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Comment Goupil croisa Brun, l’ours, qui devint son plus grand ennemi

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Ce jour-là, après un repos mérité, Goupil revenait vers son terrier pour passer du temps avec Dame Hermeline, sa femme. Un bruit étrange attira ses oreilles. Il lui fallut aller jusqu’au sommet en face de la petite montagne où il se trouvait. Il aperçut au loin… « Oui, c’est bien ça ! C’est l’ours ! Il dévore un mouton ! »
Goupil fit demi-tour et reprit la direction de son terrier. Mais il ne comprenait pas les hommes qui attrapaient des ours dans d’autres régions éloignées pour les lâcher, et puis aussitôt d’autres hommes les chassaient. Pourquoi ne pas les tuer directement ? Pour le plaisir de chasser peut-être. Mais dans ce cas les chasseurs ne sont pas crédibles. Déjà, tous les gibiers qu’ils lâchent pour la chasse ne sont pas habitués à se débrouiller en pleine nature. Ils sont faibles parce qu’ils n’ont pas fait d’exercice. Leurs muscles sont mous et pas habitués à l’effort. Leur cœur n’est ni résistant, ni endurant. De plus, ils ne connaissent pas la région où ils sont lâchés. Où sont les points d’eaux ? Où s’arrêtent les territoires des animaux de la forêt ? Goupil était écoeuré par cette chasse inutile. Le pire est qu’après toutes ces absurdités, les hommes ne mangent pas tous les animaux qu’ils tuent. Son ami Wub lui a raconté que nombre d’entre eux finissent dans les poubelles.
Goupil oublia les incompréhensibles humains et discuta avec Dame Hermeline de bien d’autres sujets. Pendant ce temps, leurs deux enfants s’amusaient plus loin à se mordre et à se pousser. Au bout d’un moment, les deux garnements virent Goupil et le prirent pour cible ! Il était plus fort qu’eux deux réunis mais il détestait les coups et les jérémiades qui ne cessaient pas. Il laissa Dame Hermeline s’occuper de leurs enfants.
Goupil, par curiosité, décida d’aller retrouver l’ours pour voir s’il était possible de discuter avec lui. Depuis le temps que tous les animaux de la forêt parlaient de l’arrivée de cet ours, Goupil venait seulement, quelques heures plus tôt, de l’apercevoir. Il ralentit le pas lorsqu’il arriva près de l’endroit où il avait vu l’ours.
L’ours l’avait repéré depuis plusieurs centaines de mètres et il se cacha derrière des rochers. En plus il n’y avait pas de vent. Il attendit le moment propice et se jeta sur le renard. Goupil eut le réflexe de s’aplatir au sol avant de fuir à vive allure. L’ours courut après lui et s’essouffla au bout de cent mètres. Goupil s’arrêta aussi et l’insulta longtemps. Ensuite, il chercha à comprendre ce qui était arrivé. L’ours, en colère, ne répondit qu’à une seule des questions de Goupil :

« — Quel est ton nom ? Dis-moi au moins ton nom l’ours ! Que sache à qui j’ai à faire ! »
« — Brun, je m’appelle Brun ! »

Et aussitôt l’ours courut à nouveau après Goupil. Ce dernier s’éloigna d’un pas tranquille et vit que Brun était essoufflé et qu’il venait de s’arrêter.
Parfois les rencontres malheureuses se suivent de près. Goupil s’était à peine éloigné qu’il vit devant lui un groupe de chasseurs. « Oh, non ! Encore un jour de chasse ! » Se sentant pris au piège, Goupil trouva l’idée qui lui permettrait d’échapper aux plombs et de se venger. Il rebroussa chemin en gardant ses distances avec les chasseurs. Ça marchait ! Les chasseurs le suivaient mais ne pouvaient pas tirer parce qu’il était trop loin. Brun vit le renard passer à cinq mètres aussi vite qu’une balle. Goupil fut tranquille ! Les chasseurs tiraient déjà sur l’ours qui s’enfuyait. Goupil fut heureux comme seul sait toujours être le Dieu Pan.
Mais la journée de Goupil n’était pas finie. Il croisa deux chiens errants. L’un était aussi petit et roux que lui-même. L’autre était blanc comme la neige. Ils bloquèrent Goupil sans l’embêter. Ils étaient contents du tour que Goupil venait de jouer à Brun. Ils riaient de bon cœur. Fiers, ils racontèrent comment le matin même, ils avaient tué un mouton de plus. Leur but était de faire croire que chaque jour Brun tuait un mouton. Pendant que les humains chassaient l’ours, ils ne faisaient pas attention à ces deux chiens errants ! Ils racontèrent aussi comment ils étaient parvenus à faire peur à l’ours en poussant des rochers du haut de la montagne. Un rocher en entraînant d’autres, l’ours fut presque enseveli. Lorsqu’il les vit, il les injuria depuis le bas de la vallée. En une seconde, Goupil comprit tout ! L’ours l’avait confondu avec ce chien roux ! C’était pour cela que Brun était en colère et avait failli le tuer. Goupil n’écoutait plus les deux chiens raconter leurs exploits. Ils étaient fiers de s’en prendre aux moutons et de faire croire que l’ours était le responsable. Un jour, ils avaient réussi à faire autant de bruit que des chiens de chasse. L’ours dut s’enfuir et se rapprocher des habitations. Les humains prirent peur et détestèrent davantage cet ours.
Goupil sauta sur les deux chiens sans méfiance. Il parvint à les blesser aux pattes afin qu’ils ne puissent pas le gêner. Il courut rejoindre l’ours. Goupil se surprit lui-même mais, sans savoir pourquoi, il se devait d’aider cet innocent. Peut-être était-ce pour lui expliquer que les coupables étaient des chiens errants. MAis les choses ne se passèrent pas si simplement. Brun était acculé au bord d’un ravin. Les chasseurs tiraient sur lui. Brun hésitait à sauter. Alors Goupil accéléra, se faufila entre les chasseurs et sauta sur Brun. Ils tombèrent dans le vide ! Brun, apeuré, crut à une nouvelle fourberie du renard. Sans heurt, ils s’enfoncèrent dans les eaux profondes du lac d’Oô. Les chasseurs étaient trop loin pour les atteindre. Brun regagna la rive. Goupil dut rejoindre l’autre côté du lac car Brun avait un mauvais regard. Bien plus tard, Goupil retrouva l’endroit où il avait laissé les deux chiens errants. Blessés dans leur amour-propre, ils étaient partis vers une autre région. Il n’y avait plus personne pour prouver que Goupil avait sauvé Brun. Et qu’il n’avait jamais voulu l’écraser sous des rochers. Depuis ce jour, Brun avait gardé une rancune tenace envers Goupil.


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auteur : Desman

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