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Humanity Faircide
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"Manessa Fair" tel est le nom de cette ville-enfer, synonyme de tous les péchés qui m'ont amené jusqu'ici. Une de ces terres brûlantes où vos âmes ne réchappent qu'au jugement de vos choix, savamment guidés ... ou non.
Ces choix, d'instincts ; bon, mauvais. Que sais-je ?
Je suis à l'orée d'en faire un ; lourd de conséquence. Comme si de conséquences, il n'y en avait jamais, d'ailleurs...
"Nan, ne tirez pas Johny ; ne faites pas, cela. Pensez à votre gosse qui reste ... ne tirez pas !" : Entends-je de la bouche du marshal.
Il faut dire que j'ai le doigt pointé sur la gâchette de ce maudit flingue. Le doigt cranté, pressé d'en finir, de soulager la tension qui le nargue. Ce sentiment d'achever cette déchirante cavalcade et de faire payer à cet autre au bout du canon, l'aberration commise plus tôt.
10 Juin 2004.
Je m'appelle Johny "Walker", marié, père de famille, heureux dans mon foyer, heureux dans mon couple. Ma femme Vanessa était une de ces femmes actives, active au travail, active à la maison. Elle était grande, 1m75, brune aux cheveux longs, d'un tempérament doux et ferme à la fois. Cela faisait deux ans que nous étions ensemble, comblés pas l'arrivée de notre fils, Gilson. Un petit rayon de bonheur, plein de fraîcheur ...
J'éteins la télé ; j'appuie sur cette fichue télécommande.
J'en ai marre de ces télé-revues à deux balles, filmographies violentes, américanisées, qu'on nous dispense à l'entonnoir, façon canard gavé.
Depuis que ma femme est morte, je n'en peux plus ... et ces séries B ne font que m'exaspérer encore plus, sans parler de la douleur qui n'a de cesse de s'accroître à ces moments-là.
Il y a vraiment un temps pour tout.
Ma vie, avec elle, c'était un rêve, une joie, un plaisir quotidien, assez loin des réalités mondaines et autres civilités urbaines. Un rêve, un jour, devenu cauchemar, un temps ; indéfini ?
10 Juin 2004.
Le début de ma fin.
Un autre jour, un autre temps :
Ma femme allume son ordinateur, feuillette un peu le web, se prend à rêver de voyage, d'autres bouts du monde, différent du sien, différents du nôtre, histoire de changer. Sur un site d'annonces de jobs .com, elle remarque une offre d'un photographe qui recherche pour des publicités à émettre. A défaut de voyages, pour changer un peu, pourquoi pas se dit-elle ; et remplit les coordonnées nécessaires ...
puis oublie.
Quelques jours plus tard, son PDA qui sonne :
"Ouiii, allooo, Madame, ici Jan Lou Thurand. Je suis le photographe auprès duquel vous avez postulé. Êtes-vous toujours intéressé pour faire ces publi-photos ?"
"Bonjour. En effet ! J'avoue qu'entre-temps, cela m'était sorti de la tête."
"Avez-vous déjà un press-book ? fais des photos de com ?"
"Sincèrement : non. Mais vu l'accroche de votre annonce, et vu mes désirs de tenter autre chose, d'apporter un plus à ma vie professionnelle, je vous ai répondu."
"Ok, d'accord ; le mieux serait de se rencontrer, de se voir, faire une séance de pauses, puis de décider après quel chemin prendre. Pouvez-vous être libre mardi en quinze, vers quinze heures ?"
"Eh, bien, oui, cela doit m'être possible. Attendez, je vais vérifier dans mon agenda ... Y'a pas de soucis, je peux me libérer pour !"
"Faisons comme cela, je vous donne donc rendez-vous ce jour. Autre question : avez-vous un courriel que je vous envoie l'adresse et un plan pour m'y retrouver ?"
Hummm, prévenant, se dit ma femme, sympathique et chaleureux, c'est rassurant...
"Je vous donne ça, c'est job.vanessa@walker.com."
"Bon, sur ce, je vous souhaite une bonne fin de journée."
"Vous aussi, merci."
Le soir, j'arrive tranquille. Elle se précipite à mon cou, et me susurre :
"Tu ne devineras jamais qui m'a appelé !?..."
"Voyons voir, ton amant ?"
"Hummm", mûrit-elle, "arrête un peu tes bêtises !"
"Ton photographe ?", lui dis-je, lui coupant la parole.
"Oui", me dit-elle, trépignant, sautant de joie sur place.
"J'ai rendez-vous avec lui mardi en quinze. Il veut faire un essai, quelques prises et voir si je correspond à ces attentes, ces besoins."
"C'est une bonne chose pour toi. Tu vas pouvoir faire la belle, jouer ta star, apparaître, mille paillettes..."
"Blablabla, arrête un peu, sois joyeux pour moi ; puis de toute façon, on verra bien. C'est juste pour changer un peu, faire autre chose, rien de bien sérieux. Ne t'inquiètes pas."
"Mais, je suis content, content avec toi, content pour toi. C'est bien, ma chérie. Si ça te fait plaisir, alors tu m'en vois heureux. Tu le sais !"
Heureux, oui, je l'étais pour elle.
Voir ses yeux briller, cette joie, ce petit feu qui l'animait à cet instant aurait réchauffer la planète, en son entier, sans ciller. J'en suis sûr, cela aurait du être, ainsi, sans autre compromis.
En tout cas, la voir ainsi me faisait du bien, c'est certain.
Le mardi arriva, ses quinze heures aussi.
J'avais décidé de l'accompagner et de voir ce qu'il en était. Je voulais m'assurer que tout paraissait correct.
Sur place, au moment d'entrer, sort une égérie sur qui nous nous retournons tous les deux.
"Jolie blonde ; c'est une fausse !", me dit ma femme, "en plus, elle a des implants".
"Ehhh, tu m'écoutes ; arrête de baver-là !"
"Mais, euh ... je ne baves pas, déjà ; j'admire ..."
Ces mots "implants" me faisaient dire ce que pense tout homme : que les femmes sont bien jalouses, limites fielleuses, quand leur homme en regarde une autre ; et ce, que ce soit avec ou sans insistance, c'est toujours le même style de réflexion.
Voilà les miennes au moment où nous entrions dans le cabinet de ce photographe, et qu'elle en sortait, elle.
Monsieur Thurand fourmillait autour de ses divers appareils, pour régler la luminosité ambiante. A le voir bouger, et l'entendre, il était clair que c'est un européen, peut-être italien, voire espagnol, le teint bronzé, le visage carré, la voix un peu chaude.
"Madame Vanessa", s'exclama-t-il enthousiaste, "bonjour, comment allez-vous ? Vous avez trouvé facilement, n'est-ce pas ?"
"Bonjour" répondit ma Vanessa "oui, oui, en effet ; très facile d'accès ; assez simple à s'y retrouver !"
"Je vous présente mon mari."
"Bonjour !" dis-je ; à quoi, il me répondit par un signe de tête, me regardant un peu bizarrement, les yeux légèrement plissés.
"Ca ne vous dérange pas que je reste un peu ?" demandais-je.
Et lui de me répondre : "Non, non, pourvu que vous restiez à distance raisonnable, que je puisse évoluer librement, mieux, tranquillement."
"Vous pouvez même vous installer là-bas", me montrant un canapé en cuir, tanné, trois place, et une table où il y avait des rafraîchissements déjà prêts.
Ceci dit, il commença sa séance de photos :
Au photographe, ma femme se soumit. Il l'a mit en confiance, fit en sorte de tirer le meilleur d'elle ; pas difficile, juste un peu gauche. Elle se détendit rapidement, prit ses aisances, et resplendit sous le feu du flash que projetait l'appareil.
A chaque prise, je la vis évoluer et se laisser flamber, s'épanouir ... Une fleur qui respire à la chaleur d'un soleil à midi.
La séance dura jusqu'à 20 heures.
La soirée avancée, au lieu de galère pour se faire à manger, je l'invitais au restaurant.
"Aux milles gourmets", petit palace à trois étoiles, grand plat, petite fournée. Succulent, rien à dire.
Puis, finir la soirée entre quatre yeux, l'instant d'un câlin, langoureux, tendre et terriblement sexuel.
Une semaine passa ...
ma femme reçut un nouvel appel :
"Bonjour, c'est monsieur Thurand, le photographe"
"Bonjour !", répondit ma femme.
"Dites-moi ; après avoir développé vos photos, je les ai montré. Elles ont intéressé une agence de presse, qui nous propose de faire de la pub pour une marque de parfum. En gros, le contexte se positionne dans un véhicule de haute gamme afin de promouvoir un parfum doux et sensuel. Ce qui m'apparaît convenir à votre tempérament ..."
"Vous êtes toujours intéressée ?"
"Oui, ça devrait être intéressant, en effet".
"Cela aurait lieu, quand ?..."
"Il faudrait commencer la semaine prochaine. Pouvons-nous nous voir dès lundi ? à ce propos, le rendez-vous aura lieu dans un studio de cette agence de presse.";
"Faisons en sorte", répondit ma femme.
"Je vous envoie sur votre mail le planning organisationnel, le lieu de rendez-vous et un exemplaire du contrat. Vous me confirmerez après lecture de ces documents !"
"Vous confirmez quoi ? Que je suis d'accord ? Y'a pas besoin, puisque je vous dis oui !"
"Je vous envoie quand même les documents."
"Très bien, on se voit donc lundi prochain. Bonne fin de journée.", sur ce, elle raccrocha.
Une heure après, elle reçut dans sa boite mail le courrier qu'elle ne lut qu'en fin de soirée.
A l'heure où je rentrais à la maison, je la trouvai devant son ordinateur. Je lui fis un bisou dans le cou, puis elle se retourna pour m'annoncer la dernière, qu'elle était en train de lire les divers documents envoyés.
"Quel dommage ! Cette fois, je ne pourrais pas venir te soutenir !"
"Ce n'est pas bien grave. Je te raconterais tout ça, en rentrant. Par contre, cela me fait dormir sur place le soir, et je rentrerais le lendemain."
"Oui, en effet", dis-je un peu dépité ... pas très heureux de passer une nuit, tout seul.
Elle, voyant ma mine s'allongée, me dit : "Ne t'inquiète pas pour moi, et puis, une nuit, ça ne te fera pas de mal, loin de là"
"C'est sûr, c'est sûr !"
Puis, nous passâmes un week-end tranquille, dans notre maison de campagne. Histoire de prendre l'air et de se rafraîchir les neurones.
Le lundi arriva, Vanessa partit.
En s'en allant, elle me fit un tendre bisou, et me dit : "J'y vais !"
"Je t'appelle ce soir, promis. Et, ne t'inquiètes pas ..."
Il lui fallait prendre le métro, ce qu'elle fit, avant le train.
La journée passa.
Je me souviens avoir eu du mal à m'appesantir sur mon travail, trop l'impression d'être comme un lion en cage ; un méchant ressenti de danger sourd, guettant la moindre inattention d'une proie, fictive mais apeurée.
La journée passa donc, et la soirée vint.
Rien de particulier ne survint, rien !
21 h : Le téléphone retentit.
Ma femme, au bout du fil : "Coucou, mon chéri !"
"Ahhh, je suis fatiguée. Je n'en peux plus. Tu n'imagines pas comment ça peut être crevant de se faire flasher toute la journée !"
"Euhhh, non du tout !"
"J'ai dû me changer plusieurs fois, adopter des postures aguicheuses, me tourner dans tous les sens. C'est vraiment éreintant".
"Et toi, comment vas-tu ?" finit-elle par me demander.
"Bof, rien d'intéressant. J'ai l'impression d'avoir une journée bien morne à côté de toi ... sans toi. Enfin, bref, vraiment pas grand chose."
"Bien, tu rentres demain matin, comme prévu, n'est-ce pas ?"
"Oui, mon chéri ; s'il n'y aucun soucis, je serais là pour manger avec toi, à midi."
"Bien, bien, bien..." répondis-je songeur.
"Bon, mon chéri, je vais maintenant passer à la toilette, puis me coucher".
"Hummm, je viendrais bien avec toi ... à la toilette !"
"Hihihihihi, petit coquin. Tu ne serais pas en manque, toi ?"
"Euhhh, non, mais ..."
Le reste faisant partie de notre intimité de couple, vous m'excuserez du manque de partage.
Nous finîmes par rester ensemble une petite demi-heure au téléphone, après quoi, nous allâmes chacun de nos côtés, nous reposer.
Le lendemain matin, je ne sais pas pourquoi, je me sentis en pleine forme ; toute la matinée, je fus conquérant, résolvant les tracas professionnels qui s'étaient présentés, et réglant les autres détails à résoudre.
La matinée passa vite, très vite. Midi était là, je m'en rendis compte au moment où ma montre sonna.
Ma femme n'était pas là !
J'attendis une demi-heure, fis à manger, patientai encore un peu. Elle n'était toujours pas là ; elle n'arriva pas !
J'appelais une fois son portable, deux fois, elle ne répondait pas. Je me connectais au web, regardais les horaires de train, de métro.
Elle devrait être là.
Je consultais ma messagerie, au cas où elle m'aurait laissé un message. Rien !
Absolument rien, de rien.
J'appelais les services concernés, savoir s'il y avait eu des retards. Rien !
Toujours, rien.
Ma femme n'était pas là, n'était pas ailleurs.
Elle avait disparu, et rien n'y faisait à essayer à la joindre.
Toute l'après-midi, je m'y étais acharné. Rien.
Je me dis qu'elle avait loupé son train, qu'elle finirait par arriver, qu'au soir elle serait là ; qu'elle m'expliquerait pourquoi elle ne m'avait pas contacté, pourquoi elle n'avait pas pu m'informer. Mais toujours rien.
La nuit tomba.
Il fallait que j'explique à notre fils qu'il n'y avait rien de grave, que maman serait là, sûrement demain : "C'est promis ..."
De ce genre de promesse que l'on veut rassurante, et ô combien on regrette après coup de l'avoir faite.
Rien.
Expliquer un fait, une "vérité" à un enfant alors qu'on ne sait rien, qu'on n'en sait rien ... c'est lui mentir, pour rien.
Rien, de rien.
C'est un sentiment effroyable qui vous monte, prend la gorge, que vous combattez, refoulez ; mais, c'est là, parce que contre rien, l'imagination
s'affole, s'emballe, créée ses réalités qui n'ont de bonne que la hantise de votre esprit.
Le rien, c'est le vide, qui vous tenaille ; et nos esprits n'aiment pas le vide !
Rien.
Le lendemain matin :
"Maman n'est toujours pas là !?", demanda notre fils.
"Non, mon petit. Toujours pas. Mais je vais aller la chercher ; je vais faire le nécessaire pour la retrouver."
"Elle est partie, dis Papa, elle reviendra Maman ?" me demanda Gilson : "Dis, elle reviendra ?"
"Mais, oui, mon fils. Papa va aller la chercher."
Puis, je l'emmenais à l'école : "Ce soir, c'est mamou qui viendra te chercher ; ok ?!"
J'appelai mes parents, leur expliquai, et leur demandai de s'occuper de leur petit fils.
Au boulot, j'expliquais à mon patron la situation, lui demandais la journée, qu'il ne me refusa pas, comprenant de toute façon que ce n'était pas la journée pour être efficace.
Puis, j'allais à la police.
Je fus reçu par deux "trouffions" qui me dirigèrent vers deux inspecteurs ; ceux-ci avaient l'air passablement surchargés de boulot, au point de se faire chier, tapant des doigts sur le bureau.
Mon histoire était pour eux du même acabit ... chiante !
"Revenez nous voir quand quarante huit heures de délai se seront passées."
"Et, vous êtes sûr que vous ne vous êtes pas disputés, que cela n'en serait pas la raison ? qu'elle n'est pas allé voir ailleurs ?", riant sous cape, et se lançant des clins d'œils, comme si l'infidélité était forcément le lot de tout un chacun, la réponse aux "ennuis" de tous les couples.
Je sorti du lieu de police, furax, en trombe, claquant la porte. J'étais hors-de-moi de voir ces deux abrutis faire si peu de cas de mon histoire, et d'émettre ces sous-entendus, si lourds de sens. Si seulement, ils avaient eu raison ; mais ce n'était pas le cas, loin de là.
Au premier bar, je m'arrêtai, commandai un bayley, avalai un café, finissant par une eau.
Le mélange bayley-café est toujours aussi bon ; quant à l'eau, c'est pour se rincer la gorge et relever les dernières saveurs.
De retour, pour le midi, j'en discutai avec mes parents, de l'attitude de ces deux "blaireaux".
Et, mon père de me sortir : "Mais, tu sais, moi à ta place, j'irai voir la gendarmerie ; ce genre de faits, eux, ils le traitent avec sérieux."
Cette idée-là, à peine entendu, n'eut pas le temps de faire son chemin. Je lâchai ma cuillère, sortis assez vite, montai dans ma voiture et me dirigeai vers le poste de gendarmerie.
13 h : A la gendarmerie.
"Bonjour, je voudrais vous signaler la disparition de ma femme. Cela fait plus de quarante heures que je suis sans nouvelle !"
"Et, qu'est-ce qui vous permet d'affirmer qu'elle a disparu et non pas autre chose ?" me demanda un des gendarmes, m'invitant d'un geste à m'asseoir.
Alors, je leur expliquai la situation ; du photographe au dernier appel que j'eus avec elle ; des renseignements auprès les diverses sociétés de transport.
"Et, vous avez essayé de voir en hôpital ?" me demanda-t-on !
"Euhhh, pardon ; ça ne m'est pas venu à l'esprit !".
En effet, cela ne m'était même pas venu à l'esprit. Je n'avais pas imaginé que ma femme aurait pu avoir un accident, et en être hospitalisée.
J'avais du mal à y croire ; mais, quelque chose me disait que ce n'était pas le cas : "Et, puis ne m'aurait-on pas contacté ?"
"Pas forcément, mais on va se renseigner à tout hasard ..."
A ce moment-là, je reçus un appel : "Oui, allô, je suis monsieur Ravat ; je fais partie de votre banque. Je voudrais savoir si c'est normal que vous ayez retiré la somme de 2500 euros, ce matin."
"Euhhh, pardon ... Combien ? 2500 euros !"
"Mais, je n'ai jamais retiré cette somme."
"Mais, si, votre femme est passée dans une de nos succursales et a obtenu ce montant."
Je regardai les gendarmes, ahuri ; je n'y comprenais plus rien.
Je répondis : "Attendez, je suis à la gendarmerie. Ma femme a disparu depuis près de 40 heures. Je n'arrive aucunement à la joindre. Rien. Et, vous me dites qu'elle aurait retiré ce matin, deux mille cinq cents euros."
Un des gendarmes demanda à parler à mon interlocuteur : "Bonjour, dites-moi, vous avez bien des enregistrements vidéos dans votre succursale. C'est la gendarmerie, là. Nous allons enquêter sur cette affaire. Vous pourriez nous montrer cela, n'est-ce pas ?"
"Ca devrait pouvoir se faire ..."
Après quoi, les gendarmes me posèrent un tas de questions sur nos relations de familles, sur les circonstances exactes du dernier appel, sur la corpulence de ma femme, des détails humains et relationnels, en fait. En fait, un tas de détails quotidiens et limites indiscrets. Ils voulaient aussi voir l'ordinateur maison.
Au bout de trois heures de discussion, vers 16 heures, je sortis de la gendarmerie.
Deux gendarmes prirent un véhicule et me suivirent jusque chez nous.
Là, je leur montrai la machine informatique, à laquelle un des deux se connecta. Il passa une heure à relever quelques informations, à lire les courriels de discussion avec le photographe ; période pendant laquelle je cherchai une photo récente de ma femme, me fit un café, leur en proposai, et leur tendis ladite photo.
Peu de temps après, ils me laissèrent seul ; je décidai alors de finir la soirée chez mes parents.
10 Juin 2004. Il est midi.
"Nous avons retrouvé votre femme, monsieur Walker" me déclara un officier gendarme devant l'entrée de ma porte.
"Veuillez venir avec nous !" me demanda l'autre.
"Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il y a ?"
"Votre femme, on l'a retrouvé ... morte ; on l'a retrouvé ... dans le coffre, dans la voiture du photographe. On aimerait que vous nous suivez ... à la morgue, reconnaître le corps de votre femme !"
"Maman garde donc Gilson, je reviens !"
A la morgue, c'était bien ma femme, tuméfiée, blessée, morte, réfrigérée, froide. L'amour de ma vie ... déchiré, tué.
Le meurtrier : le photographe.
La femme qui avait "ponctionné" 2500 euros n'était pas mienne.
La blondinette fatale, au sortir du cabinet du photographe était celle qui avait sorti l'argent. C'était bien elle qui tenait la soi-disant agence de presse.
C'était en fait la complice du photographe.
Le lundi soir, après avoir raccroché, ma femme s'apprêtait pour passer la nuit tranquille, dans son hôtel.
Vers 22 heures, un écho sourd frappa à sa porte.
Une voix de femme l'appela et lui demanda d'ouvrir : "Vanessa, c'est Janet. Je suis avec Jan Lou.
Ouvrez-nous ; nous avons emmené une bouteille de champagne pour fêter notre travail ensemble."
C'est ainsi qu'ils purent entrer.
A peine dedans, le photographe gifla ma femme. Déséquilibrée, surprise, elle se cogna la tête. Il l'a traîna sur le lit.
Pendant ce temps, elle, elle fouilla le sac à main de ma femme, attrapa sa carte Master et s'assit tranquillement sur un des fauteuils.
Il ouvrit la bouteille de champagne, en fit couler sur la face de ma femme, pour la réveiller.
Elle se réveilla péniblement, endolorie d'un mal de crâne naissant à la tempe.
"Que me voulez-vous ? Pourquoi ..."
"La ferme ! Donne-moi ton code"
"Quel code ?"
"Ta carte bancaire, voyons ..."
"Ma carte ? Dans le sac ...", et ne put finir sa phrase.
Il lui décocha deux, trois, quatre gifles dans la tête.
"Te fous pas de moi. De toute façon, tu me le donneras, puis tu crèveras. C'est tout, c'est juste ton histoire ; la fin de ton histoire !"
"Va te faire ... je ne dirais rien".
Ils étaient mal tombés, ces deux là.
Ma femme était douce, aimable, agréable mais elle ne supportait pas la contrainte brutale.
Elle détestait à ce point la violence qu'en elle devenait ... incontrôlable, rebelle. Elle était fière.
Sa fierté finit par la tuer. Il l'a tapa avec ses poings sur le thorax, les côtes, le bas-ventre, et au visage pour finir, emprunt d'alcool qu'il était.
Janet, pendant ce temps, prenait des photos du corps de plus en plus tuméfié de ma femme.
Elle rigolait.
Ma femme n'en pouvait plus. Elle cracha dans un sanglot vermeil les quatre chiffres fatidiques, en demandant à ce que cela cesse et s'arrête.
Ce qu'il fit, en lui envoyant un dernier coup de poing dans le nez. Un morceau de cartilage se détacha, directement dans le cerveau, la tuant sur le coup.
Ils restèrent là, une demi-heure, à finir la bouteille, rigolant ensemble de leur méfait sanguinaire. Puis, ils l'enveloppèrent dans les draps, sur lesquels il la tua. A deux, ils la jetèrent par la fenêtre du sas arrière dans le couloir, et redescendirent tranquillement par l'entrée.
Ils emmenèrent sa voiture, à lui, jusqu'à la ruelle où le corps meurtri de ma femme se trouvait. Puis, toujours à deux, la mirent dans le coffre, laissant un bout de drap dépasser, sans s'en rendre compte.
Ils rentrèrent chez elle, laissant la voiture au coin de sa rue, à elle.
Là-dessus, ils trouvèrent le moyen de faire l'amour, de « s'envoyer en l'air », tenus, tendus par les tensions extrêmes qu'ils venaient de vivre.
Le mercredi, ils avaient flemmardé au lit, s'étaient levé avant midi, et n'avaient rien foutu de leur journée. Ils en avaient oublié le corps de ma
femme, qui pourrissait dans la voiture.
Elle était sorti, juste avant midi, pour se rendre dans la fameuse succursale où elle préleva les fameux deux mille cinq cents euros, se faisant passer pour ma femme. En rentrant, elle se paya pour tous les deux, un repas frugal et s'acheta un parfum. Au total, elle dépensa 150 euros.
Cent cinquante euros sur deux mille cinq cents ... c'était tout !
Le lendemain, le jeudi au petit matin, les gendarmes les cueillirent sans soucis. Ils passèrent devant la voiture, et comprirent au linge dépassant ce
qu'il y avait dedans. Dans la foulée, le photographe et sa complice furent arrêtés. Leur jeu naissant, macabre prit fin ainsi.
Jeudi 10 Juin 2004.
Et mon monde, à moi, s'écroula.
Les détails que me racontèrent les gendarmes me paraissaient aberrants, limite hallucinatoires. C'est sûr, c'était un mauvais rêve, un cauchemar ; ça ne pouvait pas être que cela. Et, pourtant ... non, cela n'était pas !
Ma femme était là devant moi, devant mon regard ; elle était froide, dure.
C'est cette image que je garde encore, devant mes yeux, chaque nuit où je ferme ceux-ci.
Savoir que ces assassins étaient sous cloche ne me satisfaisait pas.
Ce n'était pas juste.
Ca ne pouvait l'être.
Le samedi suivant nous enterrâmes ma femme. C'était en soi très douloureux mais ça l'était encore plus, voir notre fils en pleurs, déchiré était d'une cruauté absolue.
C'est poignant, violent, déchirant.
« A ma femme, que nous avons tellement aimé. Cette histoire d'amour a cessé de durer. Mais, elle restera en nous, comme un sourire sacré, ancré en nous. » Telle était ce long épitaphe que nous avons laissé écrire sur ce marbre funéraire.
Nous avions la maigre condoléance de savoir ces deux assassins en prison, de savoir que ces deux pervers humains auraient leur première instance judiciaire dans, au moins, un mois.
Pendant un mois, je me battais avec moi, avec mes sentiments.
Pendant un mois, je cherchais à soulager ma peine, celle de mon fils.
Je repris un entraînement sportif conséquent ; tous les jours, j'allais courir, je rentrais au stand de tir ou je partais en vélo. Il fut un temps, j'étais un
sportif accompli. Chaque fois, chaque jour où j'étais au stand, à m'entraîner au tir, je m'imaginais en train de lui mettre une balle dans la tête, en plein
cœur, de lui déchirer le ventre, les intestins, la rate, son sexe :
« Autant de balles que de coups que tu lui a donné, autant tu prendras ! » ;
et, autant ils en prenaient lui ou elle. C'était selon mon humeur du jour. Selon mon humeur du jour, c'était un autre parcours envisagé, créé, refoulé, expiré ...
Cela dura un mois.
Puis le jour fatidique arriva.
Au tribunal, nous devions le retrouver. Mon fils Gilson devait arriver avec mes parents, à part. J'étais à la bourre, en retard.
Il ne prit pas l'idée à ces deux abrutis de tenter à s'évader, à s'échapper.
Personne ne comprit exactement comment ils firent.
Elle, Janet, fit à peine cent pas. Une balle l'a faucha en plein cœur, elle s'écroula. Les gardiens bousculés avaient un peu tardé à tirer. Ils s'étaient assurés de ne voir personne d'autre dans la rue pour viser. Elle tomba net et ne se releva pas. Lui continua de courir, une balle dans l'omoplate ; hors de portée, souffrant, pourchassé, il courrait quand au détour de la rue où je m'engouffrais, je faillis le percuter.
Je le vis, comme au cinéma, au ralenti, le reconnu instantanément, le vit passer, se cogner à mon aile avant, trébucher légèrement, se relever et continuer à courir. Je fis demi-tour, parvins à sa hauteur, le percutait, ouvris la porte et lui dis : « Monte dans la voiture ! »
Il voulut résister ; je lui décochais alors une bonne droite dans le plexus. En deux, trois mouvements, je l'aida à se relever, ouvris la porte passager avant et le jeta dans la voiture. Puis, j'appuyai sur le champignon ... pour l'emmener sur la tombe de ma femme.
Durant tout le trajet, il faisait tête à tête avec l'arme fatidique :
« Pitié, ne me tuez pas ; je vous donnerai de l'argent. Emmenez-moi où vous voulez, libérez-moi et je vous paierai. Pitié ! »
« De ma femme, tu en as eu pitié ? Espèce de sale crétin, tu en as eu pitié d'elle, ce fameux lundi ? Oui ou non ? »
« Je ne crois pas que tu en aies eu pitié. Tu t'en foutais, même ; à ce qu'il paraît, tu buvais du champ, et rigolait avec ta nana sur son corps. »
« Tu mérites de crever, sale pourriture. »
« Je vais t'emmener, oui ; oui, je vais t'emmener voir quelque chose. Tu vas voir où ma femme est enterrée, et c'est là que moi, je vais te liquider ! »
« Mais avant, tu me demanderas pardon, tu me supplieras de rester bon, tu te mettras à genoux pour garder le don de ta vie. »
Nous arrivâmes en trombe dans le cimetière où elle résidait à jamais, suivi de très, très prés par les véhicules de police. Durant le trajet, j'avais bien vu le reflet de leurs gyrophares, l'ombre de l'hélico qui nous survolait, mais j'étais prêt à mourir pour cela. Quand ils arrivèrent finalement près de nous, il était à terre, à genoux sur la tombe de ma femme. Je venais de lui décocher un droit direct dans la mâchoire. Sa tête percuta le marbre ; sa tête où je voulus imprimer l'épitaphe entier, à coup de crosse du flingue que je tenais ferme dans la main.
Il ne restait plus qu'à armer celui-ci, à enlever la sécurité, le doigt déjà définitif sur la gâchette. Au moment où je commençais à l'armer, j'entendis la voix du marshal, comme un rappel des ténèbres vers la liberté, comme une main tendue pour me sortir du cauchemar qui était entrain de se tisser.
« Non, ne tirez pas Johny ; ne faites pas cela. Pensez à votre gosse qui reste ... ne tirez pas ! »
J'eus une seconde d'hésitation, pendant laquelle je pensais à notre Gilson, qui resterait seul, sans mère, sans père. Une seconde d'hésitation qui faillit me coûter la vie.
Devinant cette faiblesse, le photographe se releva, me bouscula et essaya d'attraper l'arme. Mais il n'eut guère le temps de faire quoi que ce soit d'autres. Deux, trois agents étaient sur lui, le plaquaient au sol et le tenaient fermement.
Un des inspecteurs ramassa l'arme que j'avais précédemment dans la main et me dit :
« Allez Johny, maintenant c'est fini. Soyez tranquille, nous veillerons bien mieux sur lui. Votre femme peut être fière de vous. Vous venez de passer une épreuve très lourde de sens. Mais vous n'avez pas passé le cap. C'est heureux !»
Oui, c'était la fin, en effet.
J'avais déchargé toute ma haine, toute ma rancœur. Mais, je ne m'étais pas sali. Je pouvais continuer à me regarder dans une glace, à vivre, et surtout, surtout à élever mon fils, Gilson, un peu plus serein, un peu plus en paix.
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C'est loin d'être le cas de tout le monde ; bien loin.
Et, combien sommes-nous encore à pouvoir affronter les démons de la terre ? à surfer sur les péchés de nos villes, tout en restant saint d'esprit ?
Oui, combien ?
« Manessa Faircide », tel est le nom de cette ville-enfer, synonyme de tous les péchés qui m'ont amené à vivre ... à partir d'ici ...
Le 11 Juin 2005
A 2 h 11.
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