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Dès que le feu passa au pourpre
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Je te suivais en pente douce entre les stalagmites et les stalactites d’où venait gicler le trop-plein des nappes vichy étendues quelques étages au-dessus. Tu étais mes yeux et… merde !... je faillis devenir borgne. Déjà que j’étais complexé en piètre monoglotte que je suis encore. Nous continuâmes malgré mes petites souffrances. Dès que le feu octocolore passa au pourpre, nous avons sauté dans les eaux profondes et glacées. Nous regrettions déjà le soleil et sa lumière bienfaisante. Vite ! Il me fallait sécher mon portefeuille que tu m’avais offert lors de notre ascension transalpine. Un sacré souvenir ! Dans son placard de gauche, j'avais rassemblé les milliers de photos de tous les levers de l’astre chaleureux en ma possession. Ton trombone pliant et portatif nous fut donc à nouveau d’un grand secours. Nous repartîmes, et, oubliant de tenir compte de la Première Directive de Starfleet, nous prîmes à gauche après la quatrième civilisation rencontrée.
- C’est alors que nous découvrîmes le splendide temple de la Déesse Mère, élevé par les Nerviens lors de la Huitième Dynastie et demie, lorsque l’empereur Tibère était encore dans la peau de John Malkovitch. Tout autour du temple étaient disposées des tentes en peau de daim et de léopard sous lesquelles dormaient les gardes. Leurs oriflammes fauves et dorées flottaient dans l’air du soir et ondulaient à la moindre brise. Les gardes apoplectiques avaient absorbé de puissants somnifères, dans le cadre d’une performance collective, et ils devaient roupiller encore pendant une bonne semaine. On entendait de loin leurs ronflements se répercuter dans le vallon. Ainsi, nous aurions pu sans être vus entrer dans le temple, et même faire main basse sur les innombrables trésors qu’il renferme, mais nous avons préféré, pendant la pause, jouer au backgammon avec le traducteur de Kafka. Ensuite nous avons attendu l’arrivée de ceux qui allaient pour l’étape suivante être nos compagnons de voyage.
Puisque, après leur réveil, nos guides se prélassaient à l’unique et immense hammam, nous rempilions partie sur partie. Nous misions nos pénultièmes diphtongues. Avec précaution tu en gardas une au creux de tes mains tatouées de roses des sables. Ils ne nous restaient plus qu’une seizaine de figurines de rhétoriques, dont une ironie orange et gémination écarlate. Tu prias sans doute plus sincèrement que moi, ou bien est-ce tes dieux du wiki qui montraient leur suprématie épistolaire ? Toujours est-il que nous pûmes déguster les plus savoureux mets venus des 3 points ordinaux. Nous permîmes aux serviteurs de vider leurs verres afin de nager dans ces vins pétillants, et de danser aux rythmes des persiennes extralucides. De nombreuses conversions de diphtongues eurent lieu devant nos yeux éparpillés. Grâce à toi ! Toutes les personnalités présentes, subjuguées, se mirent à lire le Grand Registre, et toutes priaient Borges, son prophète. La félicité œuvrait ! Maintenant, comment reconnaître nos fameux compagnons ?
- D’erreur d’aiguillage en trompette malfamée, tu ne tolérais plus notre traducteur kafkaïen. Tu fis une overdose de ses propos bigarrés. Il ne t’était plus possible d’entendre parler du moindre soutier… oh pardon… tu vomis de plus belle dans ton cervelet exténué par kilomètres entiers. Pas moyen d’arrêter ce trouble qui t’atteignait de plus en plus intensément. Je ne pouvais plus regarder dans ta direction tant les serpents à sornettes t’asticotaient. J’ai dû te balancer derrière le congélateur de catégorie A et te jeter six brosses à penser de grande qualité. Loin de là, nous eûmes bientôt aucun remords à rattraper nos guides par le moignon. À l’ombre dansable de leurs chatoiements nous affûtions de térébrantes triphtongues intimes.
- auteurs : Fuligineuse, Desman
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