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Assis sur des chaises-araignées
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Assis sur des chaises-araignées, Nats et Passalkov avancent sans arme mais avec bagages et animaux vers l’occident jusqu’à Lorient, et après une nuit passée à parler en dormant ils se payent deux billets sans retour pour Dallas sur deux belles jeunes araignées d’eau. Ils arrivent avant l’ouverture du saloon du livre. Ils ont trois jours d’avance ! Ils louent une chambre à parler et se promènent, à tour de rôle, l’un sur le demi-tandem de Nats et l’autre sur Épane. Ils prennent quatre places pour voir Anaïs ou l'antique fraîcheur d’après une farce d’Anthelme Courbedanse, retravaillée à la sauce américaine. Dans ce théâtre si moderne nos quatre amis sont étonnés d’entendre un souffleur de vers mal caché comme au bon vieux temps. Mais le spectacle continue…
- ...continue... continue dans un continuum spatio-temporel traversé de lourdes zébrures acariâtres. Passalkov, qui est continuellement assoiffé, fait signe à une petite marchande ambulante qui escalade les gradins dégradés pour lui apporter un jus de pamplemousse ébouriffé. Nats s'est assoupi malgré le boucan considérable que font sur la scène des musiciens déjantés qui écorchent vives des roues de tricycle japonais. Le vent leur module des soupirs vernaculaires. A l'extérieur du stade, des gens attendent patiemment pour pouvoir entrer dès qu'un spectateur épuisé est évacué sur un pack de six-bières. Passalkov fait de nouveau signe à la marchande de s'approcher, mais ce n'est pas de jus de fruits qu'il a envie.
Nats pousse les portes du saloon du livre où le pétrole coule dans les flûtes, et les quatre invités le vomissent sur leur parvenu. Le livre n’est qu’un combustible, qu’un carburant de l’orange mécanique qui presse des âmes en millions de non-exemplaires. Les pilons s’affolent et sonnent le glas d’un Montaigne offert pour l’achat d’une foule inconséquente où chacun lit les mêmes mots en même temps. De performance en permafrost, les lecteurs aiguisent leurs idéaux, arrondissent les angles, s’emboîtent de leur mieux et jouissent d’un orgasme littéraire simultané à l’achat d’un soap populaire. Nats s’oublie et entre comme un drogué en manque dans le jeu des mots chaleureux qui vous confectionne une écharpe pour l’hiver et vous plonge dans l’eau rafraîchissante lors des journées caniculaires.
- Tout écrivain sera condamné à apprendre à écrire seul. Ce n’est que remise-party. Nats et ses compagnons d’infortunes vaquent en d’autres contrées à la recherche d’éléments distinctifs du Groir. Ils montent à bord d’un sur-marin et torpillent les ateliers d’écriture de tous les pays afin que règne la liberté d’écriture libératrice, unique et solitaire. Dorénavant, chaque auteur ne lira plus d'autrui de peur de se voir embrigadé dans des chemins contraires à son bien-être littéraire sous le péril écœurant d’une contamination verbale rédhibitoire. Il faudra que chacun d’eux réinvente l’écriture, à sa façon, selon ses goûts et ses certitudes, réinvente des alphabets ou d’autres signes plus personnels dans un abri anti-mossile écartant toute menace terroriste textuelle. Les dégâts sont nombreux. Nats se rend au cimetière des mots déjà utilisés par d’autres et lit malgré lui sur une tombe : Ci-gît une épitaphe.
- auteurs : Desman, Fuligineuse
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