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Dale Vynichl
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Le réalisateur post-moderne Dale Vynichl est né en 1955 à Toronto. Il commença sa carrière comme ouvreur de cinéma, claqueur, marionnettiste, illusionniste, bruiteur à la radio.
Il économisa des années avant de pouvoir réaliser à ses frais un premier moyen métrage, L’éternité par le menu, en 1982. Déçu d’avoir mis bout à bout tous les conseils qu’on lui avait donnés, il renouvela l’expérience en 1985 en n'écoutant que sa force créatrice. Il en fit un long métrage d’une durée de 8 heures 33 minutes qu’il laissa en l’état sous le titre L’éternité, cuite debout. L’échec fut total. Personne ne voulut le diffuser.
Son ami Ulf Lawrence Pearson l’aida. Il faisait partie de ses mauvais conseilleurs, mais il avait réussi à faire abstraction de sa volonté de devenir artiste et avait intégré le milieu hollywoodien sans aucune honte. En tant qu’assistant monteur, il commença à monter L’éternité, cuite debout à sa façon… jusqu’à ce qu’il en parle à Dale Vynichl qui faillit le tuer. Après avoir vu les premiers résultats, ce dernier se dit qu’il n’avait pas assez travaillé son scénario et le réécrivit en entier en précisant la forme au maximum pour laisser le moins de place possible à l’emprise d’un monteur. Ce nouveau film fut tiré des bobines de l’ancien. Dale Vynichl préféra monter son film lui-même, chaque soir, sous l’œil attentif de son ami. Par souci d’efficacité, il coupa, accéléra le rythme, brouilla les perspectives. Cette fois il nomma son film Coupures d’éternité.
Coupures d’éternité est un film présomptueux et provocateur comme tous ceux de Dale Vynichl. Le film débute par la projection en direct sur l’écran de l’arrivée des spectateurs dans la salle du cinéma. Puis l’on glisse, sans trop s’en rendre compte, vers la fiction. Un à un, le film assassine les bonheurs qui ressemblent tant aux nôtres. Il les enregistre, répertorie, emmagasine, détruit, recycle et aboutit à une œuvre où le spectateur ne sait plus de quel côté de l’écran a mieux résisté la réalité. Coupures d’éternité s’achève par un retour sur cette salle de cinéma encore noire qui s’illumine et projette les spectateurs sur grand écran jusqu’à ce qu’ils quittent la salle dans un dernier coup d'œil en arrière.
Ce film est sorti en 1986 dans les quelques salles dont son ami était devenu propriétaire. Le public était déconcerté mais le bouche à oreille marcha. Devant ce petit succès, Ulf Lawrence Pearson devint le producteur attitré des films de Dale Vynichl, dont Chambre chaude, Poésie à suspens, Amours créatives, Le calendrier des désirs, Une bouche entrouverte après minuit (d'après Rayer la mention inutile).
Dale Vynichl réalisa aussi trois films (Paroles jugulées, Un seul squelette, À peine sortis du permafrost) sur des scénarii du jeune Augustino Lavril découvert par Michael Crochton. Puis ils cessèrent leur collaboration pour une vulgaire histoire de contrat. Il serait plus crédible de croire que le talent de ce jeune scénariste commençait à faire passer le réalisateur au second plan. Il est vrai que Dale Vynichl a toujours affirmé que les principaux auteurs d’un film étaient les scénaristes. Après cette période qu’il considère comme la plus insultante envers son esprit créateur, il se remit à l’écriture des scénarii de ses films. Le succès étonnant de Sur les rives du temps prouve qu’il a eu raison.
Sur les rives du temps s’écoule à un rythme qui frise l’ennui pendant les premières minutes. Cette histoire familiale est montée de telle façon que l’on ne sait plus si tel événement engendre tel autre ou s’il en est la conséquence. Les mailles de notre sensibilité s’ouvrent et se referment. Dale Vynichl provoque nos sentiments comme si nous étions ses rats de laboratoire. Il nous pousse à consommer nos craintes, nos joies, nos indifférences selon son bon vouloir. Le réalisateur réunit ses spectateurs pour mieux isoler chacun d’eux dans ses affects. Chacun a alors l’impression que c’est lui-même qui impose la suite de l’histoire et qu’il choisit ce qu’il veut voir quand il veut le voir. Puis les images subliminales qu’a incrustées Dale Vynichl - où il se montre en train de travailler au montage du film - se font plus nombreuses et deviennent liminales. Il intervient alors sur l'écran en expliquant que cette histoire est l’histoire de sa famille. Puis le rythme devient saccadé et s’accélère à tel point que le spectateur n’a plus les capacités de comprendre les tenants et les aboutissants du film lors de son visionnage. Ce n’est que hors de la salle, lors de flashs ou dans des moments de calme, que l’histoire ressurgit et devient compréhensible par bribes.
Dale Vynichl est actuellement en train de terminer le montage de Désidentité, une inacceptance. Certains bruits courent que ce film sous l'aspect d'un documentaire serait engagé et efficace sans perdre le côté provocant de Dale Vynichl, à l’assaut de la réalité virtuelle à laquelle il participe en maître.
- auteur : Desman
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