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Anthelme Courbedanse

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Ses débuts

Né à Paris en 1413, ce jeune étudiant peu studieux, fit partie moins d’une année de la Guilde des Copistes Lumineux. Après s’être essayé aux miracles et aux mystères, il rejoignit la confrérie des « Scolastiques Irrévérents » où se réunissaient des étudiants des quatre grandes nations de l’université de Paris que sont la Normandie, la France, la Picardie et l’Angleterre. Il excellait dans ses rôles de fous des soties puis se passionna pour la farce, plus construite et frappant le cuistre avec plus de discernement et de précision. Ses talents d’acteur attirèrent d’autres étudiants qui pensaient plus à s’amuser qu’à poursuivre leurs efforts liés aux études. C'est ainsi qu'Olivier Sarongue croisa son destin et devint son plus fidèle ami.


Il s’essaya sans succès aux virelais et rondeaux polyphoniques. Il ne devait pas posséder l’oreille musicale. Il affectionnait les mots et se concentra sur leur sens. La richesse des dialogues et de leurs interprétations le distingua de ses contemporains. Chacune de ses œuvres, de par leurs polysémies, offraient plusieurs niveaux d’écoute et chacun y trouvait les pensées grossières ou les subtilités qu’il méritait. Il fut invité dans différentes cours mais Paris avait sa préférence. Vers 1432, s’inspirant de ce qu’il pouvait imaginer d’un éventuel voyage en de lointaines contrées et des mœurs en usage, il créa une sotie, Le vainqueur esseulé, moquant un jeune prétentieux qui arriverait en territoire conquis sans en connaître ni la langue, ni les coutumes. Il épuiserait ses concurrents les uns après les autres jusqu’au jour où, satisfait de son ultime performance, il serait devenu son seul auditeur tant ses paroles seraient devenues hermétiques.


Un succès populaire

Incapable de se contenter des histoires mille fois jouées, Courbedanse inventait des intrigues tirées de ses expériences passées. C’est ainsi que sa confrérie joua la farce Le Copiste Éclairé dès 1435, qui tailla une renommée définitive à la déclinante Guilde des Copistes Lumineux. Il y joua son propre rôle à la fois naïf et désinvolte, mettant à mal les contradictions flagrantes et les prétentions passéistes de cette guilde. Ce succès lui valut une protection de l’Église qu’il accepta plusieurs années. Un jour Courbedanse rencontra Hubert Astermille, le Haut Maître de cette guilde, qui lui donna une leçon magistrale sur sa couardise et sur les méfaits qu’il avait occasionnés. Il créa une nouvelle farce plus cinglante centrée sur cet épisode, tout en commençant à assimiler que ce qui avait le plus de succès auprès du public était la distinction entre la foi et la religion. Ses farces suivantes continrent toutes un homme d’église, qu’il fût moine ou évêque. Courbedanse se rangeait toujours au plus près des idées papales afin de sauvegarder ce pouvoir de critique acerbe.


En 1437 il épousa Cornélie Lessaffre, une jeune Normande admirative. Il créa pour elle la farce intitulée Anaïs ou l’antique fraîcheur qui retraçait de façon cocasse et très imaginative la vie mal connue d’Anaïs Lectoris où elle joua le rôle principal avec une drôlerie adulée.


"Les eaux coulent sur ta nuque aux cheveux soyeux"
"Que les hommes assèchent de leur souffle rugueux."
Anaïs ou l'antique fraîcheur


Leur passion s’interrompit en 1479 lorsqu’elle mourut d’un mal inconnu. Dans l'impossibilité de créer de nouvelles farces, il se força à jouer. Il reprit d’anciennes soties parmi les plus vulgaires où il semblait littéralement être devenu fou. Son chagrin cessa en 1485, le jour où il se mit en tête de créer une œuvre où il imbriqua avec habilité des pastourelles crues et des ballades à l’amour courtois. Il nomma cet ensemble inattendu Les affres de l’amour.

Une vie trop courte

Ce n’est qu’à la fin de sa vie, en 1489, que Courbedanse, avec la farce Privilèges palpables, s'offrit le luxe de se moquer directement du pape et de sa fonction privilégiée, trahissant ses propres convictions. Il devint aussi célèbre que ses farces, et le pape Innocent VIII plutôt que d’en faire un martyr, préféra le laisser mourir de vieillesse. Pour le bonheur du nouveau pape Alexandre VI, c'est ce qui advint en 1498 quand Courbedanse mourut d'une crise cardiaque pendant qu’il répétait une nouvelle farce, directement inspirée par le Nouveau Monde qui lui offrait une source d’inspiration qu’il disait inépuisable. Il aurait voulu vivre cent ans de plus pour laisser à de plus énergiques que lui les rôles principaux qu’il s’attribuait et pouvoir créer, sans pause, farce après farce.



auteur : Desman

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