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« Banale histoire d'une démence sanglante »

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Et rond, et rond, petit patapon...
Et tourne l'esprit, malveillant, se fond dans sa boule cérébrale. Il attend, il attend ; et veille, ses gestes ; et murmure, le cri du cœur dément.
Il guette, il sait ... sa proie va tomber. Pauvre femme face à la toile, au guet-apens, tu ne feras pas une grosse bouchée.
Il se repaît à l'avance, se délecte les babines, lèche ses lèvres, racle le profond de sa gorge car il sait ... Il va frapper ... de sa main ... dictatrice puissante de la mort, déesse fatale du fer couplée de la giclée rosacée annonciatrice de la fin.

Le compte est bon. Le conte est laid.
Pauvre petite femme, qui comme tous les matins se fait une beauté devant sa glace ... lui renvoie les reflets des années qui n'arrivent pas à laisser leur trace. Fine silhouette qui plaît, sans histoire, que celle de ses amours, fatals idéaux.
Lui, l'a vue, un jour, sortir. Elle l'a brûlé sur l'instant ; mais il savait ... tu ne m'appartiens pas, certainement à jamais ... à jamais, nul ne sera tien.
Ce matin, il s'est vengé ... Il vient de lui brûler la chandelle, la laissant là sans aucune politesse ; seule une perle-contact coulant sur sa joue pour se demander pardon, et peut-être à elle aussi, bien qu'elle ne le lui dira jamais ... et cela vaut peut-être mieux ainsi. Tend l'oreille, une sirène retentit. Bouge, mais bouge donc. Non, le corps s'y refuse, prostré, "l'artiste" admire, veille sur le geste final, celui qui signe de sa griffe son œuvre macabre. Les larmes coulent, les unes après les autres ; non, pas de regret, mais avoir fini le travail, si douloureusement, si efficacement. Juste la surprise, elle n'a pu que réaliser deux secondes ... trop tard ... plus de ce monde, en tout cas.
On le bouscule. Il sent sur sa peau dorée la morsure du fer froid qui l'enferme. On le lève ; il se bouge ... On le pousse, il se meut ... un peu comme une marionnette, dont les fils s'emmêlent, laissant l'image d'un corps qui se décharnent avançant sans vie, sans un but ... seul, il veut être seul, assouvir son geste. Après tout, il n'est qu'un félin, qui a frappé, poussé par son désir ... Il reste sur sa faim.
Absent, vide ...

Les flashes pleuvent, les cris s'abattent. L'assassin a frappé ; l'assassin est arrêté ; l'assassin est jugé ; l'assassin est un aliéné ; l'assassin est emprisonné. "Que Dieu le protège, si jamais un jour il revoit le lumière courante" ... fil continu d'une vie normale.


CHAPITRE 2


Dix ans plus tard, au fond de ma cellule.
Dix ans, déjà. Il paraît que c'est la date à laquelle mon horreur s'est produite. Dix ans ... et puis après !

Moi, ici ... affreux bonhomme que je suis devenu ; creux, de teint livide, mal rasé ... à vrai dire, comment faire autrement ... Entre-temps, dix, vingt, que dis-je, cent, au moins, médecins de tout genre, de toute sorte m'ont examiné de la tête aux pieds : physiquement, psychologiquement, socialement et autres innés et/ou acquis personnels.
Mon geste est irrémédiable ... mon cas est irrécupérable ... ma prison est irremplaçable. Que savent donc tous ces gens de moi ? Ma prison est toute autre ... quelque part au fin tréfonds de mon propre cerveau ... et ce, depuis le jour où je l'ai vue ... j'y ai vu ma propre mort, bien qu'elle ne m'aie pas encore frappé ; ce qui ne devrait pas tarder, car à l'époque je savais déjà la fin ... la mienne, la sienne ... car notre sort est ainsi lié, à jamais, à la vie à la mort !

Depuis ce jour la stupeur m'a gagné, prostré dans mon coin ; les gens, les ans passent sur moi ne laissant aucune trace, aucune empreinte ... au grand dam de tous, et de tout le monde. Une réaction, juste une, c'est ce qu'ils voudraient tous ; mais, non, moi, je reste au fond bien protégé dans ma cellule mentale. Que m'importe ce qu'y arrive, ce qu'y est dis, qu'y est fait ! Je m'y suis blotti, bien au chaud, et j'y attends l'été de mes jours, le printemps de mon renouveau, fatal dans mes idéaux.
Nul ne peut rien pour moi, ni moi, ni les autres, ni Dieu ; quoique, si je le voulais bien, ce serait tout autre ... et pour moi, et pour les autres ...

Enfin, dix ans !

Aujourd'hui, je me réveille une nouvelle fois. Il paraît qu'il faut que j'en rajoute dix ans de plus ; en tout cela fera vingt ans que je suis là à croître dans mon esprit, à croire en mes lendemains, autres qu'ici.

Ils veulent me réexaminer, au bout de vingt ans : quels risques puis-je être pour la société moderne, la société modèle. Ils veulent savoir ... Ils se penchent à nouveau sur moi. Ils me trouvent changé, doux, réservé - comment faire autrement au bout de vingt ans, avec pour seul compagnon son propre corps ; duquel, je commence à me rappeler, depuis quelque temps, auprès duquel, je commence à être à l'étroit - bon signe ... peut-être, peut-être pas. Il faut voir. Il faut tenter l'expérience, petit à petit, le réhabituer à l'environnement extérieur, à la présence de l'autre, masculin-féminin. Pas facile, mais jouable ...

Le conte est beau, le compte est moche.


CHAPITRE 3


Dix, de plus ...

Me voilà libre : 60 ans, demain, je fêterais. 60, certes mais libre, après trente ans de gestation, trente années à devenir un autre homme, un homme auquel on a réappris le bon, le mauvais ; un homme auquel on a permis de se restructurer !
60 ans : vieux ... mais joyeux.
Puis les jours passent, et passent encore ... pas d'incidence, pas d'incident ... mes vieux jours se font triste, sans plaisir extraordinaire ... j'y ai donc perdu ma vigueur, ma flamme, mes espoirs.

Et puis, je la revoie, je l'ai revue, chaque nuit, chaque soir. Beauté fatale que je désire approcher, qui m'est toujours autant interdite. Je respire très mal ; j'ai mal, je m'écroule. Faire quelque chose, j'ai mal... trop mal. Voile noir !

Elle lui ressemblait trop, beaucoup trop ! ...

Cette fois-ci, je me réveille à nouveau ... pas de pardon possible, pas de rattrapage même au lointain. Je me retrouve assis sur un fauteuil, sanglé, pieds et mains liés au siège.
Terrible cauchemar dont je m'endormirais à jamais. Cette fois-ci, la mort m'a bel et bien rattrapé. La tête mouillée, casquée ; l'attente se fait longue ... puis tout s'électrise !


EPILOGUE


Gros titre, gros journaux, même les télévisés :
"L'assassin de Madame M... est mort hier à minuit. Ses dernières paroles, plutôt ses derniers cris ont été les suivants : 'elle était trop, ni pour moi, ni pour les autres. Elle devait ... MOURRIR ...' A 60 ans, les paroles de ce dégénéré glace encore le sang de toute la nation ; lui, qui à trente comme à soixante ans a tué deux femmes, comme une répétition, comme une scène funeste et macabre, celle de deux sacrifices sanglants, bruts, sans pitié !
Pourquoi a-t-on laissé dehors une personne, tel que ce fou ? La question se pose à bon droit. Dommage que ce soit après ce long fleuve rougeâtre ! Et pourtant, ce n'est qu'une banale histoire ; celle d'une démence sanglante, bel et bien sanglante.

Politique, maintenant...
Que prévoient donc de faire nos hommes de pouvoir face... ?"

Ainsi va la vie, un titre après l'autre.
Et mon histoire s'en va aussi ; mais attention, ce peut être aussi bel et bien la vôtre !

Le compte est mauvais ... Le conte est de biais ...



EsteBaN HACHE



Auteur : EsteBaN Hache le 23 août 1998

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