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Histoire de Marguerite Tiercelan
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Marguerite Tiercelan était née à Anizy-le-Château, village proche de Laon et de Lectoris, en 1295. Elle était la plus jeune des filles de Bertrand et Marie Tiercelan, qui avaient six enfants, trois garçons et trois filles. La famille Tiercelan était une lignée de tisserands, apparentée de loin à celle des Jarnisse, originaires de Bourguignon-sous-Montbavin, à une lieue et demie de là. On racontait à la veillée que quelques années auparavant, Bertrand Tiercelan, parti livrer une pièce de drap dans un village voisin en traversant une forêt, avait été suivi par un grand loup gris auquel il avait parlé tout le long du chemin, et qui ne lui avait fait aucun mal. Le tisserand y avait gagné la réputation d'être quelque peu sorcier, et certains le craignaient pour cela. En fait, c'était un homme très doux, silencieux et secret.
Devenue une des plus jolies filles du village, brune aux yeux bleus et aux épaules rondes, Marguerite était très recherchée par les garçons. Elle était très liée à celui de ses frères qui était le plus proche d'elle par l'âge, Jonas, qui travaillait comme apprenti meunier chez Marie du Moulin. Jonas était depuis l'enfance l'ami inséparable des cousins Burlin, Pierre et Mathieu. Très vite le trio avait aussi englobé la jeune fille et aux fêtes du village, elle ne dansait qu'avec eux trois, son frère et les deux copains/cousins. Pierre aimait par dessus tout ses cheveux mousseux qui ne tenaient pas attachés par leurs rubans, et Mathieu son rire cristallin comme les clapotis du ruisseau au printemps.
Mais le vert paradis des amours enfantines n'est pas destiné à durer, et un jour d'été Pierre et Mathieu, après s'être âprement disputés à qui méritait mieux l'amour de Marguerite, décidèrent de demander à la principale intéressée de trancher. La jeune fille, indécise, leur dit alors qu'elle ne souhaitait pas se prononcer immédiatement. Ils devaient rester tous les deux à son service, pour ainsi dire, et au bout d'un an elle leur dirait son choix. Ainsi fut fait, mais à mesure que l'année passait, Pierre devenait de plus en plus sombre et maussade, sans pouvoir s'en empêcher ; il savait bien qu'ainsi il gâchait ses chances auprès de Marguerite, mais il était incapable de résister à ses humeurs noires. Mathieu, stimulé par la compétition, se montrait empressé et inventif, et Marguerite qui avait toujours eu un faible pour lui, sans vouloir l'avouer, sentit cette inclination croître et embellir. Ainsi l'année d'après, ils se réunirent tous les trois près de la grange, tandis que Jonas les attendait un peu plus bas sur le sentier ; et Marguerite, sans mot dire, noua ses bras autour du cou de Mathieu et posa la tête sur son épaule. Pierre s'enfuit en courant dans le bois voisin pour cacher son chagrin et ne revint au village que le lendemain matin.
L'année d'après, Mathieu et Marguerite se marièrent à la saint-Jean d'été, on était alors en 1317.
auteur : Fuligineuse
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