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Espoir incertain
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Monsieur Lependu avait mal commencé dans l'existence. Il s'appelait Lependu. Petit, on l'appelait le p'tit pendu ; ça n'aide pas. Sa mère avait toujours grand soin de lui entourer le cou d'une écharpe, même en été. Une écharpe de soie en été, une soie fine, toute droit sortie du cocon. En hiver, une grosse étoffe de laine vierge, rouge à gros traits marrons, achetée au bazar. Il portait de grosses lunettes aux verres épais, n'y voyant goutte à plus d'un pied. À son cou fragile de Lependu s'ajoutait un appétit minime : c'est que les gros morceaux ne passaient pas. Il mangeait liquide, ou en bouchées très fines. À 4 heures, pour le goûter, une poire écrasée et un verre de lait, trois fois rien. Visiter les cousins le dimanche, c'était la fin du monde. Ceux-là dévoraient un important repas dominical, viandes, riz, fromage, dessert, café, pousse-café. Trop pour le p'tit pendu.
Depuis tout petit, Monsieur Lependu avait le vertige. Toujours peur de tomber. Il s’accrochait aux jupes de sa mère, aux meubles, aux rampes d’escalier. Lorsqu’il montait sur une chaise… Non, trop risqué. Et oui, si elle basculait. Pour penser à autre chose, il se pendait au cou des premières femmes venues. C’est à cette époque que le p’tit pendu eut un torticolis. Un jour, se laissant aller, il franchit le pas. À cause de sa tête de nœud, il était tendu. Bras et jambes tremblaient. Son cœur battait à tout rompre. Il se passa la… enfin, il se maria... Sans le savoir, il devint cocu par alliance. Il pendit la crémaillère. Bientôt, il découvrit le charme perdu des endroits où les curieux sont plus nombreux que les curiosités. Lependu ferma les yeux pour mieux laisser filer la douleur. Ensuite, il vécut sous les combles, dans un réduit où il séchait ses larmes. Ce qui le fit tenir ? Sa droiture d’esprit !
Un jour, Lependu sortit de son trou et s’inscrit à l’ANPE. Mais oublieux de mettre à jour chaque mois son adhésion, ses droits furent suspendus. Ruiné, il emprunta de l’argent et le perdit au tarot sur une histoire de douze d’atout. Sa vie tenait à un fil. Il se rendit chez une cartomancienne bénévole et lui demanda la signification de l’arcane douze. « Le Pendu, appelé aussi la Victime, est pendu par le pied et sa tête touche le sol. Renversé, il représente l’expiation subie ou voulue, le renoncement, le paiement des dettes, la haine collective, l’esclavage psychique, la culpabilité, le remords, l’oubli de soi, les bonnes résolutions inexécutées, les promesses non tenues, l’amour unilatéral. Il est pendu à ses préjugés. — Que doit-il faire ? » s’enquit notre ami. « Nul ne le sait. Il est le dernier élément de la série des douze arcanes passives, le Mystique par excellence. Il est le lieu de sa propre initiation. »
Auteurs : Aurevilly, Desman, Nicolas Messina
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