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Bastian Danilo Linares, un libraire efficace
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Il faisait des pieds et des mains pour que Videla le remarque. En contournant ses regards, il évitait ses yeux et s’arrêtait sur son corps athlétique et d’un petit gabarit. Elle vérifiait les caisses de livres de Linares par formalité. Une seule fois, il s’était permis un oubli volontaire, mais la déception qu’il lut sur le visage de Videla l’empêcha de recommencer. Il avait cru qu’elle le suivrait jusqu’à sa librairie. Il apprit par expérience qu’elle ne quittait jamais une caisse vérifiée, même lorsque la pluie se déchaînait, ou que le froid la pénétrait. Les années passant, Linares écrivit des poèmes à la gloire de sa muse vivante, vibrante, éclatante. Puis un jour il eut l’idée d’en glisser un dans l’une des caisses destinées à Videla et à son mari, le fondateur d’Hafenbourg. Il mit trois semaines avant de passer à l’acte. Vint le temps où chaque caisse contenait un poème, puis celui où chaque livre se voyait affublé d’un prototype de marque-page sur lequel il avait écrit un poème de trois ou quatre vers.
L’indifférence charnelle de Videla pour Lineras amusait Hafenbuch. Sa discrétion puis les subterfuges qu’il utilisait pour, croyait-il, ne pas divulguer son amour pour Videla, faisaient couler les larmes des Hafenbourgeois. Ni Lineras, ni sa femme ne surent jamais l’étendue de l’appréciation de l’épanchement de son cœur, ni que cela stimulait l’ardeur avec laquelle Hafenbuch retrouvait Videla chaque matin, ni qu’il obligeait Hafenbuch à enrichir la qualité de sa prose. Chaque jour Hafenbuch regardait vivre sa femme, appréciait ses qualités humaines et inspectait le moindre recoin de son corps, pour mieux les détailler, pour mieux les décrire, pour mieux les faire apprécier. D’autres larmes coulaient des Hafenbourgeois tant l’amour de Videla et d’Hafenbuch s’idéalisait à leurs yeux.
Frères dans la mort, Hafenbuch et Linares sont morts d’une crise cardiaque. Mais seul Linares fit ça dans un bordel, à la grande honte de sa femme. La pauvre apprit le même jour qu’elle était devenue veuve, sans un sou tant son mari était endetté, cocue sexuellement à cause d’une prostituée et cocue sentimentalement depuis leur première année de mariage à cause d’une femme idéale s’il l’on en croit la renommée de Videla.
- auteur : Desman
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