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Auteur, construisez moi de belles ruines !
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J’œuvrais. Ce putain de logiciel foirait depuis une semaine. Il était plus lent que moi. J’ouvrais la boîte de Pandore. J’effaçais et réécrivais la même chose. Je dynamitais le barrage de mes émotions. Les vannes explosaient les unes après les autres. Un flux intarissable. Il me fallait revenir en arrière pour corriger mes erreurs orthographiques ou grammaticales, et les fautes de frappes. Des lettres manquaient. Et si j’écrivais dans un trou sans lecteur. Pourtant j’en avais eu des lecteurs. Pas nombreux. Pas assez pour me faire vivre, pas je-ne-sais-quoi. Et une virgule à remplacer par un point. Une majuscule. Cela me faisait perdre mes idées. Oh, des idées simples. Ah, oui, les lecteurs. Parce qu’il m’arrive de me souvenir sans me relire. Quand ça arrive c’est agréable… pour moi. Donc les lecteurs. Plus de lecteurs. Lassés, les lecteurs. Fainéants aussi les lecteurs. Pas envie de risquer de perdre du temps et de l’énergie. C’est la faute à bibi. Trop de textes courts. Et les longs trop construits. Pas assez de sentiments, de ressenti. Pas de ma faute si je ressens les idées abstraites mieux que je ne perçois les gens, les vrais. La télé m’indispose. Non, la télé m’indisposait. Un bruit incessant. Des fautes encore. Un nouvel aller-retour. Me voilà. Pourquoi écrire ? Pour qui ? Parce que là je ne risque pas d’être délaissé, trahi. J’avance à ma vitesse. Et quand je ne veux pas, j’arrê
Des mots sans fin. Je reprends quand je veux. Je reprends quand je veux. Je répète si je veux. Personne ne m’en empêchera. Personne ne me lira. Pas grave. J’suis pas là pour ça. Même si quand même, une petite lecture. Gratuite. Pour le plaisir. C’est donc ça la liberté. Ma libeté. Ma liberté est d’écrire sans plan et de suivre des règles que je ne connais pas, qui sont en moi. Je peux même écrire le mot liberté sans « r » sans le vouloir et ne pas le corriger. Je ne me relis pas. En fait, si. Enfin, si. Si. Tellement. Mon esprit ne s’arrête pas sur ce genre d’erreur qui n’en est pas pour moi. Je les survole sans risque, sans heurt, sans mauvaise conscience. Je corrige par souci de perfectionnisme. Pour que ça fasse plus propre. Plus propre dans ma tête. Ma tête qui ne veux plus prévoir. Juste avancer. Et là je décide de changer d’histoire. Et pourtant c’est la mienne, encore la mienne. Même lorsque je ne parle pas de moi. Ça m’intéresse moins sans lecteur. Le secret est de ne même pas se relire. Placer le texte sur le Net. Les pauvres qui prendront mon texte pour un texte se prendront pour des lecteurs et ils me prendront pour un auteur sans… ou ils arrêteront avant cette ligne qui comme la suite sera survolée. M’en fous, j’écris. Pas point. Virgule,
Un autre paragraphe. Ce doit être le troisième à vue de mémoire. À l’œil ça fait trois aussi. J’accumule. Des mots. Des phrases. Des mots. Des morceaux d’une même histoire. La même. La mienne. La mienne et celles de ceux qui croiseront ce texte. Une histoire sans plus d’intérêt qu’un caillou. Après le choc, la chaussure avance autour d’un pied. Et j’avance. Et j’aime ça. J’adore même. Ouvrir les vannes. Sans rire.
Un petit paragraphe pour le plaisir de yeux. Les miens. Pas question que je tutoie ou vouvoie les ou le ou la lecteurs. Surtout si je n’en ai pas. Même pas moi. Parce que là c’est sûr, je ne me relirais pas. Si d’autres le font, pas grave. Pas de secret. Pas de mystère sinon celui d’un être qui écrit pour lui-même sans se relire. Juste pour verbaliser ce qu’il a en tête et être dorloté par ce confort de l’écriture sans formalité, sans but, sans intérêt. Des mots. Des lettres. Et moi. Toujours différent. Une pause si je veux. Et je reprendrais. Ici. Ailleurs. Avant. Jamais. Des mots. Les mots et moi. Je pourrais arrêter de vivre si cela était juste pour écrire. J’ai assez de mots en tête pour me plaire. L’ennui me viendrait peut-être. Et pourquoi se forcer à ne pas écrire n’importe quoi ? Pour moi. Pour les mots. Les mots. Toujours les mêmes. Et moi ? Rien. Des mots. Jamais les mêmes. Jamais le même sens dans un même mot. Même protéger dans des phrases types, des proverbes, des expressions galvaudées, ils sont uniques. Le même mot. « mot » est différent de « mot ». Suivant que c’est selon. Alors j’arrête. J’abdique. Le plaisir s’échappe. Mon plaisir ne vient pas des mots. Il vient des idées. Des idées neuves. Les miennes. Celles des autres. Et les faire miennes. Les sucer jusqu’à la moelle. Mon dieu n’est pas un mot. Mon dieu est la nouveauté. La nouveauté fantastique et sensée. Fantastique parce que sensée. Ma déesse est le passage d’un courant électrique dans les neurones occupés à distinguer mon ressenti des idées nouvelles. Perdu la foi en une amélioration du monde. On peut juste l’empêcher de griller avant l’heure. Pas plus. Pas de service après-vente pour l’Univers. Pas forcément défectueux. Sans mode d’emploi. Pas d’emploi ? Peut-être. Pas grave. D’autres idées nouvelles m’attendent. Le plaisir dont je suis l’esclave avant tout. Pas envie d’être sauvé.
Ceci n’est pas une bouteille à la mer. Que personne ne la trouve. Laissez-moi mon bien-être. Ne me sauvez pas. Pas moral. S’en fout. J’en ai pas l’air mais j’œuvre. Au moins pour mon seul bonheur. Pas facile d’arrêter. Trop bon. Seule la fatigue me tue.
Le bonheur m’envahit. Je le savoure. Je vais le savourer de longues minutes. Et son souvenir restera en moi. Et je vais vouloir revivre ça. Ça ! Il n'y a que ça ! Je ne vais pas le gâter à le décrire. Il est là ! Avec moi. En moi. Je souris. Grand sourire. Profond. Trop bon ! J'adore ! Les mots ne suffisent plus.
- auteur : Desman
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