Pour une écriture collaborative pensez aussi à Wikinouvelles.

Asile

Respectez les droits d'auteur de ce texte (récupéré sur le site Wikimaginaire).

Jump to: navigation, search

Un rocher. Perdu au plein milieu de l'océan. A perte de vue, on voit l'eau miroiter. Sur ce rocher, perché, de grands bâtiments blancs. A l'entrée, un panneau. Il est tout rouillé, et plus personne ne sait ce que représente le dessin qui y est à moitié effacé. Quelque chose qui ressemble vaguement à cela :


ASILE PSYCHIATRIQUE


ATTENTION FOUS DANGEREUX


Personne ne sait ce que cela signifie. Même les Premiers ne le savent pas. Et nous, on le savait presque.
Mais maintenant, ils nous ont mis là. D'autres Troisièmes. Nous avons trois pièces. Une grande chambre, avec huit lits, et nous sommes vingt. Une cuisinesalleàmangersalon. Et puis une salle de bain. Des Troisièmes nous apportent à manger deux fois par jour. On ne peut pas sortir. J'ai vérifié. Toutes les entrées et toutes les sorties ont été fermées, calfeutrées. D'ordinaire, les Troisièmes ne sont pas si habiles à manoeuvrer des vissesvis, et des tapesclous. Le seul passage est la porte principale, par laquelle ils viennent régulièrement nous voir, toujours sans un mot. Et de l'autre côté de la porte, il y a toujours un Troisième qui garde la porte. Je le sais. Un jour, on avait essayé de l'enfoncer. Mais il avait donné l'alerte.


Et pourtant, au début, tout avait bien commencé. Depuis que je suis toute petite, j'en rêvais. Les Premiers et les Seconds nous racontèrent l'Histoire :
Au début, furent les Premiers. Ils racontent qu'ils ont été amenés ici par les Autres. Ils ne veulent pas parler des Autres. Ils disent que les Autres ne nous aiment pas, et qu'ils savent lire les dessins, comme celui de l'entrée. Et un jour, les Autres sont repartis. Les Premiers se sont organisés. Puis les Seconds sont venus au monde. Puis les Troisièmes. Je suis une Troisième. Il y a déjà quelques Quatrièmes. Mais ils sont encore tout petits.
Il y a déjà plus de jours que de doigts sur trois mains, on avait été plusieurs à « réfléchir ». C'est comme ça qu'ils avaient appelés ce que nous faisions. Les Premiers ont dit que les Autres réfléchissaient. Ils avaient dit qu'en « réfléchissant », nous pouvions faire plein de choses. Ils nous avaient demandé de solutionner quelques problèmes. La fuite d'eau dans le toit. Le distributeur de nourriture de la petite pièce blanche qui venait de se bloquer, etc... Nous nous sommes regroupés pour « réfléchir ». Mais nous, nous voulions « réfléchir » sur d'autres choses.
Pourquoi l'eau est-elle vivante ?
Pourquoi le soleil qui est tout seul éclaire--til plus que les étoiles qui sont beaucoup ?
Pourquoi l'herbe qui est dehors change-t-elle de couleur de temps en temps, alors que celle qui est dans le jardin que les Premiers appellent "Art Tificiel" est toujours verte ?
Pourquoi les Autres savent ce que sont les dessins et pas nous ?
Qui sont les Autres ?
Où sont les Autres ?
Comment et pourquoi tout cela est arrivé et pourquoi est-ce arrivé comme ça ?
Nous avons cherché partout des réponses à nos questions.
Un jour, nous avons trouvé. Il y avait, au fond de l'ancien dortoir des Premiers, une porte verrouillée.
Personne n'avait jamais su ce qu'il y avait derrière. Nous avions envahi le dortoir. Nous y avions trouvé des outils dans un atelier. C'est d'ailleurs tout ce que nous y avions trouvé. Nous avions longtemps cherché leurs fonctions, et quelques Premiers nous ont aidé. Il y en avait pour enfoncer ce que les Premiers appellent des clous. Nous les avions appelés des tapes-clous, car il faut taper pour que cela fonctionne. Il y avait aussi des vis, comme les clous, sauf qu'au lieu de taper, il fallait tourner. Les Premiers disent qu'il faut « visser ». Et pour cela, nous avions trouvé des visses-vis.
Nous avions trouvés sur la porte des vis. Nous avions réussi à les dévisser. Mais nous n'avions pas réussit à enlever la porte. Parmi les outils de l'atelier, nous en remarquâmes un qui était composé d'un bâton en bois auquel était accroché une lame en métal coupante. Certains d'entre nous eurent l'idée de projeter l'objet à l'aide de son manche sur l'endroit de la porte où se trouvait l'ouvre-porte, la barre métallique qui ouvre la porte quand on appuie dessus. Cela fit une grosse marque. Nous avions recommencé pendant plusieurs jours. A la fin, nous avions fini par casser la porte. Nous avions appelé l'outil le « casse-porte ». La nouvelle pièce avait l'air si grande ! Nous avions cherché l'allumoir. Une fois que l'oeuf électrique suspendu en haut de la pièce fut allumé, nous pûmes admirer notre découverte.
C'était une grande pièce. Elle était bordée de tables carrelées et de lavabos. Il y avait à plusieurs endroits des téléviseurs, avec dessous des genres de plateaux sur lesquels étaient disposés des cubes en plastique représentant des dessins. Partout des étagères et des engins mystérieux. Au fond, deux portes fermées à clef.
Nous avions utilisé la même méthode que pour la porte précédente. Encore une autre pièce, plus petite que la précédente. Ce que nous trouvâmes dedans nous emplit d'effroi. Des bocaux traînant sur des tables contenaient des formes rosâtres. Un peu partout, des tâches de sang. Plus loin, des cages, où nous pouvions voir une sorte de roue blanche, en plastique. Et des petits os un peu partout. Nous déclarâmes cette salle maudite, et nous en ressortîmes.


Les Seconds avaient appris notre découverte. Cela n'avait pas eu l'air de leur plaire. Ils nous dirent que nous étions allés là où il ne fallait pas. Nous avions pourtant déclaré la deuxième salle maudite, comme les Seconds l'avaient fait pour celle qui a une fuite dans le toit, ou celle où le distributeur de nourriture ne marche plus. Mais là, ils ont dit que les Autres sont des lâches, qu'ils ont abandonnés les Premiers, et que nous ne devions pas essayer d'en savoir plus sur eux. Plusieurs Troisième, étant avec eux, se sont proposés pour nous garder. Ils ont dit qu'ils surveilleraient la salle, et qu'ils nous surveilleraient aussi.
Un jour, cependant, nous leurs avions échappé. Enfin, ce n'était pas un jour, c'était une nuit. Et cette nuit, nous étions retournés dans la pièce. Nous avions vu la deuxième porte. Nous l'avions défoncée. Derrière, il y avait un bureau. Et derrière le bureau, un appartement, avec tout ce qu'il faut pour vivre, et rien d'intéressant pour nous.
Mais, dans le bureau, nous avons trouvés pleins de papiers. En regardant certains, nous avons comprit ce qu'ils représentaient. Il y avait des carrés, des rectangles, des traits, et ils avaient tous la même forme que l'emplacement des pièces que l'on trouvait ici.
Des Premiers m'avaient parlé de ces étranges papiers. Ils m'avaient dit que certains ont le pouvoir de représenter la réalité des murs, mais en la simplifiant. Je l'avais expliqué aux autres. En plus, sur ces papiers, il y avait encore des dessins, comme ceux du panneau, comme ceux des petits cubes devant les écrans de télévision. Les Premiers avaient dit que ça s'appelait une « carte ». Et il y en avait d'autres, des « cartes ». Mais nous ne savions pas ce qu'elles représentaient. Nous les avons prises, et nous sommes ressortis avant que le jour ne se lève.
Le lendemain, nous avions amené les « cartes » aux premiers. Ils avaient dit qu'elles représentaient le monde des Autres. Quand les Seconds ont appris la nouvelle, ils n'ont pas été contents. Ils ont dit que les Autres étaient des monstres, et qu'il ne fallait pas les revoir. Ils ont dit qu'avec ces cartes, nous pouvions faire arriver chez nous les Autres, et que ce serait la fin. Je me suis demandé comment les Seconds faisaient pour en savoir autant sur les Autres, alors que seuls les Premiers les avaient vus... Mais comme tout le monde avait l'air d'accord avec les Seconds, je n'ai rien dit.
Les Seconds ont dit que ce n'était pas « normal » d'être aussi intéressé par les Autres. Ils ont dit que nous ne devions pas rester avec tout le monde, que nous avions comme une maladie contagieuse, et que l'on devait nous enfermer pour ne pas que les autres Premiers, et les autres Seconds, et les autres Troisièmes, et même les autres Quatrièmes fassent comme nous. Ils ont dit que nous étions malades de la folie, et nous ont enfermés là.


Auteur : Florian Birée

Nouvelle écrite entre le lundi 15/12/2003 et le mercredi 24/12/2003, révisée le mardi 31/08/2004 et le mercredi 9/11/2005

Copyright © Florian Birée, 2005


somerights20.fr.png

Cette création est mise à disposition selon le Contrat Paternité Partage des Conditions Initiales à l'Identique disponible en ligne http://creativecommons.org/licenses/bysa/2.0/fr/ ou par courrier postal à Creative Commons, 559 Nathan Abbott Way, Stanford, California 94305, USA.

Respectez les droits d'auteur de ce texte (récupéré sur le site « http://wikimaginaire.free-h.org/index.php/Asile »).
Pour une écriture personnelle, collaborative ou bien collective : http://wikimaginaire.free-h.org/