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Inventaire imparfait

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J'avais des nuits et des brouillards
Qui ne se confiaient qu'à moi
Deux lunes pendues à mes soirs
Jalousant le soleil tout bas
Deux ou trois chansons aux talons
M'apaisaient en sifflant mon ombre
Des fois qu'ell' se tir' pour de bon
Dans les ruines de mes décombres


J'avais des crayons de lumière
Qui faisaient les arcs-en-ciel bleus
Du ciel à repeindre la Terre
Tell'ment qu'ça débordait un peu
Des cartouches d'octosyllabes
Pour flinguer les alexandrins
D'un grand coup de tambour arabe
Avant qu'ils crèvent comm' des chiens


J'avais l'Espoir en bandoulière
Hissé sur un grand drapeau noir
Et quelques envies meurtrières
Bien planquées derrière un comptoir
Des flots de tendresse opportune
Prêts à enlacer bien au chaud
Chaque licorne d'infortune
Que j'entends cogner sous ma peau


J'avais de l'or dans les prunelles
Qui guidaient mes pas dans la nuit
Un sexe rasé de pucelle
Accroché au-dessus du lit
Une âme escaladant l'été
Qui s'enroulait au creux des ronds
Quand l'automne avait tant fumé
Qu'il manquait d'air dans mes poumons


J'avais le vent pour ramener
Les plus vieux souvenirs d'enfance
Et mes dix doigts pour bien compter
Tous les lendemains que j'agence
L'océan et ses chevaux blancs
Qui me remontaient en écume
Du fond de mon ventre d'amant
Chatouillé par six mille plumes


J'avais des rêves de désert
Qui moisissaient au vestibule
Les yeux qui s'inondaient de vert
Pour éponger les canicules
La rage au bout des baïonnettes
J'allais défricher les bastilles
Qui déprimaient dans leurs guinguettes
S'il venait à manquer de filles


J'avais Berlin, Prague et Moscou
Au fond d'une valise aphone
Les accents des quatre cent coups
S'en revenant de Barcelone
Le long couteau de l'Anarchie
Tranchant le brouillard et le pain
Comme l'on découpe sa vie
Pour mieux trier les lendemains


J'avais toi, toi, toi et puis toi
Pour regonfler ma propre vie
Tes bras, ton cul et tes émois
Où reposait mon alchimie
Ta mer je venais m'y baigner
Comme l'on plonge dans l'amour
Et j'y laissais un goût fruité
Qu'tu portais sur toi nuit et jour
Qu'tu portais sur toi nuit et jour
06/05/04






Auteur : Gérald Sédrati-Dinet

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