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E(t)pitre au Théâtre
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Voici ce que fut ma première journée de rencontre au théatre, moment où je dus faire preuve de mon savoir, moment où je dus montrer ce qu'il y a au fond de moi.
Tout d'abord, il faut avouer que le contact est impressionnant... Je ne sais pas pour vous, mais moi rien que cette ambiance, et je vibre déjà. En effet, des frissons me parcourent et j'en jubile... Justement, c'est cela, il faut que je leur prouve à ces messieurs-dames que je vibre. Oui, je dois vibrer si fort intérieurement qu'ils vibreront à l'unisson de mon écoute. Ces messieurs-dames assis au dixième rang dans leur pénombre et qu'ils balayent de leurs oreilles les tirades de nous autres, pantins de la scène. Ils sont trois, quatre, cinq, six, ou sept, que sais-je ?
Alors, j'escrime... je m'exprime. Et je me dis, c'est à toi, ça y est, il faut y aller. Dis-le leur, "Haut et fort, je me dois de prouver que mon corps, que mon cœur vibrent. Contact, s'il vous plaît. " Alors, là je sais déjà que j'ai gagné, les frissons n'ont de cesse de me prendre, mon esprit s'emballe, et eux... ne baîllent, ni ne parlent ; ils me suivent, tout simplement.
"Je ne suis ni Corneille ni Voltaire. Je n'ai guère fait ni Roméo et Juliette, ni Hamlet. Mais, sentez donc cette ambiance, respirez... expirez. Respirez".
Et là je me penche, vers ce gamin que je suis et je lui dis :
"Regarde mon enfant, regarde de derrière toi ce Paradis qui existait et qui sera. Vois... cette prairie verte, arrosée de rayons du soleil chaud, parsemée de fleurs aux couleurs si chatoyantes, des blanches, des jaunes, des rouges et des violettes. Et ces arbes grandioses devant toi, qui s'élèvent tous vers le ciel, si bleu, si azur. On aurait envie d'y monter pour s'y perdre ; faire comme ce papillon qui vole et virevolte, se posant ici et là. Et hop, regarde, je l'ai attrapé ! Ouvre tes mains, croise les pour faire comme un bol. Tiens je te le pose au creux... Vois comme il est beau, légerement apeuré, les ailes repliées."
Quelques secondes passent, puis voici qu'il s'enhardit :
"Il se déplit, se déploie. Et là, quelle merveille. Belles formes et belles couleurs. Puis d'un battement d'ailes... surprise... il s'envole. Alors, tu cours vers lui, tu cours, et tu en découvres plus sur la nature. Face à toi, à des milles et des milles, les cîmes enneigées qui se fondent au plafond céleste nuageux. Devant toi, un étang. Derrière, la forêt. Alors tu t'assieds, et tu laisses la brise te carresser comme elle carresse l'eau. Les clapotis frappent le sol de tes pieds et jouent un incessant murmure. De temps à autre, tu aperçois, un ou deux poissons qui sautent de l'eau et te regardent paupières contre paupières. En voici un qui glisse vers toi et te gifle d'une giclée d'eau."
Eclaboussé, tu recules légerement, te lèves, tournes le dos et reprend ta marche abandonnée. Au détour de ta dérive, soudain tu rencontres le roi, noble bête, majesté de fait, sauvageon lion.
"N'aies pas peur et ne crains pas" te dit-il. Surpris, abasourdis, par ces paroles, tu t'avances. Là, à tes pieds, la bête s'allonge, ronronne et minaude. Tu tends la main et te mets à carresser le poil de l'animal. Il est... si dru et si doux en même temps. Il est si chaud, aussi. Cela sent le musc fort et sauvage, mais c'est si agréable de s'y plonger...
Réveil brusque du réalisme, ma propre voix intérieure qui se met à crier et éclabousser l'emportée :
"Stop, stop, stop, stop. Il faudrait arrêter un peu de rêver, là ! ne crois-tu pas ? Descend un peu de ton ciel... Tu n'es pas dans une caverne sombre, en haut et dans le profond de ta montagne froide, en essayant de te réchauffer près du feu. Redescend sur terre, tu dois être avec nous dans cette baraque si grande, si éloquente où tu dois t'exprimer. STOP."
Alors, là je m'assoie. Croise les jambes, me replie, tombe les bras, tombe le silence... Juste une larme au coin de l'œil, une larme d'émotion.... Une éternité.
Puis le chef d'orchestre gigote et m'expédie quelques mots dans le style :
"Eh ! Oh ! Où vous croyez-vous, vous ? Au théatre, peut-être ?" A quoi je lui réponds : "Justement... J'y suis !" Alors, il se tourne, regarde ses compères, comparses, ils chuchotent, mégotent puis d'un diktat d'huissier m'annonce : "Adjugé, vendu, vous restez" Et il fait signe. Je m'approche, je salue. Il me présente. Il conclu, je paraphe...
Mémorable journée. J'ai Gagné !
Stépfane HACHE
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