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Distribution de pommiers géants

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Inconscient, mon âme erre le long des rives du lac d’Oô où les sons électriques du groupe électro Jenn s’amplifient et créent des échos pénétrants. Sans kit, je tente la traversée de l’Hellas antique au guidon enflé de ma mobylette jetable et je distribue des pommiers géants aux belles grosses pommes vertes et rouges, croquantes, juteuses et j’aime quand même, dans mon délire, réparer les crevaisons successives. Oh, non, j’ai perdu mon marque-page baveur, il va falloir que je relise depuis le début les œuvres complètes de Dorothée. Oh, et puis non ! Je les balance par-dessus le pont gonflable qui relie plus vite que moi. Au lieu de me prendre la tête, j’écrase des tomates et du céleri. J’ajoute du jus de citron. Je sale le cocktail mollo, mollo à l’eau de mer afin d’obtenir une savoureuse soupe de poisson sans poisson. D’un autre œil, je surveille ma grille de loto-quine. Il ne me manque que le 56 ! Mais de toutes façons il ne sort jamais le 56 ! Et pouf ! C’est le 56 qui vient de sortir !... Quine ! Quine ! Crrr !!! Ah non, il me manque aussi le 29 ! Et je revis en boucle ce dernier événement catastrophique pour mon amour-propre. Il faut que quelqu’un me sorte de ce mauvais passage à vide.

Insubordonnée, mon âme en nounours est désinfectée de toute compréhension provisoire, durable ou éternelle. La spirale dégomme des fromages ventrus et tousse au fond de son attaché-case. Je retourne rapido au jeu des portemanteaux tournants. Je saute sur l’un d’eux et accélère. Purée, ça tourne ! Purée, je vomis ! Purée, j’en mets partout et j’en ai plein les yeux et je ne sais plus ce que j’essuie. Le signal d’alarme d’un train éclectique me sort de là et j’y cherche une place assise. Pas moyen, ils me prennent tous pour une cloche, un charlot, un clodo quoi ! Oh, eux ils sont bien sapés et commentent les résultats du match de foot d’hier et la prochaine reprise de la StarAc. Je vomis à nouveau avec une telle force que le recul me fait traverser chaque voiture bondée, et les anonymes s’amassent derrière mon dos. Un agent croit que je cherche à fuir et m’attrape par les lacets. Il a raison, je suis en fraude. Je n’aime pas son regard caché par un masque hygiénique et des lunettes pénétrantes. Je lui montre mes papiers et il m’enferme dans le compartiment pour les bagages encombrants et les animaux origamiques. Un écureuil volant me sort de là et je pars en vrille et retombe dans les pommes.

La réalité virtuelle n’est plus ce qu’elle devait devenir. Mon esprit divague et les vents l’entraînent vers de nouveaux sommets. Je vois l’Everest et j’ai la sensation d’y être. C’est impossible car tu ne m’as pas encore sauvé des griffes des Grignoux. Et j’ai l’impression de voler à travers les vallées et j’aperçois la GBU qui m’accueille à portes ouvertes. Je lui offre coup sur coup trois bières acoustiques. On se tape une belote, puis je sors mon filet à cravates afin d’attraper les plus colorées. Je fais un nœud à chacune d’entre elles et je les échange contre un fauteuil multifonctions à roulettes. Je fais le tour du locataire et c’est alors que j’entends la sonnerie de mon portable que j’avais oublié d’éteindre. It’s my mother on the phone ! « Allo, oui, j’écoute ! » Elle a déjà raccroché. Je range mon portable dans la poche de mon pantalon et je me rends compte que je n’ai pas la gourde d’Hamil Karr… et que tu n’es pas là… C’est alors que la Grande Ventouse Éphémère me sort de cette bévue spirituelle et je reprends conscience de mon inconscience. Pendant ce temps là mon corps atteint de nouveaux records de résistance aux attaques de Grignoux.

Ah, quelle ne doit pas être ma patience, ô muse des comices agricoles ! A peine avais-je sauvé mon compagnon de voyage des griffes grisâtres des Grignoux et voilà que, relaps de temps, il retombait dans ses errements et dans son délire de lotophage. Dans ces cas-là, il vaut mieux le laisser mariner quelques heures, sommairement enveloppé dans une chanson obsolète ; puis le secouer sans ménagement et le pulvériser de farine de sarrasin. Pendant ce temps, préparant la prochaine étape, je lisse les marges des écumoires et je tresse les garnitures des répertoires. Saturne dévorant ses fils, les cantonniers déversent au bord du canal des monticules de mots écorchés. Les gens leurs donnent des coups de pieds en passant. On n'aura pas l'occasion de les revoir de Cîteaux. Quant à la Déesse de l'Univers, je viens de l'apercevoir qui déroule ses menus le long du chemin de ronde ; le Front du Ciel n'a qu'à bien se tenir.


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auteurs : Fuligineuse, Desman

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