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Des pangolins dans chaque pièce
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Au pied de la lettre, nous trouvons pêle-mêle des offrandes, des fruits et des fleurs annotés de rubans, et des détritus que les mêmes thuriféraires ont accumulés en échange de leur ferveur. De là nous passons au pied du mur, où nous ne trouvons rien d'autre que la nécessité de l'escalader. Mais qu'y a-t-il de l'autre côté du mur ? J'ai oublié d'emporter mes jumelles, elles sont restées dans ma loge à l'Opéra, je n'ai avec moi que mes jumeaux, et deux paires d'yeux ne voient pas plus loin qu'une seule. Ce qui pourrait nous sortir d'affaire, ce serait un télescope, c'est pourquoi, scrutant le ciel indigo, je me dirige vers l'avenue de l'Observatoire. Mais peut-être vaudrait-il mieux aller à la gare d'Austerlitz, prendre le train en direction des Pyrénées et de l'observatoire du Pic du Midi de Bigorre.
- De mon côté, je secoue les nappes de la montagne enneigée pleine des miettes de nos vies, puis j’attise le vent qui se lève et emporte ces restes dans la poche d’un trou noir où sont recyclées ces énergies renouvelées. Le vent m’emporte aussi et je surfe sur les nuages. L’un d’eux me tend les bras et je me retrouve assis confortablement sur lui comme sur un fauteuil matelassé et doux. Je reste suspendu au temps qui se repose en ma compagnie. Je lui récite des amitiés formatrices et des mots agréables. Il apprécie vraiment mais il tourne déjà sur lui-même et se montre impatient, aiguillé par je ne sais quelle recherche. Le voilà déjà qui m’abandonne un instant. Je le retiens maladroitement sans succès. Je redescends de mon nuage. Il passe me voir, parfois, de douze coups, et réveille le cheveu sur la soupe du pangolin qui dort chez moi depuis je me suis approprié cette maison où il dormait avant moi.
Le pangolin est chagrin, il a besoin de câlins. Dans cette maison où il n'y a pas de piments rouges accrochés au mur, les manuscrits et les tapuscrits dorment ensemble dans une promiscuité féconde. Pour faciliter ce que les cris turent, les arbres du jardin portent directement des feuilles de papier. Mais il est déconseillé d'en cueillir plus de 256 par jour et par arbre. Nous passons chaque matin l'aspirateur à mots et il recrache des phrases toutes faites qu'il convient de concasser et de ré-assembler comme des tessons de poterie pour faire des mots zaïques. Nous trouvons aussi des fragments de paragraphes entremêlés aux cheveux de la girafe quand nous la peignons. Quant au pangolin, il refuse de se laisser peindre.
- À long de temps l’animal retourne sa nature et sa veste. Il se montre tel qu’il est. Nous le voyons aiguiser des propos à double tranchant. Il façonne aussi des lunettes qui permettront à chacun de voir son programme télé ou ses pages Internet sur le même écran. Écran qu’il transforme pour qu’il utilise la lumière du jour plutôt que d’émettre lui-même la sienne. Les couleurs font des claquettes dans son dos pendant qu’il tente de faire sortir les sons de l’écran comme de la réalité, chacun à sa place. Il n’arrive à rien, s’énerve, se remet à écrire et se justifie comme un texte droit dans ses bottes où pas une ligne ne dépasse.
Nous avons maintenant un stock suffisant de fougères pour tenir le coup pendant plusieurs lustres. C'est important, car le risque d'être assiégés par des cinéphiles ou des égratignures ne peut jamais être exclu. La banque nous a envoyé des langues de fourrure farcies de télégrammes ; je vais les ranger avec nos autres provisions. Ce qui manque pour le moment, ce sont les partitions pour notre musique concrète. Mais pas d'inquiétude, nous en trouverons en marchant. Les oriflammes se déroulent comme prévu. Les cataractes sont prêtes. Que demande le peuplier ?
- auteurs : Fuligineuse, Desman
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