Gwend Ilandria est née à Naples le 12 octobre 1999. Passionnée par les parfums et les religions, elle étudia ces deux phénomènes d'abord séparément. En 2005, Gwend Ilandria aperçut des résonances et passa plus de dix ans à répertorier des phéromones qu'elle associait à de simples vocables. L'année 2018 fut l'année de la révélation.
D'abord, elle inventa un système personnel qui associait les phéromones aux idées-maîtresses des religions. Elle parvint à traduire en textes les messages hormonales des animaux qu'elle étudiait. Ces textes religieux, d'un aspect rudimentaire, dénotaient de tout ce qu'elle avait étudiait jusqu'alors. Elle s'appliqua à s'extraire des connaissances intellectuelles qu'elle possédait sur les religions, et accepta ces nouveaux objets spirituels pour ce qu'ils étaient, sans apriori. En août 2018, Gwend Ilandria tint compte des variations temporelles des phéromones et de leur rencontres, en se concentrant sur celles qui s'associaient le mieux. La perception de ces polyphonies parfumées donna de nouveaux textes, plus complexes et subtiles. Gwend Ilinadria n'avait jamais vu des religions ancrées si profondément dans les actes qu'elle dut améliorer sa théorie et être plus précise dans la traduction des phéromones. À tel point qu'elle inventa de nouvelles variations à des concepts de base tombés en désuétude chez les humains. La difficulté fut de percevoir ces subtilités sans se perdre dans les simples différences propres aux individus (animaux) qui les émettaient.
Le 11 octobre 2018, Gwend Iliandria eut une révélation : elle comprit le réalisme des religions phéromonales. Sans être capable de choisir celle qui lui conviendrait le mieux, elle sentit que ces religions possédaient un meilleur support que celles humaines, puisque ancrées au cœur du monde vivant. Leur ancienneté n'était pas un facteur de qualité, néanmoins cela leur avait permit d'explorer concrètement ce qui correspondait le mieux à chacune de ces espèces animales et à chacun des individus de ces espèces. Même s'il lui était impossible de poser des questions dans cet univers naturel et parfumé, elle comprit d'un seul coup qu'elle devait participer et communiquer. Non de façon abstraite ou artificielle, mais d'une façon sincère, concrète et naturelle.
Pendant une cinquantaine d'années, Gwend Iliandria étudia l'impact de ses propres phéromones dans différents environnements animaliers. Elle eut du mal à passer de phéromones envahissantes et spécistes à des phéromones amicales et subtiles.
En 2072, Gwend Iliandria sut, non pas poser des questions phéromonales, mais émettre des hypothèses de cette nature et voir comment celles-ci étaient reçues. Dans les différents milieux animaliers, un échange s'installa, avec, rapidement, toujours le même genre de "réponse". Chaque espèce animale sans prétention et sans compassion lui démontrait que leur "religion" était la seule valable. Le plus déroutant pour Gwend Iliandria fut d'apprendre que ces religions étaient une seule et même religion adaptée à chacune de ces espèces. Elle apprit ainsi que les plantes aussi possédaient cette même religion, et que les humains ont perdu leur capacité d'adhésion à cette religion. Une religion où la mort et la souffrance n'étaient ni recherchée, ni niée.
En 2073, Gwend Iliandria publia l'ensemble de ses travaux et notes sur Internet. Son but était de créer un engouement pour cette religion simple, sans intermédiaire ni prophète. Une religion sans dieu, basée non pas sur une espérance mais sur une existence. Elle regretta l'individualisme des humains et donc leur incapacité à se mettre au service de leur espèce. Elle ne comprit pas que la solidarité ou l'altruisme des animaux étaient un individualisme exacerbé de faibles. Sa religion, dans un monde où l'injustice règne, ne pouvait satisfaire les humains. D'ailleurs, comment donner raison à cette religion dont la principale initiatrice, Gwend Iliandria, se suicida le 6 mars 2079 suite à l'obtention d'une dernière "réponse" où elle comprit que les humains ne seront jamais capables de s'entendre et d'adhérer à cette religion, La Religion, comme elle l'appelait.
Gwend Iliandria causa néanmoins trois phénomènes involontaires et persistants. Surtout le dernier. D'abord, elle créa une division supplémentaire de l'humanité, les adeptes de La Religion, et les autres. Deuxièmement, ses publications permirent de mieux connaître et que certains asservissent mieux les animaux. Et, enfin, 48 ans après sa mort, les universitaires, qui avaient amélioré ses traductions et avaient étendu ce principe aux autres moyens de communications animaliers, parvinrent à une conclusion inattendue de tous. Les animaux lui avaient mentis, certains par souci de ne pas divulguer La Vérité à un compétiteur surpuissant, d'autres par peur. Les animaux ont un dieu, le seul dieu réel : Dieu. Et, est-ce un nouveau mensonge que la grande révélation suivante obtenue en de nombreux endroits très éloignés les uns des autres ? Quelle est cette révélation ? Quelle est LA Vérité ? « Avant même la Création, Dieu avait élu son espèce privilégiée, capable de s'adapter malgré d'autres plus proéminente mais dévoyée, la seule digne de vivre pleinement au sein de la Création, la seule espèce dont la disparition engendrera la colère de Dieu et la disparition de la Création, la seule espèce à l'image de Dieu : les myxomycètes. »