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Cité
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Vesce
La cité de Vesce s'étend sur plusieurs centaines de kilomètres. Les bâtisses ont été érigées en fonction du relief. Les édifices publics sont disposés le long d'un réseau routier pour en faciliter l'accès. Les soldats bien équipés gardent en permanence les portes de la ville. Elles sont forgées dans le bronze le plus pur. Elles s'ouvrent rarement sur l'extérieur.
La peur d'une invasion est toujours ancrée dans les esprits. Leur contrée s'est isolée du monde depuis le tragique accident. Durant une sombre nuit d'orage, leur région a été arrachée du continent. A l'aube, des montagnes infranchissables entouraient leur région. Elle reste ouverte face à un océan sans limites. Sur celui-ci grondent éternellement des tempêtes. La navigation est périlleuse. Des groupes de travailleurs habitent autour des remparts de la ville. Les portes s'entrouvrent lorsque le jour se lève. Les ouvriers logeant à l'extérieur peuvent entrer.
Le soleil n'apparaît que trois fois par an. La main-d'œuvre ne peut pas sortir dans l'obscurité. Ils revoient ainsi leur famille. Certains préfèrent rester à l'extérieur et vivre pauvrement. Ils ne supportent plus d'être isolés de leur cellule familiale. Ceux qui restent logent dans la ville au sein de taudis infâmes. Les habitants les appellent les oubliés. Seule l'apparition du soleil redonne du baume au cœur à ces travailleurs. Ils savent que les portes s'ouvriront trois fois pour leur laisser le passage. L'astre solaire réapparaît enfin. Ce jour-là c'est la liesse générale, les familles se retrouvent après une longue absence.
Les habitants doivent donner la moitié de leur temps pour participer à la rénovation de bâtiments communautaires. Le brouillard est présent les trois quarts de l'année dans cette région tempérée. Il existe des sources chaudes d'origine volcanique. Des geysers percent la croûte du sol en permanence. La loi interdit à quiconque de posséder les terrains occupés par le diable. Ils l'appellent la "zone interdite". Dans le ciel, un amas de plomb arrête une grande partie des rayons lumineux. Il y a longtemps, un savant a tenté de dominer les éléments avec une machine. Son but était de calmer la colère de l'océan afin permettre la navigation. Sa machine a explosé en vitrifiant le versant nord de la plus haute des montagnes. Le pic a explosé dans les airs pour former l'amas de plomb.
Cet événement s'est passé il y a trois mille ans. Rien ne semble dissiper cette malédiction. Les habitants se sont adaptés. L'amas est percé à trois endroits. C'est pour cela que le soleil brille sur cette contrée trois fois par an. Le peuple ne supporte plus l'obscurité. Ils ont tenté de nombreuses expériences pour s'en sortir. Une seule a presque réussi. Un militaire a propulsé des explosifs avec l'aide d'un tube rempli d'un carburant à la formule restée secrète. Les deux missiles perforèrent l'amas à deux endroits. La puissance déployée était grandiose. Les religieux prirent peur et ont craint un pouvoir militaire trop fort. Ils mutilèrent le créateur de l'arme. Depuis ce jour, il a disparu enfermé dans le plus sombre des monastères.
Avant l'expérience, il a gravé la formule sur un disque de verre. Celui-ci est caché quelque part sur le pan de la montagne vitrifiée. Les militaires l'explorent inlassablement depuis des générations. Ils disposent des descendants des prisonniers de guerre, vaincus lors d'une grande bataille avant le cataclysme. Ils sont aidés également de jeunes recrues exécutant leur rite d'initiation. La découverte du disque permettrait de percer un tunnel sous la montagne vers le monde extérieur. Cette recherche s'est transformée en rite initiatique pour les jeunes recrues. Les soldats, avant leur formation finale, restent quelques mois dans ces montagnes à l'explorer. Ils reviennent grandis d'une expérience nouvelle. Celui qui découvrira le disque se verra nommer à un poste honorifique.
La nature sauvage du relief imprime dans leur esprit un profond respect de la vie. Quelques-uns uns d'entre eux seront choisis. Ils deviendront les futurs dirigeants de Vesce. Le peu d'élus doivent étudier longtemps dans les monastères avant de pouvoir exercer dans la cité. La solitude de leur éducation permet à leur esprit de se concentrer sur les difficultés de survie de la population. Ces groupes de travail sont indispensables à l'élaboration d'infrastructures dans la cité. Ils n'ont donc pas le droit de fonder une famille. Cette idée ne leur vient pas à l'idée. Ils vivent trop en reclus pour connaître l'existence heureuse d'une cellule familiale.
Deux tours circulaires ont été érigées pour les protéger de toutes influences extérieures. Les personnes tentant de franchir les remparts sont systématiquement enfermées dans le plus obscur des cachots. La punition dure de longs mois pour éviter au pensionnaire l'envie de recommencer. Les terrains sont riches en gisements de fer. Ils attirent inlassablement l'amas de plomb sur la région. L'atmosphère dense la repousse vers le haut. Cette opposition équilibre le nuage. Il le fait tourner éternellement dans le ciel. Les trois trouées dans l'amas permettent aux rayons solaires de ranimer l'espoir dans ces âmes désespérées. Le retour de la lumière est fêté trois fois par an. La période d'ensoleillement dure six semaines.
Des plaques de verre traitées spécialement accumulent l'électricité dans des batteries. Quand l'obscurité revient, des projecteurs géants restituent sous forme de lumière cette énergie. Les plantes peuvent survivent et nourrir les hommes prisonniers de cette terre. Depuis la naissance de leur civilisation, ils vivent dans cette région isolée du reste du monde. Ils ne savent pas ce qui se trouve derrière les montagnes. Leur univers a donc une fin, il est enfermé dans une bulle d'air les maintenant en vie. Les religieux entretiennent cette croyance qui devient la vérité après plusieurs centaines d'années de prédication. Personne ne se souvient de l'avant. Les habitants ne cherchent pas à savoir ce qui s'est passé. Oublier c'est recommencer les mêmes erreurs. Les personnes tentant de rechercher la vérité disparaissent mystérieusement.
Les musées n'existent pas, ils sont formellement interdits. Les événements du quotidien sont retranscrits uniquement par de jeunes moines. Leur rapport est confié à des chefs de monastères qui rassemblent les informations au sein d'une forteresse de solitude. Elle est habitée par le plus sage des religieux. Il vit jusqu'à sa mort dans cette bâtisse. Lorsque le sage décède, un vice-prêtre est nommé à la lecture du testament. Il devient, par cette transmission de Foi, l'unique représentant de la religion à rassembler les écrits. Lors de l'apparition des premiers rayons du soleil, il bénit le début des festivités.
Il est le président d'honneur de la ville. Sa présence est signe de manifestation de joie. A cette occasion, les vœux des jeunes adolescents sont prononcés. Ils deviennent des adultes en acceptant les compagnes désignées par leurs pères. Les couples sont formés dès leur naissance. Le hasard n'a pas de place dans cette société sous l'emprise de cette fatalité. Cette ethnie protège sa population avec une discipline particulière. Les prisons, les tribunaux n'existent pas. Ceux qui ne veulent pas se plier aux traditions sont enrôlés de force dans l'unique armée.
Un grand nombre prennent cette voie. Le mariage signifie pour eux un enchaînement définitif à la terre. L'obscurité des habitations refroidit l'ardeur de ces jeunes cœurs. Ils veulent de l'espace, de l'aventure. Il existe sous cette contrée de vastes grottes souterraines. L'armée part souvent en campagne dans ces réseaux souterrains. Personne n'a jamais pu sonder leur dimension. Le plus haut bâtiment de la ville ne touche pas la voûte de l'une de ces immenses excavations. Des fleuves serpentent au milieu de ces entrelacements. La vie animale existe.
Les militaires recherchent des minéraux essentiels à la survie de la cité. Parfois ils rapportent des produits de la chasse. Les principaux trophées ornent la salle de repas. Si un bataillon découvre un minerai aurifère, il jouira toute sa vie de privilèges extrêmes. L'or, contrairement aux apparences, n'est pas une monnaie d'échange. Il recouvre les réflecteurs inondant de lumière les cultures. Ils sont répartis sur l'ensemble de ce petit territoire. Une nouvelle couche doit être posée tous les ans. Sans cette lumière, les plantations périraient. Les hommes, les animaux ont besoin de la lumière pour vivre.
Il existe deux communautés : une travaille la terre, l'autre coupe le bois dans la forêt profonde. Les arbres occupent les trois quarts de la surface. Ils poussent rapidement grâce à la richesse du sol. Le manque de lumière ne retarde pas leur croissance. Ils se sont adaptés mieux que les hommes. Les axes routiers traversent la forêt. Elle est mystérieuse, de nombreux voyageurs disparaissent chaque année. Des patrouilles circulent sur les voies dégagées en évitant de pénétrer plus profondément. La légende raconte l'histoire d'un oiseau de feu surgissant du sol. Il aurait détruit la civilisation antique pour la punir de trop puiser dans les ressources naturelles. La ville de Vesce est le vestige de la cité antique. Des monuments érigés par les anciens bâtisseurs résistent encore aux assauts du temps.
La technique de construction employée est oubliée depuis longtemps. Un architecte a tenté un jour de démonter l'un de ces murs. Une langue de feu se propagea sur les ouvriers pour les réduire en cendres. Les survivants s'enfuirent apeurés. Depuis ce jour, plus personne ne touche aux vestiges du passé. Les bâtisseurs s'inspirent du style pour les nouvelles constructions. Les monuments se fondent dans la ville sans choquer le passant. Habiter le centre de la ville est donc un privilège. Les élus sont des personnes ayant découvert des minéraux rentables. Il y a aussi les inventeurs de systèmes ingénieux d'irrigations.
Les ancêtres du concepteur des réflecteurs possèdent des villas luxueuses au centre de la ville. Une centaine de serviteurs sont présents pour combler tous leurs désirs. Ils sont les seuls à détenir le secret de fabrication de l'alliage composant les réflecteurs. Ils forment, dans un lieu secret, de jeunes ingénieurs à la technique de fabrication. L'élément essentiel de la formule est inscrit sur un parchemin enfermé dans le plus profond des monastères. Un moine veille en permanence sur le précieux document. A sa mort celui-ci sera remis à son élève pour qu'il continue à garder jalousement ce secret.
La formule permet de fabriquer un matériau restituant lentement la lumière emmagasinée. Deux jours d'exposition au soleil restituent vingt jours de lumière artificielle. Cette invention géniale sauva ce petit îlot d'hommes. Un guerrier revêtant une combinaison recouverte de cette matière devient invisible face à ses ennemis. Cette matière a la particularité d'absorber la lumière. Une combinaison fait de cet alliage est une arme terrible. Les généraux sont dotés de cet équipement spécial. Leur vie est trop précieuse pour la perdre.
Le coût de fabrication d'une tenue est trop élevé pour équiper toute l'armée. La formation d'un militaire général dure plusieurs dizaines d'années. Le reste de la population travaille pour cette minorité dirigeante. Le petit travailleur doit fournir un maximum de rendement pour nourrir sa famille. La ville prélève un impôt en nature. L'agriculteur travaille dur pour se nourrir. Il habite loin en périphérie, accroché à un petit lopin de terre aride. Entre la ville et les agriculteurs se trouvent les terrains militaires. Si un jour un groupe tentait de se rebeller, il périrait en tentant de traverser ces territoires.
La moitié de la production des agriculteurs nourrit la ville sans contrepartie. C'est sa contribution pour exister sur cette terre. La composition de la famille est choisie par les groupes dirigeants. Plus il aura d'enfants, plus le travail sera dur, acharné. La population par cette méthode est stable. L'adultère est donc un crime sévèrement puni. Les familles ne pouvant subvenir à leur besoin se voient retirer leurs enfants. Ils sont élevés dans les centres militaires. Un système de surveillance est installé pour contrôler les naissances. Le couple souhaitant avoir un enfant doit rassembler le comité du groupe agricole.
Un militaire préside cette assemblée pour contrôler son bon déroulement. La jeune mariée doit rester une nuit avec ce militaire pour qu'il vérifie sa fécondité. La ville, par cette méthode, contrôle la race. Les agriculteurs sont issus de descendants navigateurs qui se sont échoués sur les plages. Les religieux se sont retrouvés face au scepticisme des agriculteurs déjà en place. La vie ne peut pas exister au-delà des mers.
Ce groupe d'agriculteurs est devenu au fil des ans des forestiers. Actuellement ils vivent reclus au fond de la forêt. Le produit de leur travail est échangé contre des vivres, du matériel. Cent années ont été nécessaires pour faire oublier leurs doutes au reste de la cité. Dans la ville, les jeunes mariés obtiennent l'autorisation d'envoyer leurs enfants dans les écoles. Après de multiples questions, la décision est prise immédiatement. Le couple doit s'y plier sous peine de bannissement dans la forêt profonde. Ils rejoignent le groupe des forestiers.
Leur population reste ainsi stable. Les éléments perturbateurs sont effacés en douceur. Parfois des couples ont des enfants sans l'accord des groupes. Les militaires investissent leur terre pour s'emparer d'eux. Les enfants illégitimes sont adoptés par des couples ne pouvant pas avoir d'enfants. Le couple est banni dans la zone interdite à la recherche de minéraux. Ils ne peuvent pas revenir, un désert sans fin les condamne à vivre dans cette contrée reculée. Les militaires possèdent des cartes avec l'emplacement des points d'eaux. Traverser le désert devient donc possible avec ce sésame. La loi de la ville est immuable. Le crime n'existe plus à Vesce. Le dernier meurtre date de deux cent ans. Le condamné a été jeté dans un puits sans fond.
Il est tombé durant des jours. Plus personne ne l'a revu. Les réseaux souterrains sont innombrables dans le sol. Un ouvrier souhaitant creuser un puits doit consulter l'avis d'experts. Ils compulsent les registres anciens. Personne d'autre n'a le droit de lire, ils contiennent les écrits interdits. Il faut une longue préparation intellectuelle pour bien interpréter les écrits. Un moine est chargé de veiller à la bonne lecture des livres. Vesce est entourée de montagnes aux sommets infranchissables. Un vaste océan s'étire le long des remparts de la ville. C'est la seule voie d'accès avec l'extérieur.
La ville ne maîtrise pas la navigation. Les frêles esquifs ont besoin de voir la côte suffisamment proche pour pouvoir naviguer. Un groupe de téméraire a tenté de conquérir cet espace liquide. Une tempête subite a ramené sur la plage leurs corps quelques jours après. Le navire s'est disloqué sur les rochers au large. Après le naufrage, la tempête et les rochers disparurent. Depuis ce jour, le territoire marin est maudit. La ville est richement décorée, une place centrale est aménagée pour accueillir l'ensemble de la population. Toute personne peut intervenir afin de donner son opinion pour le bien-être de tous. Les habitants ressentent ce privilège comme une liberté sans limites.
Les citoyens se sentent privilégiés par rapport au reste des autres travailleurs de l'ombre loin des remparts infranchissables de la ville. Une centrale accumule la chaleur des geysers pour fournir la chaleur à cette ville. Elle se trouve construite sous le niveau de la mer. Les ancêtres fabriquèrent un barrage gigantesque pour retenir les flots marins. La surface habitable devint trop faible pour cette population en augmentation. Les anciens maîtrisèrent l'assèchement des marais pour cultiver et vivre sur la terre. La cité de Vesce n'est pas unique, cent trente cités ont été érigées de la même façon. A l'emplacement des villes se trouvent de riches gisements de fer. L'exploitation est souterraine. Le fer alimente directement les usines.
La ville vit ainsi en autarcie. Elle est capable de se défendre contre des invasions barbares. Ce sont des groupes de travailleurs révoltés. Ils se sont regroupés durant l'édification de la première cité. Les militaires étaient occupés à protéger les abords. Ils ne pouvaient pas diviser leurs forces pour punir les indigents. Des portes de bronzes ont été construites pour leur interdire de pénétrer dans la cité. Ils ne possèdent pas des armes meurtrières. Le secret de l'explosif est depuis longtemps oublié de cette ethnie. Le javelot, le glaive sont leur seul arsenal. Les cités ont des armes à projectiles ardents.
Deux fois, ils ont tenté d'attaquer Vesce. De nombreux guerriers périrent, les généraux barbares abandonnèrent toute idée d'invasion. Ces guerres lointaines sont oubliées de tous. Seules subsistent les portes de bronze. Témoignage d'une croyance ancestrale. Les hommes voient ces plaques de bronze comme les portes de l'enfer. Personne ne se pose la question de leur origine. Elle fait partie de la croyance populaire. Les religieux entretiennent cette croyance par des rites.
L'architecture des maisons est austère. L'intérieur est décoré avec un grand raffinement. A l'extérieur, le citadin voit un amoncellement de blocs de pierre cubiques. Les habitats sont peu élevés pour éviter aux citoyens de regarder l'horizon. Seuls les remparts dominent leur champ de vision. Sur ceux-ci sont peints des fresques. Des scènes religieuses sont représentées pour imprimer dans leur esprit le respect des lois. Loin de cette concentration urbaine, vivent les agriculteurs. Une barrière de bois entoure d'une protection dérisoire leurs huttes de terre. La journée, seuls les enfants, les vieillards restent dans le village. Tous les autres sont aux champs...
