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Histoire d'oeil

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Vous n'avez pas idée
Du monde qui vit
De l'autre côté de mes paupières
À toi
Je dirai
Je te raconterai
Ces couleurs
Que je ne sais même pas
Placer sur l'arc-en-ciel
Ces danses dénudées
Qui doivent être espagnoles
Tellement le soleil
Orchestre leur musique
Et la mer
La vraie
Qu'on appelle océan
Coule dans mes larmes
Comme coule la bruine
Sur mes lunettes de tempête
Lorsque je regarde les miroirs
Je sais qu'ils me voient
Et plus profond encore
Que toi tu ne peux me voir
Et je leur parle parfois
Attendant qu'ils répondent
Et qu'ils me content
L'envers de mes paupières
Là où le mauve creuse son sillon
Parmi le bleu marine des rêves
Et les miroirs m'appellent
Sans savoir me nommer
Qui es-tu ?
Toi que je connais
Sans jamais
Te saisir complètement
Ôte ces habits
Que je puisse savoir ton corps
Ôte cette peau de soie
Ôte cette chair pécheresse
Ôte ces os
Même pas liquides
Es-tu encore là ?
Que reste-t-il de toi ?
Un désir ?
Pendu à tes lèvres
Celles qui sont cachées
Sous la morale
Publique, forcément
Et qui veulent s'échapper
Pour rejoindre l'océan
Parfois il te reste des mots
Le Verbe absolu
Et des relents de poésie
Mais tes lèvres sont immobiles
Celles que l'on lit
Et l'on n'y lit plus qu'un baiser
« Qui palpite là comme une petite bête »
Parle !
Dis-moi
L'envers de tes paupières
Me vois-tu encore ?
Je suis là pourtant
Toujours
Si tu ne me crois pas
Tu peux me goûter
Tu te souviendras bien
Du goût que j'ai
Celui de la mer
La vraie
Qu'on appelle océan
Et qui vient s'échouer
Entre tes dunes attentives
Vous n'avez pas idée
De ce que je vois
Les paupières closes
Comme ces maisons
Où l'on clôture la Chose
Les danseuses de flamenco
Font pourtant un bruit d'enfer
Claquant les talons
Sur le paquet de braise
Clac clac clac clac
« De l'autre côté des paupières »
Scène un, troisième prise
Vous n'avez pas idée
Du film qui se déroule
Lorsque je ferme les yeux
Comme une cigarette que l'on roule
Entre ses doigts
Avec un zeste de plaisir
Entre les lèvres
Celles qui m'aspirent
En chantant
Des chants que je ne comprends pas
Des mots à la voix grave
Comme un accent de fumée
Le Verbe à la voix rauque
Qui vient te bercer
Quand la nuit est tombée
Brusquement
Comme ton urine d'or dans la cuvette
La Nuit
Avec sa lune dorée
Et ses regards perdus
Qui cherchent quoi chercher
Les étoiles sont trop peu nombreuses
Quand on compte la Nuit
Regarde
J'ai des milliards d'yeux
Qui voient
Derrière mes paupières
On ferme !
Une dernière tournée
Quand même
Parce qu'il reste des couleurs
Qu'on n'a pas encore placées
Parmi les arcs-en-ciel
Il reste des marées
Qui remontent dans mon gosier
Comme le flux et le reflux
Du bassin des danseuses espagnoles
Et il en resterait encore
Si tu n'étais pas là
Si belle
À admirer
16/04/04




Auteur : Gérald Sédrati-Dinet

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