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Comme un ruisseau d'avril

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...Lothar raconte à son compagnon que pour devenir âmelier, il faut d'abord explorer sa propre âme dans ses recoins les plus reculés, les plus reclus, les plus rectilignes, les plus récalcitrants. C'est ce qu'il a fait, découvrant plus d'une scolopendre. Ensuite il a voyagé, prenant les pays dans l'ordre alphabétique et visitant chacun d'entre eux avec l'attention focalisée sur la manière dont chaque peuple, chaque ethnie, chaque groupuscule gère son contingent (et son supplément éventuel) d'âmes. De retour à son point d'ancrage, il a également étudié des domaines en rapport, tels que l'âme-our, l'âme-itié, l'âme-algame, l'âme-ertume et l'âme-nésie. Enfin, il a attendu patiemment qu'une charge d'âmelier soit disponible pour l'acquérir. Stan écoute avec une grande attention, réglée sur "intense".

Absent de lui-même, il voyage gratis hors le monde. Il ressent des ondées, y plonge et se concentre davantage. « Avec l’image c’est plus parlant » se dit-il ! Endetté de sa promesse envers Nats, il voit aujourd’hui que rien ne prouve que l’intelligence soit le mode de vie le plus pérenne parmi tous ceux testés par la Nature. Il avance avec une des marches qui l’accompagnent depuis peu et, dans un mode heuristique, il accepte les chips pendales qu’elle lui tend sans s’arrêter et accélère vers l’ascenseur psychédélique. « Quand je double la miss, nous nous jetons sur le tapis », se dit-il. Mais dans un geste extravagant, Stan se souvient de Lothar, fait demi-tour et s’assied à ses côtés pour l’écouter encore.

Lothar, fils d’un disparu, ouvre la bouche et double ses mots d’une soie épaisse et apaisante qui attire l’œil comme un trop fait. Puis il conte à ses doigts l’origine des onze lettres imaginaires dont peu de personnes perçoivent l’existence extensible. Encore moins nombreux sont ceux et celles qui connaissent leur véritable nom. Leur liberté fait qu’elles s’invitent dans les phrases qu’elles trouvent confortables. Elles détournent l’attention et le sens en éveil. À d’autres moments elles fusent et s’octroient des places inattendues qui portent haut les délices du conteur et glissent sur ses lèvres. Dans ses yeux, scintille la gloire d’un plaisir imaginaire qu’il est le seul à ressentir et qu’il tente d’exposer à ses auditeurs.

Les mots de Lothar soufflent sur Stan qui n’en croit pas ses oreilles tant le plaisir est grand. Il se sent soulevé et léger comme s’il n’avait plus de corps. Il n’est sûr que de sa présence sans savoir en quels lieux ou absence de lieu. Les verbes glissent comme des sirops parfumés contre sa conscience, elles le font tournoyer avec tranquillité. Il découvre des strophes imaginaires où les mots tombent des phrases juchées au sommet de hautes falaises, les herbes émotives grouillent de lettres en dehors de toute classification. Stan en attrape une du bout de sa langue et la sent marcher sans savoir où aller. Sans réfléchir, il la gobe et malgré lui, la recrache. Elle retombe sur le dos et se fait dévorer par ses collettres qui changent de couleur, gonflent et explosent comme un feu d’artifice, les unes contre les autres dans une réaction en chaîne. Des mots, se forment et se déforment, à la suavité extatique.

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auteurs : Desman, Fuligineuse

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