint même à sortir de l’ombre et de risquer son amour-propre sur le devant de la scène littéraire. Il accepte à condition de pouvoir poursuivre son travail de sous-fifre en parallèle. Les premiers temps, son éditeur lui reproche de n’écrire que pour les écrivains. Personne d’autre ne peut vouloir lire ses livres. Après une période de seize ans, il se met à son compte.
Il crée une nouvelle contrainte oulipienne qui était présente à la vue de tous et qu’il est le seul à avoir saisi : la contrainte financière ! Certains l’appellent l’Irrétrécissable. Insulte ? Compliment ? Il s’en fout, il vit et écrit. « On ne définit personne par ses lectures, pourquoi me définirait-on selon mes écritures. »
Fort de l’adage « Succès n’est pas synonyme de médiocrité et insuccès de talent. », il ne cesse d’innover. Il est le premier à intégrer autant la technique publicitaire dans ses œuvres comme les plus grandes épreuves sportives avec des noms et des logos de marques à chaque page, en encart et dans les lignes de l’œuvre. « Rimbaud ne vaut rien ! », ne suffit pas à le dépasser. Pour sa plus grande honte posthume, Rimbaud est devenu académique. « Avec moi, il n’a pas écrit pour rien. Je recycle tout en tant que capitaliste de talent, même ma vie, même ma future mort. » Il écrit à la manière de, et connaît un succès qui s’auto-entretient. « Je ne vais pas jouer le poète maudit alors que je suis en bonne santé, qu’on m’aime et que je suis riche. Je n’ai pas à vivre mes histoires, juste les inventer et savoir les emballer en beauté avec des mots précis. »
Il crée une école des Belles Lettres où l’on apprend la technique littéraire, l’équivalente des Beaux Arts pour l’apprentissage des techniques des arts plastiques. La divise en est : « Les techniques, vous les apprenez, puis vous les contournez ou vous les améliorez. » Les élèves moins passionnés ne seront que critiques, exclusivement. Il crée des prix littéraires qui surpassent les autres en quelques années.
Il s'enrichit grâce aux bénéfices d'une double taxe du secteur privé qu'il instaure, la taxe sur la création ajoutée, payée à la fois par le client et par l'artiste.
L’écriture est un voyage, il aime changer de destinations. Il invente de nouveaux signes de ponctuation dont les points de décoration. Chambouler la grammaire, jeter les sens au dessus, casser la technique, donner vie aux mots. Même ses œuvres non fictionnelles affichent une virtuosité littéraire enthousiasmante. Il écrit, entre autres :
- De la distance entre l’artiste et ce qu’il prône
- Histoire de la critique de l’œuvre de Shakespeare
- Histoire des historiens
- Un monologue
- La mort est ton chemin, la vie ta peine
- Extérieur jour : Il part d’un lieu précis et tourne autour à l’infini en élargissant le cercle et en espérant que d’autres écrivains tourneront après lui autour de ce lieu imaginaire et décriront de plus en plus de pièces, d’appartements, d’immeubles, de maisons, de rues, de quartiers, de villes, de pays…
- Intérieur nuit : Une langue ce n’est pas seulement une langue de plus, c’est toutes les autres de moins. Un auteur riche qui désire plusieurs cerveaux miniaturisés pour satisfaire plusieurs sens en même temps, chacun étant spécialisé. Pour apprendre plusieurs langues, apprendre à jouer différents instruments de musique. Mais l’un des cerveaux, le naturel, reste le plus important.
Il n’hésite pas à faire appel à des employés dont il officialise le statut de nègre littéraire pour lesquels il instaure un droit à la retraite, des congés et quelques autres avantages en accord avec le droit du travail.
De nos jours, IL ne donne pas SON nom (personne ne le donne), non pas qu’IL soit anonyme, non pas qu’IL soit modeste mais parce qu’IL est tellement connu qu’IL n’a plus besoin de l’être davantage. IL parle de LUI à la troisième personne ou se vouvoie par respect tant SON œuvre est majeure à SES yeux, aux yeux des critiques et aux yeux du public. Tous L’appellent l'ÉCRIVAIN ! IL n’a pas une trop haute estime de LUI-MÊME, IL est conscient de sa haute valeur, IL n’est pas malade psychologiquement, IL est sain de corps et d’esprit mais ne se prend pas pour un saint qu’IL sait ne pas être. IL ne cherche pas la perfection, IL cherche à être et à rester le meilleur écrivain. Le plus lu ! Maintenant et après SA mort ! IL organise des combats littéraires d’un niveau mondial qu’IL sait médiatiser à souhaits et IL remet son titre en jeu régulièrement lorsqu’IL trouve un jeune à sa hauteur ou s’IL perçoit une étincelle dans des yeux d’écrivains.
- auteur : Desman
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