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À pied, un coussin derrière l’horloge 02
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L'HABILE NE FAIT PAS LE MOIGNON
QUAND ON VEUT TUER SON CHIENDENT, ON L'ACCUSE D'ARROSAGE
Pendant plusieurs heures j’ai essayé d’ouvrir la porte du micro-ondes. Impossible. J’avais du mal à me concentrer à cause de ma peur de retourner dans les eaux profondes, et surtout à cause des bruits extérieurs. D’horribles cris. Cela ne pouvait être que des arbres qu’on abattait ! Qui pouvait commettre ces meurtres en scierie ? Énervé, j’ai bondi contre la porte ! Elle ne résista pas. Des sapins étaient alignés et attendaient leur tour. Cinq d’entre eux profitèrent de mon arrivée pour tenter de s’enfuir. Ils furent calcinés vifs. Les hommes de pailles qui commettaient ces horreurs et s’en donnaient à cœur joie ne firent pas long feu à me brûler du regard. Alors je me mis à pleurer de tout mon saoul. Ce n’était pas la compassion qui les aurait arrêtés ! Seule une extinction de voix de leur chef me permit de fuir vers la montagne enneigée.
QUI SÈME LE FAON RÉVOLTE LA TANTE BERTHE
J’entendais encore l’écho des sapins hurlant à la mort. Alors j’ai changé de versant. Ah, là, le calme régnait. Le calme escarpé ! Et j’avançais, j’avançais, je tombais dans la neige et j’avais du mal à me remettre sur mes jambes. Mes bras me manquaient. Puis je suis tombé dans une crevasse sans dire merci. J’ai crié longtemps avant qu’un être vienne me demander de cesser mes simagrées.
Il était bleu turquoise et portait des habits bleus outre-mer. Il me dit avoir certains pouvoirs mais pas celui de me faire taire. Je saisis l’occasion. Je voulais retrouver mes bras et leur usage. Une fois le marché conclu, je me mis à parler sur un ton délicat, pas un mot plus haut que l’autre. Il m’aida à sortir du trou et, je ne sais comment, m’emmena chez lui, au 177ème étage, bâtiment 12, allée G de l’aile Nord d’un grand complexe citadin. Il prit tout un tas d’ingrédients qu’il mélangea et qu’il but. Ensuite il chuchota dans ma direction, et je vis mes bras germer, pousser puis éclore. Une fois remis de mes émotions, je lui demandai s’il pouvait me donner la capacité de respirer aussi bien dans l’eau que dans l’air. Il fit le nécessaire et me le prouva en me proposant de mettre ma tête dans une pinte de bière. L’efficacité testée, je bus ce précieux liquide. Pour ce second service il me demanda ma musette. Pas question ! Par contre je lui ai donné un ordinateur portable avec les batteries chargées à bloc. Il m’a oublié et je suis sorti de son appartement. Et cet ascenseur qui était encore en panne ! Les muscles de mes jambes n’en pouvaient plus. Une fois en bas, je me suis affalé sur les marches de l’entrée de l’immeuble et quelques personnes m'ont demandé si j’allais bien et d’autres m'ont donné un peu d’argent.
LE CHANT DU CORBEAU REJOUIT LES MONTAGNARDS
Avec l'argent réuni, je me suis acheté un peu de nourriture, un croissant de lune, des sandales neuves et un tube à essais. Il me fallait un tube pour pouvoir faire un maximum d'essais dans un délai record. Ensuite je voulais me faire inscrire sur le livre des records de Guy Naisse et vivre de ma notoriété toute fraîche. Mais hélas, les choses ne se sont pas passées ainsi. D'abord j'ai été piqué par un serpent venimeux et je n'ai dû mon salut qu'à l'arrivée de Florence Nightingale qui m'a soigné avec des votions. Elle me chantait des berceuses le soir pour m'endormir et me lisait des extraits des oeuvres complètes de Antanadronnissopoulos Djazk. J'aimais en particulier son roman "Accointances subjuguées". Puis un matin on m'a déclaré guéri et on m'a jeté hors de l'hopital à coups de pied occultes. Je me suis caché jusqu'au soir dans un confessionnal puis, la nuit venue, j'ai repris ma route.
L'OCCASION EFFRAIE LE CARTON
Je n'avais pas plutôt tourné le coin de la rue qu'ils sont tombés sur moi à bras raccourcis ! Toute une bande de larrons en foire passablement avinés, qui cherchaient noise à tous les passants. J'ai aussitôt plongé dans le canal et, ayant mal calculé mon coup, je suis tombé sur le pont d'une péniche qui passait par là. De la rive, les malandrins me montraient le poing, ou plus si affinités. J'ai pensé un instant exhiber mon postérieur pour leur répondre, puis j'y renonçais quand le marinier m'offrit une bonne tasse de chicorée frisée. Il était frisé aussi, blond comme un Lapon et vêtu de blanc comme un Chinois en deuil, et chantait des romances sans paroles. Je compris illico que nous allions devenir une paire d'amis.
LE GNOU N'EST PAS UNIQUE MAIS PEU S'EN FAUT
Je suis resté un instant à me reposer sur le pont de la péniche. Je regardais les troupeaux de gnous qui cheminaient sur les rives et, rêveur, je leur faisais des petits signes de la main. Mais ils passaient en haussant les épaules et en se gaussant de moi. J'en ai bientôt eu assez. Alors j'ai demandé au marinier, après lui avoir juré une affection et une reconnaissance éternelles, de faire une petite escale et je suis descendu puis, tonsuré de frais, j'ai poursuivi mon chemin en direction des grandes marées. Je savais que c'était bientôt qu'elles allaient venir nous envahir. J'avais hâte de prendre ma place au milieu du centre du noyau de l'oeil du cyclone.
NE FERA RIEN QUI FERA LE DERNIER
- auteurs : Desman, Fuligineuse
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