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Afpöl

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Afpöl est la plus grande ville du Kaydrüm, avec 18 300 habitants, soit un dixième de la population du pays. Un édit proclamé dès la fondation de la ville stipule que cette proportion ne doit jamais être dépassée. Le Démographocrate en chef d'Afpöl tient un registre constant des variations de population. Toute naissance doit être compensée par l'exil d'une personne choisie sur une liste (qui à l'origine ne comprenait que des volontaires). Tout décès doit également être compensé par l'accueil d'une autre personne choisie sur une liste d'attente. Il est interdit aux personnes exilées de se faire inscrire sur la liste d'attente pour tenter de revenir vivre à Afpöl.

Les exilés d'Afpöl forment une catégorie de population à part, regroupée dans une association appelée Afpölostalgiques. On les reconnaît à leur allure mélancolique et à leur manque d'appétit. Ils sont incapables d'expliquer en quoi la vie à Afpöl était tellement agréable qu'ils ne puissent s'adapter dans d'autres cités. Une faible fraction d'entre eux a élaboré un projet de création d'une ville nouvelle qui s'appellerait Afpölbis et serait la copie conforme d'Afpöl ; mais pour le moment, ce projet n'a pas encore pu être réalisé.


Le fonctionnement du système

Le Démographocrate en chef d'Afpöl, qui comptabilise et gère les mouvements de population d’Afpöl, ne gère pas ceux du Kaydrüm dans son ensemble même s’il les comptabilise. Ainsi, au Kaydrüm, les migrations sont libres. Toute personne peut aller et venir où bon lui semble, excepté à Afpöl.

Des raisons pratiques et coutumières ont pour conséquences que ceux qui désirent quitter le Kaydrüm ou s’y établir provisoirement ou définitivement, le font ensemble dans un esprit festif, lors du Njidar.

À Afpöl, tout est différent. La tradition voulant que la ville soit composée d’un dixième de la population totale du Kaydrüm est strictement encadrée. Le Démographocrate en chef possède, dans chaque ville ou hameau isolé, des informateurs qui lui annoncent au jour le jour tous les mouvements, à l’aide d’un réseau de courvolitrophes voyageurs que l’on nomme des iguanaris. Ces iguanaris, qui dans le monde de la Terre ont donné naissance aux iguanes et aux canaris, selon le bon vouloir des djala, sont apprivoisés. Peu importe l’endroit d’où ils partent, lorsqu’ils arrivent à Afpöl, ces iguanaris choisissent l’iguanarinier qui leur correspond. Celui en hauteur pour signaler le décès d’un habitant du Kaydrüm, et celui au niveau du sol pour annoncer une naissance.

Concernant le comptage des Taïafpöl (habitants d’Afpöl), un autre système, plus simple, est utilisé : la déclaration sous peine de figurer sur la liste des prochains exilés en cas de mensonge ou d’omission au sujet des naissances et des décès. L’idée même de ce bannissement est insupportable aux Taïafpöl. C’est pour cette raison que les gardes guettent les Kaydrümmgar qui voudraient venir à Afpöl et non ceux qui voudraient en sortir. Les quelques personnes qui veulent quitter la ville doivent attendre les résultats des comptages du Njidar pour savoir si leur nom se trouve sur la liste des exilés. Malheureusement pour eux, la plupart des années, il y a plus de personnes qui veulent venir à Afpöl que le contraire. Il y a longtemps de cela, certains d’entre eux espéraient alors qu’une épidémie tuerait de nombreux Kaydrümmgar, ce qui était fort rare… et comble de malheur les épidémies avaient souvent pour foyer d’origine la ville d’Afpöl. Aussi, les Taïafpöl se faisaient une raison et finissaient par apprendre à aimer leur ville sans être capable d'en donner un exemple probant. L’habitude faisait loi.

Ceci explique les raisons pour lesquelles les Taïafpöl exilés devenaient souvent mélancoliques et afpölostalgiques au point de se retrouver au sein d’une association qui les regroupe. D’où l’idée de certains d’entre eux de fonder Afpölbis, ville qui deviendrait la copie conforme de l’objet de leur manque. Ce genre de projet, souvent discuté, périclite rapidement parce que ces Afpölostalgiques ont l’esprit trop occupé par l’originale.

Beaucoup d’Afpölostalgiques cherchent l’isolement pour ne plus entendre parler par qui que ce soit de leur cité. Une poignée d’autres préfèrent résider sur une hauteur avec vue sur la ville. Pour passer le temps, ils observent les vols des iguanaris et calculent combien vont nicher au niveau du sol d’après le nombre de ceux qui atterrissent sur le haut iguanarinier dont ils peuvent apercevoir la porte d’entrée. Tricher en envoyant des iguanaris qu’ils auraient élevés eux-mêmes ne sert à rien puisqu’un contrôle des comptes est effectué à l’aide des bagues scellées du A d’Afpöl. Ces bagues de deux couleurs différentes, selon la date de départ des iguanaris inscrite, annoncent naissances ou décès. Et ce code est défini par le Démographocrate en chef d'Afpöl et figure sur la nouvelle bague que chaque iguanari porte une fois le contrôle effectué. Seuls les Taïafpöl furent capables d’inventer un système aussi complexe qu’inutile. Chacun sait qu’il faut des siècles pour faire évoluer des traditions ancrées profondément dans les esprits. Et plus les années passent, plus certains sont incapables de s’imaginer vivre autrement. Il est donc facile de trouver des gardes consciencieux et un Démographocrate en chef à chaque génération.

Malgré tout cela, il arrive que les chiffres parlent et des exilés doivent être trouvés en quelques jours après le Njidar pour satisfaire le repos des anciens ainsi que les plus fervents des Taïafpöl. Une honte incommensurable s’abat sur les personnes dont le nom est stipulé sur la liste blanche qui prévoit des exilés potentiels, même si beaucoup d’entre eux resteront en ville à la faveur de la grâce trop tardive des chiffres positifs qui leur permet de rester. Ces Vitupérés, puisque tel est leur surnom à Afpöl, vivent un exil intérieur terne et désastreux. Marqués du sceau psychologique de leur manque de preuve d’amour pour leur ville, il est devenu courant qu’ils se suicident dans la semaine qui suit l’annonce de leur non-exil, libérant ainsi des places pour de futurs Taïafpöl plus méritants qu’eux.

Il va de soi que le Démographocrate en chef détient une autorité qu’il ne peut exercer à la légère. D’où ces nombreux concours et tournois qui chaque semaine récompensent les plus amoureux d’Afpöl parmi ses habitants. Et c’est là qu’apparaît l’ineptie de cette ville dont l’existence étonne encore de nombreux Kaydrümmgar, dont la curiosité les piège et les entraîne à désirer entrer en ses murs. Sont récompensés, par des postes au sein d’une hiérarchie complexe et à la logique propre à l’esprit des Taïafpöl, ceux capables d’améliorer un tant soit peu l’efficacité de cette tradition administrative de l’exil. Ceux incapables de s’adapter à ce système pervers sont les premiers sur la liste blanche.

Il était donc hors de question pour la majorité des Kaydrümmgar qu’Afpöl, malgré le fait d’être la ville la plus peuplée du Kaydrüm, devienne la capitale de ce dernier. Seules les qualités de son administration ont su en faire la capitale de la province d’Afpöldeurnast.

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