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Confrontation au sommet
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Leçon 3 – Introduction :
Après le déclin des États-Unis au cours de la première moitié du XXI ème siècle, dû aux grandes pénuries de pétrole, l’Europe et surtout la Chine avaient divisé la Terre en trois camps : l’Union Européenne, composée par l’ouest de l’Eurasie, l’Union des États Chinois, qui s’étendait de la Sibérie à l’océan indien, et qui contrôlait une majeur partie de l’océan pacifique. Enfin, les Amériques et l’Afrique qui formaient le tiers-monde. Un rideau de fer avait coupé l’Eurasie suivant les monts Ourals et la mer Caspienne. La situation était restée stable, jusqu’à ce fameux jour du 30 septembre 2089, où, pour des raisons floues, la guerre éclata.
- Manuel d’histoire, cours élémentaire 2ème année
L’avion venait de se poser sur l’aéroport désaffecté. Le président européen Aleksander Mazolka, entouré de deux gardes du corps, attendait patiemment au bout de la piste. C’était la troisième fois de sa vie qu’il voyait un avion. Avec les pénuries de pétrole, le trafic aérien avait totalement cessé, sauf, évidement, pour l’armée. En Europe, seuls quelques gros industriels arrivaient à payer le prix exorbitant du carburant. Apparemment, en Chine, les dirigeants n’avaient pas ces soucis financiers. Car c’était le président de l’Union des États Chinois, Zhao Shangyang qui lui avait téléphoné sur une ligne secrète pour lui annoncer qu’il viendrait le chercher par avion.
Les portes de l’avion s’ouvrirent, et Aleksander Mazolka monta dans l'appareil, qui décolla.
- Ce cher Aleksander ! s’exclama le président Chinois quand il vit son homologue Européen arriver. Comment allez-vous ?
Il s’exprimait dans un anglais écorché à l’accent horriblement déplaisant. Selon la légende, il n’avait jamais voulu apprendre une langue autre que l'espéranto, langue officielle de l’Union des États Chinois. Dans les faits, il avait bien été obligé d’apprendre des rudiments de la langue européenne, ne serai-ce que pour pouvoir discuter avec des présidents Européens sans traducteurs.
- Tout irait très bien si vous ne m’aviez pas collé cette guerre sur le dos ! cracha amèrement Mazolka.
- Allons, asseyez-vous. Cette guerre, comme vous dites, sera vite réglée. L’un ou l’autre d’entre nous gagnera, peu importe, et pendant ce temps, je vous propose des vacances aux Amériques. Y trouvez-vous quelque chose à redire ?
- Plusieurs choses. Nos forces avaient chacune des positions stables selon la frontière du rideau de fer. Tout était équilibré. La paix régnait dans le monde entier. Cela permettait une économie florissante. Tout le monde sait qu’une guerre est forcément un désastre économique ! Regardez, en 1945, le temps qu’il a fallut pour remettre sur pieds l’économie Européenne. En France, les tickets de rationnements étaient utilisés plusieurs années après que les allemands aient perdu la guerre.
- Vous identifiez l’Europe à la France d’après la seconde guerre mondiale ? rétorqua Zhao Shangyang. Ce n’était vraiment pas un pays fait pour la guerre. Depuis Napoléon, les Français sont tous des incapables. Mais peut-être que votre belle Europe a décidé de compter sur les Français pour gagner cette guerre ? Mais pour revenir à notre problème, rappelez-vous, en 1945 justement, comment la guerre a renforcé l’économie Américaine.
- Ce sont des cas particuliers, répliqua Aleksander, irrité. Seriez-vous capable de m’expliquer quels ont été les avantages économiques de la troisième guerre du golf ? Les États-Unis n’ont jamais réussis à gagner ne serai-ce qu’un décilitre de pétrole, et ont subit des pertes incommensurables à cause leur entêtement à rester pendant quinze ans là bas. Mais les irakiens non rien gagné non plus.
- Les États-Unis ont été de tout temps un modèle, s’exclama ironiquement Zhao. Le modèle Américain. Que seuls des incapables suivaient. C’est un modèle tout juste bon à lancer l’économie quand on n’est qu’un pays en voie de développements. Il n’y a qu’eux pour privatiser des services publics, et autres bêtises du genre. Mais je m’écarte de sujet.
« La guerre est tout un art. Il faut s’y préparer avec soin, la planifier, avant de déclarer l’offensive. Ensuite, la guerre doit être courte. Une guerre longue monopolise trop de ressource. Regardez l’Allemagne de Hitler ! Ils avaient fait un excellent démarrage : ce sont eux qui ont le mieux réussit à remonter la chute due à la crise économique de 1929. Et grâce à quoi ? Grâce à la guerre.
Aleksander fixa le président Chinois avec effroi. Comment peut-on prendre comme modèle un dictateur ayant commis tant d’atrocité ? Alors qu’il allait répliquer, un homme entra dans la cabine. Uniforme militaire, il se raidit en garde-à-vous et entama par un salut impeccable et d’une voix monocorde la lecture d’un papier qu’il tenait à la main.
- Excellences, nous venons de recevoir une communication de l’état major de l’Union des États Chinois. Ceux-ci font état d’une avancée des divisions blindées Chinoises dans les territoires de l’Union Européenne. Cependant, la flotte de bombardiers Chinois s’est faite intercepter en vol, et à été détruite par la force aérienne Européenne.
Le militaire retourna dans la cabine d’où il venait.
Le président Chinois se détendit, et afficha un large sourire.
- Vous voyez : je me suis préparé de longue date à cette guerre. Vous avez toujours tout fait pour refuser la confrontation. Vous aviez la moitié du monde, et vous vous en contentiez. Mes troupes ont prit du terrain.
Le président Européen avait l’air soucieux de quelqu’un dans une mauvaise passe. Mais il tenta d’esquisser un sourire.
-Mais mes forces ont réussit à détruire vos bombardiers !
- Et alors ? J’ai bien l’impression que vous n’avez pas l’habitude de créer une guerre. Je vais donc vous expliquer.
« La première phase consiste à établir une situation de rideau de fer avec le futur ennemi. N’importe quel prétexte sera le bon. Cela permet de mobiliser l’industrie, et de créer une économie de guerre. Comme ça, pas de chômage, pas de troubles sociaux. De plus, et Orwell l’a bien décrit dans 1984, la guerre permet de justifier un niveau de vie bas. Et on peut aussi créer un gouvernement d’unité nationale, prendre les pleins pouvoirs, bref se libérer des chicaneries politiques qui entravent le pouvoir.
« La seconde phase est la bataille proprement dite. N’importe qui dirait que, maintenant, une guerre se fait sans militaires : le feu nucléaire peut permettre de supprimer l’humanité de la planète. Mais le feu nucléaire est une bêtise absolue : elle n’entraîne pas de mobilisation de l’industrie pendant la première phase, rend trop courte la seconde, et a des effets négatifs pour la suite : vous pourriez être renversé par un peuple converti en troupeau de pacifistes fondamentalistes. Non, la seconde phase se fait sur plusieurs fronts : tout d’abord, l'infanterie et les division blindée. Ce sont les troupes qui faut le plus soigner, car c’est eux qui iront parler de leurs exploits à la population lors de leurs permissions, et ce sont eux qui diffuseront votre propagande. Donc l’infanterie et les divisions blindés doivent à tout prix remporter des victoires suffisamment écrasantes pour que les soldats ait une bonne opinion de la guerre. Surtout, ne pas dégénérer comme en 1914 en guerre de tranchée : ce serait une catastrophe. C’est pour ça que dès qu’un front stagne ou régresse, il faut transférer les soldats autre part, et régler le problème autrement. C’est là qu’interviennent, par exemple, les bombardiers. Ils doivent amocher les défenses adverses de façon que les soldats n’aient presque plus rien à faire. C’est essentiel. Donc, quand on nous a annoncé que mes bombardiers avaient été détruits, mais que mon infanterie progressait, je n’ai pas été inquiet : à quoi servent les bombardiers si l'infanterie marche sans problème ? Puis, il y a les missiles. Ils servent en premier lieu à pilonner les villes ennemies – les vôtres – pour faire baisser le moral de l’adversaire. Ensuite, ils peuvent aussi servir à détruire des équipements militaires ennemis.
Aleksander écoutait. Il trouvait répugnante la façon dont cet homme parlait si légèrement de la guerre. Mais en même temps, il arrivait à suivre la logique de son adversaire.
- Vous parlez des missiles conventionnels. Mais les armes bactériologiques ?
Un sourire cynique se dessina sur les lèvres du président Chinois.
- Nous allons vous en expédier, bien sûr. Les études que nous avons menées sur les biogiciels et autres virus nous permettent de donner le SIDA et d’autres maladies du même genre à l’Europe entière. Mais nous réservons ce traitement spécial à nos meilleurs adversaires, car généralement les populations conquises ne sont pas très coopérantes – souvent, elles ne veulent pas tenir debout. Mais certaines organisations qui se veulent être des puissances méritent ce genre de traitement – comme l’Union Européenne.
- Merci pour ce compliment. Et une fois que vous nous aurez conquit ?
- C’est la troisième phase de la guerre, et non la moins importante. Il s’agit de mettre en place un gouvernement fidèle et loyal, et laissant, en apparence, suffisamment d’indépendance nationale pour éviter une trop grande rébellion. Et puis au bout de quelques années, demander à cette nation conquise de préparer une guerre contre un pays voisin plus faible, si possible un pays traditionnellement ennemi. Et on recommence les trois phases. Désormais, la nation conquise vous est totalement acquise. Vous voyez : la guerre, c’est tout un art.
Le président Aleksander Mazolka conserva un instant le silence, avant de répondre.
- Votre exposé était intéressant. Mais la guerre a trop d’inconvénient pour moi. Voyez-vous, j'aurais été à votre place et vous m'eussiez fait ce discours au préalable – je n'aurait pas pu imaginer un plan aussi machiavélique tout seul – que j'aurais fait la guerre comme vous le faites actuellement. Mais en Europe, la guerre a des inconvénients. La populations Européenne a trop été marquée par les guerres mondiales et la guerre froide. Et je vous rappelle que l’Union Européenne compte l’Allemagne et la France. Quel boulet ! Surtout les Français, rien ne les convaincra de faire la guerre, du moins pour envahir son voisin. Et comme ces pays représentent une part importante de la population de l’Union, je ne peut pas faire voter une guerre : ce serait ma fin politique !
- C’est là tout l’inconvénient d’une démocratie. La démocratie est système résolument pacifiste, même malgré lui : au XIXème siècle, la république Français naissante a souvent voulu lancer des guerres, mais ces pauvres démocrates n’étaient pas du tout capable de gérer une armée. Ils avaient seulement une bonne première phase, grâce à leur école républicaine, qui était, il faut le reconnaître, une idée qui n’avait pas que du mauvais.
C’est ce moment que choisit le soldat pour revenir. Un salut militaire, et il enchaînait :
- Les troupes de son excellence le président Zhao Shangyang progressent toujours, malgré les bombardements intensifs européens. Toutes les capitales et grandes villes Européennes ont été touchées par des tirs de missiles conventionnels et biologiques. Les Européens ont riposté en bombardant toutes les villes frontalières pour, semble-t-il, couper l'approvisionnement des troupes.
Le militaire fit demi-tour en claquant des talons.
- Tout progresse à peu près normalement, sourit le président Chinois. Vos généraux sont d’une intelligence !.. Essayer de nous couper les vivres... C’est élémentaire : on ne peut gagner une guerre sans que les soldat soient bien nourris. Remarquez, mon cher, que vos généraux semblent avoir compris cela. Pour peu, on croirait avoir affaire à des lumières. Bref, la nourriture est capitale. Donc toute personne se préparant à une guerre dans les règles de l’art va évidement, dans sa première phase, faire en sorte que l'approvisionnement puisse s'effectuer sans soucis. Cela signifie établir un réseau routier et ferré à toute épreuve. Je ne vous livrerai bien sûr pas les détails, mais vos généraux ne peuvent rien me faire.
- Je ne crois pas que l'intelligence soit vraiment un critère de sélection des généraux, en tout cas pas des miens, répondit pensivement le président Européen. D’ailleurs, les généraux représentent aussi un des aspects négatifs de la guerre. Quand on fait une guerre, et que l’on gagne, cela semble tant flatter les généraux que ceux-ci se sentent capable de tout gagner, même le pouvoir. Et cela entraîne généralement des coups d’états. Or, vous voyez, je suis un représentant tout a fait modeste de l’homme politique Européen moyen : je suis riche, les gens m’aiment suffisamment pour que je puisse gagner des élections, et mon seul but est d’obtenir le pouvoir, pour pouvoir y rester en paix. Les généraux, si je faisais une guerre comme vous me le proposez, auraient rapidement fomentés un coup d’état, et je ne serais plus là. Des coups d’états de ce genre, il y en a eu plein : regardez, par exemple, le Général Pinochet, il y a cent ans aujourd’hui. Ou Franco, et d’autres. J'admets qu’arriver au pouvoir de cette manière est plutôt un bon coup pour les généraux en question, mais moi, qu’aurai-je à y gagner ?
Tout à coup, le militaire chargé des communications revint. Mais il n’avait plus du tout la prestance rigide qui le caractérisait auparavant.
- Monsieur le président Zhao Shangyang... Les Européens ont envoyé un ultimatum. Ils demandent à nos troupes de se retirer avant vingt quatre heures, sinon ils feront usage de l’arme nucléaire. Le président Chinois, qui, depuis le début du voyage, était serein et semblait s’amuser, se figea.
- Votre État-major vous demande conseil, excellence. Zhao Changyang réfléchit pendant un certain temps avant de se prononcer.
- Dites-leur d’attendre quelques heures. Il faut faire un peu monter la pression chez les Européens. Dites-leur de continuer les offensives.
Dès que le militaire eu le dos tourné, le président Chinois se tourna vers son homologue :
- Vous êtes fou à lier !
- Pas plus que vous, lui rétorqua ce dernier. Mais je vous rappelle que je ne dirige rien. C’est une initiative de mon État-Major.
- Mais il n’ont pas besoin de vous pour déclencher le feu ? s’étonna Zhao.
- Pas du tout. Je ne suis pas un militaire, moi.
- Mais quel sens de la guerre ! Cela ne vous mènera à rien ! Vous n’êtes même pas capable de créer une guerre comme il se doit !
- Et qu’allez-vous faire, maintenant ?
- Je vais demander à ce que l’on retourne immédiatement en Chine. Vous ne pouviez pas respecter les schémas habituels ?
- Je ne crois pas que la guerre soit une affaire habituelle. Peu importe : je doute que vous ayez suffisamment de carburant pour faire demi-tour : nous sommes presque aux États-Unis...
- Et alors ?
Leçon 3 – Conclusion :
Le jour même de l’offensive, les deux présidents disparaissaient dans une catastrophe aérienne. Les dirigeants Chinois, privés de leurs chefs, ne surent quoi répondre à l’ultimatum imposé par l’Europe. Ils retirèrent leurs troupes, et l’Asie fut déchirée par des guerres civiles, entre chefs militaires. Mais les Européens ne surent exploiter la retraite ennemie, et la situation revint comme avant, deux présidents en moins.
- Manuel d’histoire, cours élémentaire 2ème année
Auteur : Florian Birée
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